Ce que l’on voit moins de l’extérieur, c’est l’effort quotidien des habitants pour créer des espaces d’espoir au milieu des difficultés. Malgré les situations très dures, beaucoup de personnes continuent à agir, à soutenir les autres et à chercher des solutions pour que la vie puisse continuer.
Dans la société palestinienne, cette force se voit le plus souvent dans la solidarité entre tous et toutes. Même dans les moments les plus difficiles, on trouve des gestes simples : partager ce que l’on a, aider une famille, protéger les enfants et essayer de maintenir un peu de normalité.
Les femmes palestiniennes jouent un rôle central dans cette résistance du quotidien et dans la sauvegarde et l’entretien de l’espoir. Elles portent de nombreuses responsabilités au sein de la famille et dans la communauté, et ne cessent de protéger leurs enfants, de soutenir leurs hommes (père, frère, mari et fils) et maintiennent la foi en l’avenir.
Avec le temps, j’ai compris qu’une des formes les plus fortes de résistance est aussi de soutenir la construction de l’être humain. C’est pour cela que j’ai choisi de consacrer la majeure partie de mon engagement et de mon implication aux enfants et aux femmes.
Je crois profondément que lorsque l’on soutient un enfant, on soutient aussi sa mère. La relation entre la mère et l’enfant est très forte : si l’enfant va bien, la mère retrouve un peu de paix, et lorsque la mère se sent soutenue, l’enfant se sent davantage en sécurité.
Pendant plusieurs années, j’ai travaillé sur divers projets pour soutenir les familles à Gaza. J’ai aussi construit des liens avec des associations internationales, notamment en France et en Belgique, afin de développer des initiatives de solidarité.
Avec toute une équipe, nous avons mené plusieurs projets humanitaires et sociaux. Certains concernaient l’aide aux familles, d’autres étaient liés au soutien psychosocial des enfants. Dans toutes ces actions, les enfants sont toujours au cœur de notre attention.
Même dans les périodes d’agressions les plus aiguës au cours de ces deux décennies de blocus, à côté des actions de secours permanentes, nous avons maintenu des activités pour les enfants : des moments pour apprendre, jouer ou simplement s’exprimer. Ces espaces, même simples, concourent à aider les enfants à retrouver un peu de stabilité.
L’une de nos dernières initiatives est née des demandes des mères que nous rencontrions lors de la distribution d’aide alimentaire. Beaucoup nous parlaient de leur inquiétude pour l’éducation de leurs enfants et de la peur qu’ils perdent des années d’apprentissage. Cela reflète la conscience permanente des femmes palestiniennes face aux enjeux de vie pour leurs enfants ainsi que pour la Palestine.
C’est pour cette raison qu’en ce début 2026, nous avons réouvert des espaces éducatifs, déjà reconnus par le ministère de l’Éducation palestinien. L’un se trouve dans le centre-ville de Gaza, où plus de 400 enfants bénéficient déjà d’activités éducatives et des apprentissages proposés. Un autre espace a vu le jour à Deir al-Balah, dans le sud de la bande de Gaza, où plus de 450 enfants participent également aux activités. Ces lieux permettent de restaurer des espaces d’enfance propices à leur développement, leur éducation et à l’apprentissage, tout en favorisant leur bien-être psychologique. Ainsi ces lieux offrent aux enfants un environnement adapté, stable et plus sécurisant.
Pour moi, une solidarité internationale lucide, qui soutient en priorité ce type d’initiatives et des projets locaux prometteurs, représente une forme de résistance partagée qui fait renaître l’espoir, même sous les décombres. Car placer l’enfant – son éducation, son développement et son bien-être psychologique – au centre des préoccupations est essentiel pour construire une génération capable de vivre et de soutenir l’espoir. À mes yeux, c’est aussi l’un des objectifs les plus nobles de la résistance : fonder une nouvelle génération vivante capable de relever et soutenir le défi qui est le sien : l’obtention de la reconnaissance universelle des droits du peuple palestinien.
Le peuple palestinien garde l’espoir.
Nabila Kilani,
Maman palestinienne, enseignante, rebelle et activiste pour les enfants et les femmes
Photo : Les enfants scolarisés © NK




