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Palestine : Le mal court
publié le mercredi 20 août 2008

Achraf Aboul-Hol
 
Entre le Hamas et le Fatah, c’est une lutte sourde qui se poursuit. Atteignant des pics de violence, elle rend plus compliqué le quotidien d’une population qui souffre déjà de l’occupation israélienne.

Mieux vaut en rire qu’en pleurer. Tout étranger qui pénètre dans le secteur de Gaza doit s’étonner de lire une affiche sur laquelle est marqué un emblème : « Souriez, vous êtes à Gaza ». Dans la région de Beit Hanoun, proche du point de passage du même nom que les Israéliens appellent Erez, dans le nord, se trouve cette enseigne. Une autre est du côté du point de Rafah dans le sud du secteur. C’est dire que quel que soit le lieu par lequel vous passez pour aller dans ce territoire palestinien, vous devez sourire. En fait, c’est plutôt dramatique et même incroyable de voir les factions palestiniennes s’entre-tuer et se combattre pour des raisons qui n’obéissent à aucune logique. S’il y a lieu de sourire, c’est pour l’ingéniosité avec laquelle la population trouve des solutions à ses problèmes complexes. Outre l’occupation israélienne et le blocus imposé par le Tsahal, les habitants de Gaza témoignent d’une véritable lutte fratricide entre le Fatah et le Hamas.

Deux mouvements dits de résistance palestinienne qui ne cessent de s’affronter mettant en péril la cause palestinienne et faisant d’Israël un arbitre de la situation.

Un attentat, puis c’est tout un drame qui avance inexorablement. Sur une plage de Gaza, cinq membres de la brigade Qassam, la branche armée du Hamas, ainsi qu’une fillette ont été tués dans une explosion imputée par le Hamas au Fatah. Ce mouvement de Mahmoud Abbass a démenti avant de procéder à une vague d’arrestations de militants du Hamas en Cisjordanie, territoire sous son contrôle. Le Hamas riposte en recourant de son côté à une série d’interpellations touchant des cadres fathistes dans la bande de Gaza. En quelques jours, 11 personnes ont trouvé la mort et une centaine d’autres ont été blessées lors d’affrontements entre les forces du Hamas et les membres armés de la famille Helless, partisans du Fatah et accusés d’être derrière l’attentat de la plage.

A Naplouse, Mohamad Ghazal, membre du bureau politique du Hamas, est enlevé par des hommes relevant du Fatah. Ils menacent de le tuer si les violences en cours dans le quartier de Choujaya, à Gaza, ne cessent pas. Le chef de la famille Helless ainsi que 179 de ses hommes parviennent à trouver refuge en Israël après une perquisition des plus honteuses où ils étaient rangés comme des animaux et déshabillés sauf de leurs sous-vêtements. Un nouveau pic d’affrontements qui, une fois de plus, traduit cette tentation dévastatrice de la force.

Au-delà des accusations et contre-accusations, ces nouvelles violences ont porté un coup dur aux efforts déployés, notamment par l’Egypte, pour réconcilier le Fatah et le Hamas, qui se boudent l’un l’autre depuis la prise de contrôle de la bande de Gaza par ce dernier. L’intervention d’Abou-Mazen, ordonnant la libération des partisans du Hamas détenus en Cisjordanie, traduit ce constat de risque, voire d’échec qui s’est emparé des deux organisations censées lutter ensemble contre l’occupation israélienne.

Le Hamas agit par la suite et relâche 150 détenus membres du Fatah, dont un important dirigeant, qu’il avait arrêtés dans la bande de Gaza. Des gestes des deux côtés ? Peut-être, mais dans la bande de Gaza ou encore en Cisjordanie, les Palestiniens croient bien que le mal est fait. Ces derniers événements étaient ce qu’on pouvait craindre de pire. Théoriquement, tous les appels en faveur d’une réconciliation interpalestinienne semblent plus que séduisants. Mais sur le terrain, cette re-unité s’avère plus que compliquée. Les Palestiniens d’aujourd’hui sont plus que jamais divisés, au moins au niveau de leurs dirigeants. Mahmoud Abbass s’est ainsi manifesté au grand jour comme le président incapable à rallier le peuple palestinien autour de lui. Une position qui s’est confirmée autant par une abstention israélienne de conclure la paix avec lui.

En dépit des rencontres répétées entre lui et le premier ministre Ehud Olmert, il est clair que les négociations, dans le sens concret du terme, ont été mises au ban. C’est bel et bien Israël aussi qui maintient le siège de la bande de Gaza et l’occupation de la Cisjordanie empêchant ici et là la circulation des Palestiniens, voire une vie normale. L’Occident en est complice, assurant à Israël une impunité absolue, mais aussi le renforçant en décrédibilisant l’Autorité palestinienne. Les mots de soutien ne suffisent pas à eux seuls pour permettre à Abou-Mazen de bien gouverner. Et dans tous les cas, les Palestiniens encaissent les résultats, dont les plus évidents sont la violation de leur droit de vivre.

Le synonyme de cette division et de cette difficulté, voire impossibilité de vivre normalement est cette crise de carburants qui rend tout compliqué. Résultat : tous les véhicules sont immobilisés et les Gazaouis sont à la recherche d’alternative et de succédanés : gaz naturel, devenu même une denrée rare.

Dans ce contexte trouble et même tragique, les choses ne font que se compliquer. A moins d’une réconciliation ou d’une trêve réelle, l’issue semble bien lointaine. Voire, les informations en cours n’annoncent rien de bon. Ainsi, selon des sources palestiniennes informées, le Comité Exécutif de l’Organisation de Libération de la Palestine (CEOLP) a-t-il débattu récemment l’idée de déclarer le secteur de Gaza comme « province rebelle » avec suspension des salaires des fonctionnaires et de nombreux autres services. Selon les mêmes sources, un courant se cristallise à l’heure actuelle au sein de l’Autorité palestinienne à Ramallah, selon lequel il faudrait trancher la situation par la force étant donné l’échec de tous les efforts menés pour mettre fin à « l’effusion de sang », dont le Hamas s’est rendu coupable à Gaza et le refus de l’organisation du dialogue national, auquel a invité le président Mahmoud Abbass.

Gaza, province rebelle

Ces mêmes sources font état d’une décision du commandement palestinien, selon laquelle la porte du dialogue ne sera pas éternellement ouverte. Il a donné un délai d’un mois maximum pour que débute un « dialogue global ». En cas d’échec des efforts visant à nouer ce dialogue ou en cas d’insuccès de ce dernier, le commandement palestinien sera obligé de « prendre des mesures douloureuses ». Il en a informé le secrétaire général de la Ligue arabe ainsi qu’un certain nombre de dirigeants.

Selon ce plan donc, Gaza sera déclarée « province rebelle sous la tutelle de milices armées » En conséquence, il sera mis fin à tous les services fournis au secteur : coordination pour approvisionnement alimentaire, paiement des factures d’électricité, d’eau et des salaires des fonctionnaires, arrêt des services médicaux et scolaires, interdiction d’exportation de carburants de tous genres au secteur, suspension d’émission de passeports et de tout document officiel issu de l’Autorité palestinienne. Selon le même plan, il sera autorisé à la justice de saisir les plaintes contre le Hamas, de soumettre les dossiers relatifs à la justice palestinienne et de se diriger dans ce contexte à la Cour Internationale de Justice (CIJ) à La Haye. Il s’agira de présenter des documents contre toute la direction du Hamas, l’accusant de procéder à des massacres collectifs à Gaza. Ainsi tout responsable du Hamas dans un pays reconnaissant la CIJ, comme la Syrie par exemple, sera-t-il sous pression extrême et juridique, exposant en cas de non extradition de ces responsables, le pays hôte à des sanctions internationales.

Commentant ces informations, le porte-parole du Hamas, Fawzi Barhoum, a affirmé qu’il n’a pas été informé d’une décision du CEOLP de considérer Gaza comme province rebelle. Mais au cas où cela s’avérerait vrai, il s’agirait d’une chose très dangereuse, rendant plus aiguës les divisions interpalestiniennes et confirmant la séparation de Gaza de la Cisjordanie.

Pour lui, « il y a un plan des éléments du Fatah qui dominent le CEOLP pour empêcher tout rapprochement avec le Hamas, creuser la division et punir un million et demi de Palestiniens, comme le fait l’ennemi israélien ». Barhoum ajoute que le Hamas est au courant du fait que « le CEOLP est dominé par le Fatah. Il s’y trouve des voix qui ont toujours appelé à considérer le Hamas comme illégitime, sans être sanctionnées ». Le responsable hamasi souligne, à cet égard, que c’est le CEOLP qui a approuvé « le gouvernement illégitime de Fayyad » et des centaines de décrets promulgués par le président Abbass, qui ont augmenté les divisions interpalestiniennes et qui ont appelé à punir le Hamas et l’écarter de l’arène politique. Le responsable a souligné, à cet égard, que le Hamas est une partie de l’équation palestinienne qui croit en « l’unité de la patrie et du peuple, la prise de décision unifiée et la nécessité de mettre de l’ordre au sein du foyer palestinien » et de mettre en garde contre les intentions prêtées au CEOLP. Selon lui, si elles s’avèrent fondées, elles ne feront que servir les intérêts de l’occupation sioniste et détruiront le projet national palestinien en accord avec ce que veulent les Etats-Unis et Israël. De toute façon, le seul fait que de telles informations soient colportées témoignent de la profondeur du malaise actuel entre les deux factions palestiniennes. Le peuple en paye le prix et on ne saurait que regretter un tel état des choses. « Souriez, vous êtes à Gaza » ou même « en Cisjordanie » témoigne de l’absurde.

publié par al-Ahram hebdo en français

http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahram/2008/8/13/doss1.htm

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