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J.O. : Médaille d’or du parcours du combattant pour les Palestiniens.
publié le mardi 19 août 2008

Pierre Barbancey
 
Être aux JO pour l’équipe de Palestine, c’est déjà une performance. Rencontre avec la nageuse Zakia Nassar.

Dans ce débordement d’argent et d’or, dans tous les domaines, de ces jeux dits encore Olympiques, la prestation de la nageuse palestinienne Zakia Nassar passera peut-être inaperçue. D’autant, diront les mauvaises langues, que la victoire qu’a remportée la jeune femme de vingt et un ans s’est limitée à une série du 50 mètres nage libre. Derrière elle, la concurrence n’avait rien d’effarant, avec des nageuses venues de pays peu réputés pour leur natation, comme le Népal, le Malawi ou encore le Burundi et le Burkina Faso.

Mais, de même qu’en boxe un poids plume n’affronte pas un poids lourd, il s’agit là de permettre à ces nations aux difficultés économiques terribles ou encore occupées, comme c’est le cas des territoires palestiniens, de ne pas être noyées par ces puissances dont l’impérialisme se manifeste même dans le sport.

Au départ, donc, sur les plots, pas de différences majeures si ce n’est la taille de Zakia - 1,62 m -, vrai handicap en natation. Pourtant, dès ses premiers mètres, la nageuse palestinienne a montré que non seulement elle ne se laissait pas distancer mais qu’en plus, à chaque passage de bras, elle prenait de l’avance. Suffisamment en tout cas pour que Zakia Nassar compense son petit gabarit et touche le mur d’arrivée en tête.

La première fois que le drapeau palestinien a flotté aux jeux Olympiques, c’était en 1996. Un véritable symbole sanctuarisant les accords d’Oslo et l’installation de l’Autorité palestinienne. Il n’y avait alors personne pour porter la bannière de la Palestine. En 2000, deux représentants avaient été envoyés à Sydney, puis trois à Athènes en 2004. À Pékin, ils sont donc un de plus même si aucun d’entre eux n’a réussi les minima olympiques. Ils bénéficient donc des règles d’exception pour les nouveaux pays.

Personne ne sera étonné d’apprendre que le chemin parcouru par Zakia Nassar a été semé d’embûches. Née à Bethléem, c’est dans cette ville qu’elle a commencé la natation, à l’âge de neuf ans. Mais depuis quatre ans elle vit à Jénine (Cisjordanie) où elle est étudiante en odontologie. Or, à Jénine, ville qui, à l’instar de Naplouse, est particulièrement visée par l’occupant israélien, il n’y a pas de piscine. Ne parlons même pas de piscine olympique. Rien. Pour Zakia, c’est sans doute la plus rude des épreuves. Deux fois par mois - et encore, pas toujours - elle se rend à Bethléem (à 150 kilomètres plus au sud) pour « s’entraîner ». Un bien grand mot puisque le bassin ne dépasse pas les 12 mètres ! « C’est vraiment très difficile, avoue la jeune femme. Combiner le sport de haut niveau avec les études ce n’est déjà pas facile, mais quand en plus se rajoutent ces difficultés-là… » Pis : « J’ai demandé à pouvoir m’entraîner à Nazareth (ville arabe située en Israël à quelques encablures de Jénine - NDLR) mais les autorités israéliennes ont refusé de me donner l’autorisation et donc le permis de voyager qui va avec. »

Zakia est l’une des quatre athlètes palestiniens qui participent à ces Jeux de Pékin. Se trouvent également dans la délégation le nageur Hamzeh Abdu, de Jérusalem, et les coureurs, Ghadir Al Ghrouf et Nader Al Masri, le premier est de Jéricho, le second a failli ne pas pouvoir faire le déplacement en Chine. Le gouvernement israélien a, pendant de longs mois, refusé de lui accorder une autorisation de sortie de la bande de Gaza, où il vit et s’entraîne, avant de céder sous la pression de plusieurs associations de défense des droits de l’homme (mais pas Reporters sans frontières), relayées par le quotidien israélien Yediot Aharonot.

Le sourire aux lèvres après sa performance, Zakia Nassar nous expliquait, vendredi 15 août, à peine sorti du Cube d’eau de Pékin : « Il est important pour les Palestiniens d’être ici. C’est un message que nous lançons au monde. Un message de paix. Une paix parce que nous voulons vivre, nous voulons pouvoir faire du sport, pouvoir nager. » Pleine d’optimisme, elle se mettait même à rêver : « Pourquoi ne pas penser que, dans l’avenir, la Palestine pourrait remporter une médaille ? »

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