C’est une population marginalisée et précarisée, surtout dans le sud d’Israël où les Bédouins subissent de plein fouet la politique d’appropriation des terres menée par le gouvernement.
Judaïser la terre
Il y a les Bédouins qui, de déplacements en contraintes, ont fini par se résigner à vivre dans une des sept villes construites « pour eux », ou dans un des 11 villages « reconnus ». Dès les années 1970, les gouvernements israéliens ont souhaité, afin de les contrôler, fixer les Bédouins du Néguev.
D’autre part il y a ceux qui résistent toujours pour rester sur leurs terres dans des conditions extrêmement rudimentaires, environ 150 000 [3]. Ces derniers vivent dans 35 villages considérés comme illégaux par Israël. À ce titre ils sont « non reconnus » et ne bénéficient d’aucune sorte de service public. Réduits à une vie en marge, bien que citoyens israéliens.
Quand ils ne sont pas expulsés pour « défaut de titre de propriété », c’est officiellement pour procéder à des travaux d’infrastructures que sont détruits les campements, et leurs habitants évacués, sans solution alternative. Situation dont Al-Araqib, détruit pour la 241e fois début juin est un des exemples les plus emblématique. L’objectif israélien est de renforcer l’identité juive de l’État en judaïsant de plus en plus les terres. Aujourd’hui, près de 93 % d’Israël est considéré comme « terre d’État », c’est-à-dire qui appartient au peuple juif. Et le gouvernement essaie de récupérer les terres qui sont encore aux Palestiniens d’Israël et aux Bédouins.
« La législation israélienne est très discriminatoire en ce qui concerne la propriété foncière agricole et immobilière, elle est utilisée pour mettre en œuvre une politique d’Apartheid », affirme Heba Morayef, directrice du programme régional Afrique du Nord et Moyen-Orient d’Amnesty International. Aujourd’hui, ces Bédouins représentent 30 % de la population du Néguev/Naqab, ils y occupent environ 3 % des terres. À terme, le projet doit réduire leur espace à moins de 2 %. De même qu’Israël construit des villes pour y ghettoïser les communautés bédouines, qui servent de main-d’œuvre captive et exploitée… Il cherche à implanter dans le Néguev, des Israéliens. Ainsi, le long des constructions et des routes qui sortent de terre, des panneaux affichent des familles appelées à peupler les nouveaux quartiers : peau blanche, enfants enlacés par leurs parents… Dans ce tableau, les villages bédouins n’ont pas leur place…
Annihiler toute revendication
La politique de « judaïsation » s’est encore accélérée avec la guerre à Gaza sous l’impulsion des ministres d’extrême-droite du gouvernement Netanyahou. Les ordres de déplacement et de destruction se multiplient, pour tenter d’annihiler toute revendication territoriale des Bédouins, voire d’éliminer progressivement leur identité. « Il y a un chantage très clair. Pour bénéficier des services, écoles et hôpitaux, des réseaux d’eau et d’électricité, les Bédouins sont contraints de quitter leurs terres et d’accepter des relocalisations dans des zones urbaines », explique Marwan Abu Freih, avocat qui défend de nombreux villages bédouins menacés. « Il y a une volonté d’en finir avec la culture et le mode de vie d’une population. »
Depuis le 7 octobre 23
Compte tenu de leur histoire et de leur origine, les Bédouins d’Israël sont depuis longtemps une communauté prise entre deux feux. Les attaques dans le kibboutz où ils travaillaient, les ont brutalement marquées : 17 d’entre eux ont été tués le jour même, sept ont été pris en otage (deux ont été libérés pendant une trêve en novembre) ; depuis le début de « la guerre », les habitants du kibboutz ne sont pas revenus, et les Bédouins sont sans travail. Et plusieurs sont morts dans les rangs de l’armée israélienne…
Le gouvernement a publiquement souligné les sacrifices des Bédouins, mais, prédit Kaïd Aboulatif, réalisateur originaire de la ville de Rahat (sud), majoritairement bédouine. « Le Bédouin est un bouc émissaire ». À noter que les villages « non reconnus » qui ne disposent pas de services de base ne sont pas protégés par le système de défense aérienne Iron Dome, ce qui rend les Bédouins vulnérables aux tirs éventuels en provenance de Gaza ou d’Iran.
Mireille Sève
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Photo : Conséquences d’une attaque de colons à Jaba’, près de Jérusalem, 23.02.2025 © Faiz Abu Rmeleh/Activestills




