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Israël : Tzipi Livni réunit la direction du Kadima, affaibli par la lutte interne
publié le samedi 20 septembre 2008

Jean Guez
 
Tzipi Livni, la nouvelle dirigeante du Kadima, le parti au pouvoir en Israël, a réuni vendredi sa direction afin de resserrer les rangs après sa courte victoire des primaires.

La ministre israélienne des Affaires étrangères, élue de justesse mercredi à la tête de cette formation centriste [1], a convoqué près de Tel-Aviv le groupe parlementaire et les ministres du parti, alors qu’elle engageait ses tractations pour la formation d’un nouveau gouvernement.

Le grand absent lors de cette réunion était son principal rival, le ministre des Transports Shaul Mofaz, qui a provoqué jeudi la surprise en annonçant qu’il se retirait provisoirement de la vie politique après sa défaite aux primaires.

Mme Livni l’a toutefois appelé à "rejouer un rôle de dirigeant à mes côtés", alors qu’elle était entourée par les deux autres candidats malheureux à la direction du parti, le ministre de l’Intérieur Meïr Shetreet et celui de la Sécurité intérieure, Avi Dichter.

"J’ai besoin d’une pause pour décider de mon avenir", avait expliqué la veille M. Mofaz devant ses partisans.

Shaul Mofaz exprimait son mécontentement, d’après ses proches, suite à des irrégularités qui, selon eux, se sont produites au cours des primaires, et notamment que la fermeture de certains bureaux de vote ait été repoussée alors que les télévisions annonçaient une victoire nette de Mme Livni, à partir de sondages de sortie des urnes.

Selon les médias, il n’est cependant pas exclu à terme que M. Mofaz retourne au Likoud (droite), dont il est idéologiquement proche.

Le chef de l’opposition et dirigeant de ce parti, Benjamin Netanyahu, s’est d’ailleurs empressé de lui apporter un hommage appuyé.

Tzipi Livni s’est par ailleurs prononcée pour le maintien de la coalition sous sa forme actuelle, qui s’appuie sur quelque 65 députés.

"Il n’y a aucune raison de changer la composition de la coalition", a-t-elle estimé.

Elle a également souligné le "besoin de stabiliser au plus vite" la situation politique, en réduisant la période d’incertitude liée à un changement de gouvernement.

Mme Livni avait rencontré jeudi soir le vice-Premier ministre Eli Yishaï, chef du parti ultra-orthodoxe Shass, qui a qualifié l’entrevue de "cordiale".

Le sort de la future coalition que Mme Livni entend former dépend de la position du Shass. M. Yishaï a déjà posé des conditions à la participation de son parti à un gouvernement Livni, notamment que celui-ci "écarte toute négociation sur l’avenir de Jérusalem".

Le statut futur de la partie orientale de la ville, annexée par Israël après sa conquête en juin 1967, constitue une des principales pierres d’achoppement dans les pourparlers avec les Palestiniens.

Il a aussi exigé une hausse des allocations familiales, ce qu’a exclu jusqu’à présent Mme Livni.

Après la démission prochaine du Premier ministre Ehud Olmert, Mme Livni disposera d’un délai de 42 jours pour rassembler une nouvelle majorité, faute de quoi des élections anticipées pourraient avoir lieu sous 90 jours.

La législature actuelle n’est censée s’achever qu’à la fin 2010.

M. Olmert, mis en cause dans plusieurs affaires de corruption, devrait confirmer dimanche au cabinet sa décision de démissionner. Il restera à la tête d’un gouvernement de transition, le temps qu’un nouveau cabinet soit formé.

Le président palestinien Mahmoud Abbas a téléphoné jeudi à Mme Livni pour la féliciter de sa victoire, après que le négociateur palestinien Saëb Erakat a exprimé mercredi l’espoir que son élection à la tête du parti entraînerait des négociations "sérieuses".

Tzipi Livni est directement impliquée dans les négociations qui, jusqu’alors, n’ont pas débouché sur une percée concernant les dossiers centraux, alors qu’Israéliens et Palestiniens tentent de parvenir à un accord de paix avant la fin de l’année. [2]

[1] l’image de "colombe" qu’on lui prête souvent est erronée. N’oublions pas que Livni, issue du Likoud, était la dauphine de Sharon, criminel de guerre que certains voudraient faire maintenant passer pour un modéré, oubliant les massacres des camps du Liban en 82 ou plus récemment l’opération rampart en Cisjordanie en 2002, Jénine en ruines ou encore les attaques meurtrières répétées sur la population civile de Gaza. Le site Bakchich écrivait sur Livni en juin 2008 :

.."Des racines qui plongent dans la droite pure et dure

Du haut de ses 48 ans qu’elle ne fait pas, Tzipi Livni puise ses racines dans la droite israélienne pure et dure. Ses parents, nés en Pologne, étaient tous deux membres de l’Irgoun, l’organisation clandestine terroriste qui combattait le colonialisme britannique avant la création de l’Etat d’Israël en 1948 et ont été arrêtés par les Anglais pour des actes de terrorisme. Son père était le chef des opérations de l’Irgoun. A ce titre, en 1946 et sur ordre de Menachem Begin, il a organisé le célèbre attentat à la bombe contre l’hôtel King David, où se trouvait le QG britannique, et qui a coûté la vie à 91 Anglais, Arabes et Juifs. Plus tard et toujours aux côtés de Begin, papa Livni a été l’un des architectes de la naissance du Likoud et de la victoire du parti qui a porté Begin au pouvoir en 1977.

Après le décès de son père, Tzipi Livini, qui cherchait à succéder à son paternel à la Knesset sur le ticket du Likoud, a opté pour un slogan bien particulier : « Mon nom est une institution. » Un slogan lourd de sens car, en hébreu, le mot « institution » signifie Mossad, le nom des services secrets israéliens. Dans le passé, Tzipi Livini a travaillé comme agent pour le Mossad mais on ne sait pas avec exactitude pour combien de temps ni pour quelles missions car elle refuse encore aujourd’hui d’en parler. On sait toutefois qu’elle a été un agent clé en Europe pour au moins quatre ans, dans les années 80. Et notamment en France — elle est francophone — où elle a dirigé une « safe house » (maison sécurisée servant de base arrière ou de lieu de repli) pour ses collègues du Mossad au moment où le service entamait une campagne d’assassinats en Europe. Elle était notamment en poste en France en 1980, lorsqu’un scientifique égyptien spécialisé dans le nucléaire et travaillant pour Saddam Hussein a été assassiné dans la chambre de son hôtel parisien par le Mossad. Le gouvernement israélien a refusé de confirmer officiellement que le service était derrière cet assassinat mais le Premier ministre de l’époque, Menachem Begin, a glissé un jour à un journaliste américain qu’il espérait que la France qui aidait l’Irak avait« appris la leçon ».

Tzipi Livni était toujours en poste en Europe lorsque un dirigeant de l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine), Mamoun Meraish, a été tué par des balles tirées par un agent du Mossad à Athènes, en Grèce, en 1983. Un assassinat où, pour le Times de Londres en date du 1er juin 2008, Tzipi Livni était impliquée. A la suite du meurtre de Mamoun Meraish, Livni est rentrée en Israël pour reprendre ses études de droit. En cause selon le Times, de trop fortes « pressions » dans son boulot d’agent secret. Etait-elle elle-même l’un des tueurs dans cet assassinat et dans d’autres, comme le prétend la presse britannique ? Dans le sillage d’Ariel Sharon

Mystère, mais toujours est-il que lorsqu’elle se lance dans la politique au sein du Likoud, elle devient vite une disciple d’Ariel Sharon, l’homme qu’une commission officielle israélienne a désigné comme étant « personnellement responsable » du massacre dans les camps de réfugiés de Sabra et Shatila, au Liban, en 1982. Par la suite, c’est Sharon qui l’a successivement faite ministre de la Coopération régionale, ministre de l’Agriculture, ministre de l’Absorption des immigrés et ministre de la Justice. Et lorsque Sharon claque la porte du Likoud en 2005 pour fonder Kadima, dont Livni a écrit le manifeste, elle le suit sans hésiter. Puis, quand Ehud Olmert succède à Ariel Sharon comme Premier ministre, il nomme Tzipi ministre des Affaires Etrangères et suppléante au Premier ministre. Ce qui lui permettra peut-être de prendre sa place par intérim si Olmert est contraint de démissionner après une éventuelle inculpation dans une affaire de corruption.

Lorsqu’elle était au Likoud, Livni passait pour une des « colombes » de ce parti de droite. Elle a soutenu le plan de Sharon pour le démantèlement d’une partie des colonies israéliennes de la Bande de Gaza. Mais, comme l’a relevé le New York Times Magazine dans portrait de la ministre écrit par Roger Cohen et paru en 2007, « elle consacre une grande partie de son énergie intellectuelle à mettre Israël dans le droit chemin du weltanschauung post 11 septembre de l’administration Bush et de la mentalité du "nous-contre-eux" de la guerre contre le terrorisme. Livni veut qu’Israël en soit un acteur important et elle épouse vigoureusement le point de vue voulant qu’il faut batailler pour la liberté contre "la menace palestinienne" souvent associée à Al Qaïda et au président iranien Mahmoud Ahmadinejad ».

Pire, le journaliste du Times écrivait au sujet de sa longue interview avec Livni : « par moments, je me demandais si elle s’était vraiment éloignée de ses racines puisant dans la tendance dure du Likoud et je ne suis même pas vraiment sûr qu’elle ait saisi la réalité » du problème israélo-palestinien et du Moyen-Orient d’aujourd’hui.

Sombre, morne et austère, Tzipi Livni dispose toutefois d’un grand atout : elle est perçue comme la « Madame Propre » d’un establishment politique pourri par la corruption." ...http://www.bakchich.info/article5077.html

[2] Quant aux Palestiniens, selon el-Watan, ils attendront encore

Le mouvement Hamas, qui contrôle la bande de Ghaza depuis le mois de juin 2007, par la voix d’Ismaïl Haniyeh, Premier ministre démis de ses fonctions par le président Abbas, a déclaré ne rien attendre de cette élection dans laquelle il voit « une poursuite de la politique d’agression israélienne ». Dans la rue palestinienne, surtout dans la bande de Ghaza soumise à un embargo féroce depuis son contrôle par le mouvement islamiste Hamas, cette élection n’a pas suscité beaucoup d’intérêt chez ces gens qui ont d’autres préoccupations.

Se débrouiller une bouteille de gaz butane, assurer le pain quotidien à ses enfants, pouvoir trouver des médicaments pour se traiter, voir le terminal de Rafah ouvert pour pouvoir sortir librement de cette enclave, devenue véritable prison, voir les frères ennemis se réconcilier enfin sont actuellement des sujets bien plus importants que tout ce qui se passe a la tête de la hiérarchie politique israélienne, coupable à leurs yeux de tous leurs malheurs. Fares Chahine

http://www.elwatan.com/Les-Palestiniens-attendront-encore

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