« Nous devons reproduire la révolution de la colonisation que j’ai menée en Judée et en Samarie [Cisjordanie] ces dernières années, également dans le Néguev [Naqab]. […] Nous comprenons que la clé de la sécurité réside dans la colonisation, comme cela a été fait en Judée et en Samarie. Aujourd’hui, le gouvernement a établi cinq nouvelles communautés juives dans le Néguev, et six autres suivront. »
Bezalel Smotrich, ministre des Finances, février 2026
Une crise sans précédent de déplacements forcés
Aujourd’hui, les citoyens palestiniens bédouins d’Israël vivant dans le Naqab (Néguev, sud d’Israël) sont confrontés à une crise sans précédent de déplacements forcés, d’expulsions massives et de démolitions de logements perpétrées par l’État d’Israël. Sous l’actuel gouvernement d’extrême droite, les politiques de déplacement en vigueur depuis longtemps se sont considérablement accélérées. Des villages entiers ont été rayés de la carte en l’espace de quelques jours, tandis que le gouvernement établit exclusivement des villes juives israéliennes, souvent sur les terres et les ruines de villages bédouins. Les démolitions ont atteint des niveaux records, avec plus de 14 000 structures démolies depuis 2023 (ministère de la Sécurité nationale, 2025). Ce chiffre stupéfiant inclut des milliers de maisons, ainsi que des infrastructures essentielles dans des villages reconnus et non reconnus et des petites communautés. De nombreuses familles sont contraintes de vivre dans des tentes de fortune parmi les ruines de leurs anciennes maisons.
Si le déplacement des communautés bédouines trouve son origine dans des décennies de politique d’État, l’escalade actuelle marque un tournant, l’État s’employant désormais à mener à bien ce projet de longue date par le biais d’un programme systématique et violent.
Ce document examine la démolition récente de plusieurs communautés et comprend un nouveau tableau de données complet sur les villages bédouins qui sont sous la menace imminente. Il répertorie dix villages non reconnus, abritant plus de 15 000 habitants, dont des parties importantes — et dans certains cas le village tout entier — sont vouées à la démolition dans le cadre de procédures d’évacuation engagées par l’État afin de faciliter l’expansion militaire, la création de zones industrielles et de nouvelles villes réservées aux Juifs. Adalah représente les habitants de trois de ces villages — Ras Jrabah, Al-Bqea’ah et Umm Badoun — et conteste ces politiques discriminatoires dans le cadre de procédures judiciaires en cours.
Sommaire :
Des décennies de déplacements et de regroupements forcés
L’expansion des localités juives dans le Néguev
Remplacement et ségrégation
Une politique de répression sans concession sous la houlette du ministre de la Sécurité nationale, Ben-Gvir
Incitation sanctionnée par l’État
Camps d’accueil pour les sans-abri
Villages et communautés bédouins rayés de la carte
Villages sous la menace immédiate (2026)
Violations flagrantes du droit international relatif aux droits de l’homme
Conclusion
Le déplacement forcé des communautés bédouines du Néguev n’est pas un simple échec politique, mais une crise délibérée, orchestrée par l’État. L’escalade actuelle s’inscrit dans le cadre d’un programme idéologique plus large qui considère la présence palestinienne comme une menace territoriale existentielle sont systématiquement bafoués afin d’établir et de renforcer le contrôle sur la plus grande superficie possible de terres, tout en réduisant au minimum le nombre de Palestiniens, sans aucun égard pour les obligations juridiques ou morales. Malgré des violations flagrantes du droit international et national — y compris le droit à un logement convenable —, les tribunaux nationaux ont systématiquement échoué à fournir des recours efficaces.
Aujourd’hui, des dizaines de communautés bédouines sont au bord de la disparition totale. Les opérations de démolition se sont intensifiées à un niveau sans précédent, entraînant un phénomène généralisé de sans-abrisme, en particulier sous l’actuel gouvernement d’extrême droite. Dix villages, abritant plus de 15 000 habitants, se trouvent désormais dans une phase critique de déplacement forcé.
Sans une intervention internationale immédiate et décisive, l’État consolidera ces pratiques en une politique régulière et systématique d’effacement, affectant ces communautés et des dizaines d’autres. La communauté internationale doit user de tout son poids politique et diplomatique pour exiger l’arrêt immédiat de toutes les démolitions de maisons et des déplacements forcés, ainsi que a reconnaissance officielle des villages bédouins du Naqab. La survie de ces communautés ne peut être confiée à un État déterminé à les faire disparaître.
Traduction : AFPS





