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"Que les fenêtres de Gaza s’ouvrent sur le monde"
publié le dimanche 24 août 2008 Entretien avec le docteur Mona Al Fara, Gaza. "L’initiative de ces individus solidaires, est comme je l’ai dit précédemment, un message d’espoir et de liberté, qui s’adresse à ceux qui en ont plus que jamais besoin."
Cet entretien a été réalisé après que le docteur Mona Al Fara, militante de la commission internationale pour briser l’embargo imposé sur la bande de Gaza, ait annoncé publiquement le débuts des activités populaires pour la préparation de l’accueil des deux bateaux de Free Gaza sur les côtes de Gaza, activités organisées par différents comités et organisations palestiniennes. Militante sociale et politique palestinienne, le docteur Mona Al-Fara fait partie de la génération de ceux qui ont fondé les organisations populaires en Palestine depuis les années quatre vingt dans la bande de Gaza. Elle a participé à la fondation de l’Union des Comités de Travail médical en tant que médecin et militante sociale. Elle occupe actuellement le poste de vice présidente de l’association du Croissant Rouge dans la bande de Gaza, anciennement présidée par le défunt docteur Haydar Abd al Shafi. Mona Al-Fara : « Cette initiative est un message qui s’adresse à nous, Palestiniens. Un message d’espoir et de solidarité pour la population de la bande de Gaza, après qu’elle a perdu confiance dans l’existence de gens croyant à la justice et au droit dans ce monde. Cette initiative a eu de l’influence même sur la situation palestinienne interne. Nombreux sont ceux qui disent qu’il est déplorable d’être divisés entre nous. Nous sommes hostiles les uns aux autres pour des intérêts étroits alors que des gens de tous les continents mettent leurs vies en danger pour briser l’embargo qui nous est imposé. La population éprouve de la honte envers ceux qui créent la division entre Palestiniens et les appelle à comprendre le message de ces gens courageux qui prennent des risques afin de faire passer la voix des opprimés de Gaza vers le monde, monde spectateur et complice, pendant toute cette période, devant l’oppression de l’occupation. L’occupation prétend que depuis le retrait de 2005, la bande de Gaza n’est plus occupée. En partant de cela, un groupe d’activistes en Europe, aux Etats-Unis, et dans d’autres pays a commencé à travailler pour montrer au grand jour que Gaza est toujours occupée. Ils ont décidé de défier l’occupation. De nombreuses personnalités mondialement connues soutiennent cette initiative, telles que Desmond Tutu, James Carter, Noam Chomski, et bien d’autres encore. L’idée est née au sein du groupe Free Gaza, un groupe de militants contre le projet d’occupation, pas seulement celui de 1967, mais contre celui de la purification ethnique de la Palestine qui a commencé en 1948. Les gens présents sur le bateau sont un groupe de militants courageux qui ont décidé de défier et d’affronter l’occupation. Ils sont quarante, d’environ quatorze pays différents, et parmi eux des Israéliens et des juifs contre le sionisme, comme Jeff Halper, président de l’association de défense des propriétaires de maisons détruites, Norman Frankelstein, et d’autres encore… Nous annonçons au monde que nous souhaitons la bienvenue à tout Israélien refusant l’occupation et le projet d’Etat sioniste, projet niant la justice humaine et fondé sur l’oppression et le racisme. » Pour le docteur Mona Al Fara, ce voyage a une importance et une nature bien spéciale, en tant que militante sociale et politique, mais aussi parce que son frère Mushir se trouve sur le bateau pour Gaza : « Au début, j’étais très heureuse, parce que mon frère Mushir arriverait par le bateau, mais dès lors que la probabilité d’une attaque du bateau par les forces d’occupation israéliennes est devenue de plus en plus grande, j’ai ressenti une immense peur pour l’ensemble de ceux qui se trouveraient sur le bateau. Mais j’ai éprouvé une peur panique en particulier parce que mon frère va se trouver sur le bateau. Je me suis demandé : est il possible que cette fin soit celle de Mushir ? Jusqu’au moment où je me suis souvenue que mon frère et moi nous nous encouragions toujours mutuellement à nous investir dans de tels projets, et qu’aujourd’hui notre peuple est en train de se noyer. On se retrouve exposé à un mélange de sentiments contradictoires, qui nous dévorent de l’intérieur. Mon travail consiste à encourager les gens à résister. Nous, en tant que militants sommes dans une situation difficile, et nous devons soutenir la population dans se résistance même dans les moments sombres où nous nous sentons accablés et presque abattus. Nombreux sont les militants qui, dans une situation palestinienne interne difficile, sont découragés. Dans cette situation, ce qui m’encourage est de voir le résultat de notre travail et le changement apporté dans la vie d’une femme, d’un homme ou d’un groupe de gens. Notre société avance aujourd’hui sur un bateau sans boussole, et nous devons puiser notre force des gens dont nous sommes au service, sans dévier de notre chemin comme d’autres ont pu le faire. Cela ne signifie pas que nous devons nous noyer dans le quotidien et oublier notre cause, comme certains : les élites politiques ont oublié la cause des réfugiés, de la [lutte contre la ]colonisation et ont également oublié de servir la population. Les partis politiques existent pour servir les gens. Dans la phase actuelle de division et de recul, les forces laïques et progressistes doivent jouer un rôle actif auprès de la population. Et ces forces ne jouent pas ce rôle, cela signifiera alors qu’elles sont en disfonctionnement. Les organisations de la société civile sont aussi en recul au niveau de leurs activités et leur efficacité. C’est pourquoi il faut penser à de nouvelles façon de travailler, en s’appuyant sur l’énergie des jeunes dans cette société, énergie qui a été perdue dans des projets qui détruisent la société au lieu de la construire. Il y a dans notre société des jeunes qui croient au travail bénévole, et qui ont besoin d’un modèle à suivre. Humainement en tant que militants, nous avons un rôle difficile : soutenir les gens à un moment où nous avons besoin d’eux et où nous annonçons que nous sommes accablés. Mais cet accablement ne nous autorise pas à nous effondrer. Il faut savoir que 95 pour cent de la société souffre de symptômes post traumatiques (comme le confirment les rapports du Programme de Gaza pour la Santé mentale), et 65 pour cent d’entre eux souffrent de symptômes très graves, conduisant certains d’entre eux à avoir des comportements extrêmes envers eux-mêmes ou les autres. Tout cela est la conséquence de l’oppression et de la violence extrême dont souffre la société. Dans ce contexte, l’initiative de ces individus solidaires, est comme je l’ai dit précédemment, un message d’espoir et de liberté, qui s’adresse à ceux qui en ont plus que jamais besoin. Ce sera peut-être un nouveau début d’un rôle actif du mouvement de solidarité populaire internationale, pour que des fenêtres s’ouvrent sur le monde malgré l’occupation de la gigantesque prison qu’est Gaza. » voir les photos du Monde titre : C Léostic, Afps
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