Photo : Bombardements israéliens au milieu du quartier Al Zaytoun à Gaza ville, 22 février 2026. © Motasem A Dalloul.
Plus de 90 % de la bande de Gaza a été détruite, et les forces israéliennes contrôlent 80 % du territoire assiégé, selon les autorités de l’enclave, alors que le monde commémore les 1 000 jours écoulés depuis le début de la guerre génocidaire menée par Israël contre Gaza.
Faisant le bilan des dégâts depuis le début de la guerre lancée par Israël le 7 octobre 2023, le Bureau des médias du gouvernement de Gaza a déclaré jeudi dans un communiqué qu’au moins 73 066 Palestiniens avaient été tués dans l’enclave.
Parmi les personnes tuées à Gaza, plus de 21 500 étaient des enfants, dont 1 022 bébés, a-t-il ajouté. On dénombre par ailleurs 9 500 disparus, dont beaucoup seraient ensevelis sous les décombres, tandis que 173 514 personnes ont été blessées.
Le communiqué précise qu’environ 223 000 tonnes d’explosifs ont été larguées par Israël sur Gaza pendant la guerre – soit 16 fois plus que ce que les États-Unis ont largué sur Hiroshima, au Japon, en 1945 avec la bombe atomique.
Alors que la majeure partie de Gaza est en ruines, la structure qui met en oeuvre le "cessez-le-feu" destiné à mettre fin au conflit vacille elle aussi, six mois après la création de son organe central.
Selon les analystes, le Conseil de paix, créé par les États-Unis en janvier pour superviser le "cessez-le-feu" et piloter la reconstruction dans le cadre d’un plan en trois phases approuvé par le Conseil de sécurité des Nations Unies, n’est pas parvenu à obtenir le respect de ses dispositions par Israël. Au lieu du retrait progressif prévu par le plan, Israël a étendu son contrôle sur Gaza, et seul un tiers des camions d’aide humanitaire qu’il s’était engagé à laisser entrer quotidiennement dans l’enclave y parviennent effectivement.
Les forces israéliennes ont également tué plus de 1 000 Palestiniens depuis l’entrée en vigueur de la trêve d’octobre l’année dernière.
« Il n’y a ni politiques communes, ni même de vision commune » a déclaré l’analyste Iyad Jouda à Al Jazeera, ajoutant que le Conseil « s’est écarté de son objectif principal », qui est « d’unifier la bande de Gaza et la Cisjordanie ». Le Conseil est également à court d’argent, car des milliards de dollars de promesses de dons n’ont toujours pas été versés.
L’ensemble de la population de Gaza est exposée à un risque extrême de famine : près de 400 000 personnes survivent avec un seul repas par jour et 62 % des médicaments de soins de santé primaires sont en rupture de stock. L’ONU a déclaré que le développement humain à Gaza avait subi un recul de 77 ans, l’espérance de vie tombant à 40 ans.
L’ampleur des destructions a laissé derrière elle environ 68 millions de tonnes de décombres. Selon l’ONU, seules quelque 310 000 tonnes, soit moins de 0,5 %, ont été déblayées, un rythme qui nécessiterait plus de 140 ans pour venir à bout de cette tâche.
« Nous avons perdu environ 85 à 90 % de nos ressources, de nos bâtiments et de nos infrastructures » a déclaré Yahya al-Sarraj, maire de la ville de Gaza, à Al Jazeera. « Dans de nombreux cas, nous nous sentons paralysés. »
Il a indiqué que les municipalités avaient élaboré un plan de reconstruction complet, le "Plan Phoenix", et qu’une fois les frontières ouvertes, « les gens d’ici n’attendront pas et commenceront à construire leurs maisons par eux-mêmes ».
Les négociations sur la prochaine phase restent dans l’impasse, principalement en raison de l’exigence d’Israël que le Hamas se désarme avant que la reconstruction ne puisse commencer.
« Mettons d’abord fin à l’occupation, puis on pourra discuter des armes » a déclaré Nasser Faram, un ancien détenu, à Al Jazeera, tandis qu’un autre habitant de Gaza, Hassan Sharaf, a estimé que les armes « devraient être placées sous l’autorité d’un organe gouvernemental légitime ».
Le ministre israélien des Finances, Bezalel Smotrich, a déclaré à l’issue d’une réunion tenue lundi soir avec Alon Davidi, le maire de la ville de Sderot, dans le sud du pays : « Nous devons achever la conquête de la zone restante, vaincre le Hamas et établir une ceinture de colonies juives qui servira de zone tampon de sécurité pour Sderot et les communautés frontalières de Gaza. »
« Là où il n’y a pas de colonie, il n’y a pas de sécurité. Nous ne reviendrons pas à la réalité d’avant le 7 octobre » il y a deux ans et neuf mois.
Jeudi, en Israël, des commémorations ont marqué les 1 000 jours écoulés depuis les attaques menées par le Hamas le 7 octobre 2023 contre le sud du pays.
Des manifestations et des marches ont eu lieu dans tout le pays, organisées par le Conseil d’octobre, un groupe de familles endeuillées et d’anciens otages. Les manifestants ont brandi une banderole sur laquelle on pouvait lire « 1 000 jours d’abandon, de négligence, de dissimulation et d’échec » et ont accusé le gouvernement israélien de faire obstacle à une enquête indépendante sur ses défaillances en matière de sécurité. Les manifestants ont également tenté de bloquer l’accès à la Knesset.
Cinq mille Israéliens se sont installés dans les régions du sud proches de Gaza depuis le 7 octobre 2023, a rapporté le Times of Israel.
Au moins 62 000 personnes y vivaient avant le début de la guerre. Environ 90 % des habitants sont revenus, et le gouvernement israélien vise à ce que 124 000 personnes y vivent d’ici 2030.
Traduction : AFPS




