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J’ai accosté dans le port de Gaza
publié le mercredi 27 août 2008

Huwaida Arraf
 
"Nous étions résolus à agir, à mettre fin symboliquement au siège de Gaza et à faire en tant que citoyens ce que les gouvernements civils n’ont pas eu la compassion ou le courage de faire eux-mêmes. "

Samedi après 32 heures en haute mer, j’ai accosté dans le port de la ville de Gaza avec 45 autres citoyens du monde entier pour défier le blocus israélien. Nous avons navigué depuis Chypre chargés d’approvisionnement humanitaire pour les Palestiniens vivant en état de siège. Ma famille dans le Michigan était malade d’inquiétude.

Ils ne sont pas inconscients. Ils savaient qu’Israël pouvait nous attaquer car les forces israéliennes l’ont fait en 2003, tuant Rachel Corrie, une Américaine pacifiste venue témoigner [1], ainsi que des milliers de civils Palestiniens non armés au fil des années.

Les membres de ma famille, pourtant, se souviennent que, 60 ans auparavant une partie de notre propre famille a été déracinés et chassée de ses foyers en Palestine par les forces israéliennes. Cette perte a sans aucun doute alimenté ma décision de risquer ma sécurité et ma liberté afin de faire progresser les droits fondamentaux des hommes, femmes, et enfants innocents de Gaza.

Nos deux bateaux ont été accueillis à leur arrivée par des milliers de Palestiniens en liesse qui en 41 ans d’occupation n’ont jamais assisté à une telle scène. Pour y arriver nous avons bravé des menaces de mort anonymes et les militaires israéliens qui interféraient avec nos moyens de communication malgré la mer agitée qui mettaient notre sécurité en danger. Avant notre départ, le ministère israélien des affaires étrangères avait affirmé son droit de recourir à la force contre nos bateaux non armés.

Nous étions néanmoins résolus à agir, à mettre fin symboliquement au siège de Gaza et à faire en tant que citoyens ce que les gouvernements civils n’ont pas eu la compassion ou le courage de faire eux-mêmes. Une fois ici, nous avons livré des appareillages dont l’absence est critique, tels que des prothèses auditives, des piles pour les appareils médicaux et des analgésiques.

Quand un violent séisme a secoué la Chine et que les cyclones ont ravagé le Myanmar, le monde a répondu. Les gouvernements comme les civils se sont ralliés pour fournir de l’aide.

Pourtant, à Gaza les gouvernements du monde ont laissé se dérouler sous nos yeux une catastrophe humanitaire dont c’est l’homme qui est à l’origine. Karen Koning Abu Zayd, chef de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés Palestiniens [UNRWA] a affirmé que « Gaza est sur le point de devenir le premièr territoire à être intentionnellement réduit à un état de misère inimaginable, à la connaissance et avec l’acquiescement et, certains diraient l’encouragement, de la communauté internationale. »

Israël prétend que son occupation de Gaza s’est terminée il y a trois ans après son redéploiement de soldats et de colons. Mais parce qu’Israël s’est opposé aux résultats des élections palestiniennes de 2006 pourtant considérées par le Centre de Jimmy Carter comme libres et justes, il a appliqué un blocus à Gaza, limitant sévèrement les mouvements de marchandises et de personnes. Dov Weisglass, conseiller auprès du premier ministre israélien Ehud Olmert, a, selon des témoignages, déclaré peu avant que soit intronisé le nouveau gouvernement du Hamas : « c’est comme un rendez-vous avec un diététicien. Nous devons inciter les Palestiniens à perdre du poids, mais sans aller jusqu’à mourir de faim. »

Plus de 200 Palestiniens sont morts l’année dernière selon Physicians for Human Rights, Israël refusant qu’ils sortent de Gaza pour suivre les traitements médicaux nécessaires. Plus de 80% de la population de Gaza dépend aujourd’hui de l’aide alimentaire alimentaire de l’UNRWA et du programme alimentaire mondial [PAM]. Le chômage atteint un seuil incroyable de 45%. Et des centaines de jeunes sont intellectuellement brimés par la décision d’Israël de les empêcher de suivre des enseignements à l’étranger.

Maintenant que nous sommes arrivés à Gaza, nous avons l’intention d’aider les pêcheurs de Gaza. Nous naviguerons avec eux au delà de la limite de six milles en mer illégalement imposée par la marine israélienne. Des pêcheurs palestiniens sont régulièrement harcelés et attaqués pendant qu’ils parcourent la mer pour gagner leur vie. Nous espérons que notre présence maintiendra les militaires israéliens à l’écart.

Nous faisons cela parce qu’on nous sommes horrifiés par le fait que ce siège imposé à 1,5 million d’hommes, de femmes et d’enfants puisse se poursuivre. Nous sommes attristés pour l’état de notre monde où ceux qui prennent les décisions peuvent se caler dans leurs fauteuils et contempler un peuple entier humilié et le laisser volontairement mourir lentement de faim.

Nous savons qu’avec nos deux petits bateaux nous ne pouvons pas ouvrir tout Gaza au monde extérieur. Nous ne pouvions pas apporter avec nous la libre circulation, l’accès aux emplois, les soins médicaux, la nourriture et d’autres produits critiques qui sont refusés aujourd’hui. Mais nous avons apporté avec nous un message aux habitants de Gaza : ils ne sont pas seuls. Avec notre voyage qui a réussi nous leur prouvons que des citoyens américains et de partout dans le monde se sont déplacés pour faire progresser des principes humanitaires et les droits de l’homme. Nos efforts de cette semaine ont été entrepris dans cet esprit et avec l’espoir que nos représentants élus un jour suivront notre exemple.

[1] NdT : Corrie, qui faisait aussi partie du Mouvement de Solidarité Internationale [ISM], a été écrasée par un bulldozer israélien manoeuvré par les Forces Israéliennes de Défense [IDF] alors qu’elle s’opposait à la destruction d’une maison palestinienne ; une enquête menée par l’armée israélienne avait conclu à une mort accidentelle. Les mêmes IDF ont abattu Tom Hurndall (un militant d’ISM décédé neuf mois après avoir reçu une balle dans la tête à Gaza tirée par un sniper [le tireur d’élite n’a été reconnu coupable que d’homicide involontaire.

Huwaida Arraf, Palestinienne d’Israël, citoyenne des Etats-Unis, est avocate spécialisée dans la défense des droits humains. Elle exerce à Roseville. Elle enseigne également à l’université Al-Qods à Jérusalem, au département de Droit. Elle est co-fondatrice d’ISM [International Solidarity Movement]. http://www.freep.com/apps/pbcs.dll/article ?AID=200880825045

publié en français par Info Palestine

http://www.info-palestine.net/article.php3 ?id_article=4972

traduction : JPP, titre modifié : CL, Afps

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