Un micro-événement ? Nous avons appris le 7 mai dernier qu’Anne Hidalgo, qui ne se représente pas pour un troisième mandat comme maire de Paris, serait candidate au poste de haut-commissaire des Nations unies pour les réfugiés (HCR), soutenue, semble-t-il, par Emmanuel Macron. Les réfugiés palestiniens et leurs descendants seraient donc au cœur de ses missions, lesquels ont été estimés en 2021 à près de 5,8 millions de personnes interdites de retourner chez eux par l’État d’Israël. Anne Hidalgo devrait aussi faire face à l’actualité, puisque ce même État force depuis un an et demi, par les bombardements et la faim, le déplacement de centaines de milliers de Gazaouis.
Cette nomination serait-elle une bonne nouvelle, connaissant les positions de la maire de Paris et ex-candidate à la présidentielle ? Les décisions de politique internationale de la Ville sous sa direction (depuis 2014) témoignent d’un positionnement globalement pro-israélien, quoique pas toujours tranché du fait de l’alliance de forces politiques comme le Parti communiste et Europe Écologie Les Verts. Elsa Lefort qualifiait en mars 2022 les conceptions de la maire : « Il y a une adhésion politique d’Anne Hidalgo à la politique d’Israël. Elle justifie la politique d’apartheid. Et peut-être qu’elle trouve ça normal. Il y a un manque flagrant de connaissance de sa part. » Jean Stern la qualifiait lui de « pasionaria pro-israélienne des socialistes ».
Certes, en 2015, Anne Hidalgo décorait à l’hôtel de ville de Paris le président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas de la médaille Grand Vermeil, en hommage à « son action pour la paix ». Mais juste après, le 31 juillet 2015, elle refusait de réagir à la colonisation illégale par Israël, alors que des colons juifs avaient brûlé un bébé palestinien de 18 mois. Et au mois d’août suivant, elle lançait l’opération Tel-Aviv sur Seine, à l’occasion de laquelle elle livrait le fond de sa pensée : « Au Moyen-Orient comme ailleurs, la doctrine de Paris est intangible : elle consiste à encourager plutôt qu’à réprimander, à échanger plutôt qu’à boycotter, à dialoguer plutôt qu’à excommunier ».
Cette option de « dialogue » dissimule dans la réalité un sérieux parti pris. Ainsi, la décision de créer la place de Jérusalem dans le 17e arrondissement le 12 juin 2019 aurait pu être une occasion pour consacrer la capitale des deux États (position officielle de la France), en soulignant sa vocation œcuménique. Or, lors de son inauguration, le caractère illégal de son annexion par Israël est passé sous silence. Et pour cause : les courriers échangés avec le président du Consistoire central ont révélé qu’Anne Hidalgo justifiait cette création de place par le but de « commémorer l’amitié qui unit la Ville de Paris à l’État d’Israël ». Le 14 août suivant, l’AFPS et trois partis (EELV, PCF et PG) demandaient l’annulation de la délibération… en vain.
On sait qu’Anne Hidalgo a condamné, sans surprises, les attaques du 7 octobre 2023, les qualifiant de « jour d’infamie pour l’humanité », exprimant sa solidarité avec les victimes israéliennes et appelant à la libération des otages. Au nom de sa « position équilibrée », elle s’est dite cependant préoccupée par la situation humanitaire à Gaza, soulignant que ses habitants subissent des « bombardements incessants, au mépris du droit international et du droit de la guerre, qui exigent la protection des populations civiles et de l’aide humanitaire ». Dès novembre 2023, elle a appelé à une « trêve humanitaire » permettant l’acheminement de l’aide, les soins aux blessés et l’évacuation des civils.
Mais les actes parlent davantage que les mots. Elle approuve la décision du ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin d’interdire les manifestations pro-Palestine à Paris en mai 2021, contre « l’importation du conflit israélo-palestinien ici, en France et à Paris ». Le 7 septembre 2023, elle retire sa médaille à Mahmoud Abbas. Le 6 décembre suivant, elle interdit la conférence de la grande intellectuelle nord-américaine Judith Butler au Cirque électrique pour risque de « troubles à l’ordre public ». Puis elle accorde la citoyenneté d’honneur de Paris aux otages israéliens en février 2024, mais la refuse aux civils palestiniens victimes des bombardements. Elle éteint la tour Eiffel en hommage aux otages puis l’éclaire aux couleurs d’Israël, mais le refuse pour les Gazaouis bombardés. Tout juste une minute de silence le 21 mai 2024… Et elle n’a jamais condamné les violations par l’État d’Israël des résolutions de l’ONU condamnant l’occupation et la colonisation.
Cette politique sera-t-elle infléchie par le/la nouveau/elle maire de Paris ? Réponse en mars 2026, après les élections municipales.
Nicolas Liébault, ancien élu du 14e arrondissement de Paris, membre de l’AFPS
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Photo : Conséquences d’une attaque de colons à Jaba’, près de Jérusalem, 23.02.2025 © Faiz Abu Rmeleh/Activestills




