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En Égypte, la traque des tunnels de contrebande vers Gaza s’intensifie
publié le vendredi 22 août 2008

Maya El-Kaliouby
 
Plusieurs fois par semaine, les gardes-frontières immergent, enterrent ou font exploser les tunnels qui surgissent un peu partout autour de la frontière dans des jardins, des maisons et même des écoles.

Dans l’arrière-cour ombragée d’un immeuble de Rafah, deux gardes-frontières égyptiens surveillent, avec des chiens, l’entrée d’un tunnel de contrebande vers la bande de Gaza. « Nous l’avons découvert ce matin », explique le lieutenant-colonel Yasser Ali, s’adressant à quelques journalistes étrangers à l’occasion d’une visite très encadrée sur des sites de tunnels. « C’est le 452e depuis trois ans », précise-t-il. Autour de lui, des enfants jouent au milieu de volailles.

Accusée par Israël et les États-Unis de ne pas lutter suffisamment contre le trafic d’armes vers la bande de Gaza, l’Égypte a décidé de faire appel depuis juin à une équipe de spécialistes américains pour traquer les tunnels. « Nous avons besoin de leur expérience. Après tout ce sont des experts. Ils doivent aussi lutter contre les tunnels creusés par les Mexicains pour entrer aux États-Unis », ironise l’officier Ali.

Venue épauler les gardes-frontières égyptiens, une équipe d’une unité d’ingénierie, qui dépend du département de Défense américain, est déjà sur place mais reste invisible. « Nous découvrons déjà beaucoup de tunnels par nous-mêmes, plus de 200 cette année. Mais nous voulons des méthodes plus performantes de détection et de destruction », dit M. Ali. Ce matériel, de type non précisé, n’est pas encore arrivé. Plusieurs fois par semaine, les gardes-frontières immergent, enterrent ou font exploser les tunnels qui surgissent un peu partout autour de la frontière dans des jardins, des maisons et même des écoles.

En plus de la formation des gardes-frontières, les États-Unis vont allouer 33 millions de dollars à l’Égypte pour acquérir l’équipement nécessaire. Depuis le retrait de l’armée israélienne de la bande de Gaza en 2005, 750 gardes-frontières égyptiens ont été déployés, en plus de policiers, sur les 13,5 km de frontière. Entre mer et désert, la frontière est marquée par des parois en béton ou des fils de fer barbelés. « C’est la fermeture quasi permanente du terminal de Rafah après l’arrivée du Hamas à Gaza qui a causé l’augmentation des tunnels de contrebande », affirme l’officier. Le Hamas a pris le pouvoir dans la bande de Gaza en juin de l’an dernier à la suite d’un coup de force contre le mouvement Fateh du président palestinien Mahmoud Abbas qui ne contrôle plus que la Cisjordanie. Pour les 1,5 millions d’habitants de la bande de Gaza, territoire enclavé soumis à un blocus imposé par Israël, le terminal de Rafah est le seul accès au monde extérieur. Il n’est plus ouvert que pour les cas humanitaires extrêmes. « Avant le coup de force du Hamas, le terminal était ouvert au moins deux fois par semaine permettant un passage normal et légal des Palestiniens, des aides, des approvisionnements », assure-t-il

En janvier, des centaines de milliers de Palestiniens s’étaient rués pour s’approvisionner en Égypte, après la destruction de la clôture frontalière par des activistes du Hamas, poussant l’Égypte à remonter une clôture de sécurité. « Plus le blocus israélien dure, plus on trouve des armes, des munitions et des drogues. Avant, les produits de contrebande étaient plus anodins : de la nourriture, du carburant ou des cigarettes », a-t-il précisé. Mais d’après lui, aucune arme n’est entrée à la bande de Gaza depuis l’Égypte en 2008 [1]. « La police découvre régulièrement des caches d’armes dans le désert du Sinaï. Elles n’arrivent plus jusqu’à la frontière », assure-t-il. « Cela ne peut plus durer. Les Palestiniens manifestent tous les vendredis devant le terminal. Ils étouffent. Il y aura d’autres assauts, c’est inévitable », commente un autre militaire sous le couvert de l’anonymat.

[1] une Française mariée à un Gazaoui, rentrée tout récemment de Gaza où elle a vécu plusieurs mois au coeur de la population, affirme que seuls les biens de première nécessité passent maintenant par les tunnels : nourriture, lait pour enfants, médicaments... Car plus rien n’est accessible aux Gazaouis, ou par pénurie de biens ou par manque absolu d’argent. Dans les deux cas la responsabilité de l’embargo israélien soutenu par les USA et l’Union européenne est flagrante. Et criminelle.

Laya El Kaliouby (AFP)

publié par l’Orient le Jour

http://www.lorientlejour.com/page.aspx ?page=article&id=379688

note : C Léostic, Afps

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