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"Mahmoud Darwich, Al Jalili, le Galiléen"
publié le dimanche 24 août 2008

Michèle Sibony
 
Une voix de Palestine s’est tue avec Mahmoud Darwich, celle des collines de Galilée, celle de la douleur de l exil et de la résistance du peuple de Palestine.

Haifa, le 10 août 2008

En arabe de nombreux mots désignent la notion de résistance, tantôt violente, tantôt révolte, et soulèvement, mais aussi celui qui vient à l’esprit en pensant au poète et à son peuple : "soumoud", la résistance silencieuse obstinée et tenace d un peuple entier qui refuse de se soumettre ou de disparaitre.

Tout cela Mahmoud Darwich l’a à la fois incarnéet insufflé à des millions de Palestiniens. En cette sombre époque, les gens de Palestine où qu’ils se trouvent, en exil dans les camps de réfugiés, à Gaza, en Cisjordanie ou en Israël, ont encaissé le coup durement, comme un deuil qui s ’ajoute aux deuils, mais avec en plus le profond sentiment de devenir brutalement orphelins, de perdre celui qui était à la fois le passé et le présent, la continuité d’ un espoir vivant pour un peuple vivant "nous aussi nous aimons la vie".

A Haïfa hier, aujourd’hui à Nazareth, les familles sont en deuil, les femmes pleurent et les hommes ont le regard sombre, et le cœur est triste. Et l’on se demandait où il serait enterré, et la réponse était claire : Mahmoud de Galilée doit reposer sur sa terre, à Birwe d’où sa famille a été chassée en 48, ou dans le village à quelques km de là où elle s ’est refugiée, ou peut être même à Haïfa ville qu’il a beaucoup aimée et habitée, mais en tout cas en Galilée.

Et chacun de spéculer sur ce qu’accepterait ou refuserait le gouvernement israélien. Et puis la nouvelle est tombée, cet après midi : Mahmoud Abbas a négocié avec la famille qui a dû céder, et il a obtenu son accord pour un enterrement à Ramallah. Personne ne doute ici qu’il ait d abord pris ses renseignements- consignes ?- auprès des Israéliens. Autant gagner du temps…

Mais à Nazareth ou Haïfa, en Galilée on ne l’entend pas ainsi, et la colère s’exprime : Bien sûr Ramallah c’est aussi la Palestine, mais une Palestine sans Etat, celle d ’Oslo, déchirée et démembrée, celle de l’Autorité palestinienne - et l’expression sonne durement. Ce que l’on veut pour le poète c’est un endroit qui soit le sien et qui restaure une forme d’unité nationale, rêvée peut être, mais qui vit au fond de tous les cœurs palestiniens.

Ce choix imposé et accepté sans résistance, rappelle chacun à ses devoirs. A Haïfa ce soir dans son ancien quartier en bas de la ville, les gens se sont retrouvés avec des bougies, silence, recueillement et larmes. Des articles s’écrivent, des protestations s’organisent.

Mahmoud Al Jalili, le Galiléen, sera peut être enterré à Ramallah pour des raisons de basse politique, ou par la loi du plus fort. Mais l’âme du poète continuera de frissonner dans les branches des saules qui bordent le Jourdain, à travers les collines de Galilée, sur les rivages de Gaza, comme sur les sables du Naqab, murmurant au cœur de tout son peuple, l’amour de sa terre déchirée et le Soumoud.

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