« Avant d’avoir vu le film Mémoires de Palestine [1] je ne savais pas et je ne m’imaginais pas que même les élites avaient été expulsées », s’étonnait une spectatrice.
Les groupes locaux de l’AFPS sont nombreux à proposer des séances de ciné-débat, vecteur majeur pour faire comprendre le vécu des Palestiniens. Le cinéma fait évoluer les représentations en permettant de valoriser une culture vivante, d’expression très diverse. Il suscite des questions par les histoires qu’il raconte, des émotions, et souvent de l’empathie. La réalisation d’une exposition d’affiches de films enrichit cette démarche.
Pour réaliser cette exposition, il a fallu choisir les affiches les plus représentatives en toute subjectivité : l’importance du film dans l’histoire du cinéma palestinien, le sujet du film dans l’histoire de la Palestine, l’importance du réalisateur, de la réalisatrice, la qualité graphique de l’affiche.
« Il y a tant d’histoires… Nous avons été réduits à l’invisibilité toutes nos vies, tant de choses ont été interdites, nos livres, nos voix ont été tués, dans les années 1970, 1980, nos écrivains, tous nos artistes ont été assassinés… Alors il y a ce silence imposé qui dure encore, et le cinéma est juste un moyen différent de s’exprimer. » Annemarie Jacir en 2008
Une exposition qui retrace l’histoire du cinéma palestinien
L’histoire du cinéma palestinien, c’est l’histoire de la Palestine. Cinéma d’un peuple créatif sans État, sans moyens, ses réalisateurs sont très peu nombreux à vivre en permanence en Palestine. Aujourd’hui, mis à part dans les centres culturels de pays étrangers en Palestine, il y a très peu de salles de cinéma. Les réalisateurs et réalisatrices vivent pour la plupart à l’étranger, plus ou moins soumis au regard des producteurs. Valorisé dans les festivals internationaux, le cinéma palestinien est majoritairement diffusé à l’étranger. Et pourtant, ils et elles tournent !
Avant 1947 et la Nakba, les grandes villes avaient des salles de cinéma. Il en reste de rares traces en Cisjordanie. Lama Brothers rappelle et valorise la vie culturelle urbaine intense en Palestine sous le mandat britannique de 1922 à 1947. Les films sont alors très majoritairement égyptiens et sont loin de se préoccuper du drame qui se joue en Palestine. À partir de 1947, c’est une longue traversée du désert jusqu’aux films militants des années 70.
Cette période est la première où le peuple palestinien s’applique à maîtriser son image. C’est celle des films engagés dont tant ont disparu – certains ont été retrouvés notamment par des militants internationalistes des années 70, et sont conservés à Toulouse – ou ont été « raptés » par Israël en 1982, lors du siège de Beyrouth : « un fait qui vous fait vous sentir violé » écrit Azza El-Hassan.
Les équipes de réalisateurs d’alors sont divisées en autant d’organisations de la résistance, mais celle du Fatah émerge avec Mustapha Abu Ali qui dirige l’« Organisme du cinéma palestinien ». Il s’agit de « mettre le cinéma tout entier au service de la révolution palestinienne ». Nous avons mis en valeur Ils n’existent pas [2] film tourné en cinglante riposte à Golda Meir qui déclarait « Qui sont les Palestiniens ? Je ne connais personne de ce nom ».
Michel Khleïfi ouvre une nouvelle période
En 1982 il tourne Mémoire fertile, premier film de sa trilogie avec Maloul fête sa destruction, puis Noces en Galilée. Palestinien d’Israël il a connu la dépossession, l’occupation et part à la recherche de l’identité des Palestiniens en sondant leur mémoire. Ses films utilisent un langage plus esthétique, plus personnel, en rupture avec le cinéma qui exalte la lutte. Une rupture par son indépendance d’esprit et le financement étranger du film. Depuis, beaucoup de films palestiniens sont du même registre.
Les sources d’inspiration des cinéastes vont dès lors beaucoup varier : diversité des sujets et formes de la réalisation. Près de la moitié des réalisateurs palestiniens sont des réalisatrices : « Je ne crois pas que ce soit parce que les femmes sont devenues plus libres qu’elles réalisent des films, c’est parce qu’elles s’affirment davantage dans tous les milieux, et spécialement dans le domaine de la culture. » déclare Maï Masri.
Le film Route 181 est particulier à divers titres : deux réalisateurs connus pour la qualité de leur travail, Eyal Sivan, israélien et Michel Khleïfi, palestinien. Le titre est plein d’un humour triste face à la violation du Droit (la Route 181 est une route virtuelle. Elle suit les frontières de la Résolution 181 de l’ONU, qui prévoyait, en novembre 1947, le partage de la Palestine en deux États). Le film fut attaqué par les soutiens d’Israël en France et censuré. Eyal Sivan reçut des menaces de mort.
Un cinéma de pays occupé
Le financement des films palestiniens est encore plus complexe que dans bien d’autres pays, sans structures organisées en Palestine. Les financements extérieurs obligent le plus souvent à répondre aux exigences des producteurs. Ou à se censurer !
Le tournage, à côté de Nazareth en Galilée, de Maloul fête sa destruction a été particulier : il s’est déroulé uniquement le vendredi et le samedi, car ces jours-là il n’y a pas de pression militaire israélienne. Pour les cinéastes palestiniens d’Israël, se faire financer par les structures de l’État israélien était une vraie question. Aujourd’hui, par principe, ils refusent ! Mohammed Bakri pour Jenin-Jenin subit la censure, la saisie de toutes les copies, des procès, des insultes et des frais de justice très lourds.
D’autre part, l’usage des archives pose question : insérées dans des films (Le sel de la mer 2008 A. Jacir) ou support majeur du film (La Terre parle arabe 2007 M. Gargour), elles ne sont pas interrogées. Qui a filmé ? des soldats israéliens, la Croix Rouge, des familles palestiniennes (5 minutes from home 2007 N. Awwad) ? Les images d’archives suscitent l’émotion, rappellent la vérité d’une histoire impossible à nier. Elles illustrent aussi ce que la Palestine aurait pu devenir, sans l’occupation.
Les 22 panneaux de l’exposition illustrent chacun un film, un moment du cinéma palestinien. Cette exposition est consultable et imprimable ici. Elle est disponible en A2 ou A3 pour tout groupe local.
Bernard Albert
Contact : AFPS44 à afpsnantes@wanadoo.fr
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Cet article et les affiches qu’il présente s’appuie en particulier sur les archives du Monde Diplomatique, le fascicule Douarnenez 1990, numéro hors-série de cinéma, le livre « Israéliens, Palestiniens, les cinéastes témoignent » J. Halbreich-Euvrard et C. Shyman Riveneuve Editions 2015. Des ressources sur le site de l’AFPS, notamment : https://www.france-palestine.org/La-cause-palestinienne-dans-le-cinema-palestinien
Photo : Conséquences d’une attaque de colons à Jaba’, près de Jérusalem, 23.02.2025 © Faiz Abu Rmeleh/Activestills




