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Palestiniens, réfugiés pour toujours...
publié le vendredi 20 juin 2008 Najwa Sheikh En ce 20 juin 2008, journée mondiale des réfugiés [1], les Palestiniens connaissent l’exil depuis 60 ans, après l’expulsion violente de Palestine en 1948. Près de 8 millions de réfugiés vivent aujourd’hui loin de chez eux, pour la majorité dans des camps, dans la prison-cible qu’est la bande de Gaza ou en Cisjordanie occupée y compris à Jérusalem, et aussi hors de Palestine. Une jeune réfugiée de Gaza :
Le 20 juin est la journée pendant laquelle le monde va mettre l’accent sur les réfugiés et on l’on célébrera ce qu’on appelle « la journée des réfugiés », un jour à s’appeler réfugiés pour toujours, pas seulement pour les Palestiniens, mais aussi pour d’autres nations malchanceuses dont la guerre et l’injustice ont détruit la vie. Je suis une réfugiée palestinienne ; mes parents comme mes grands-parents sont réfugiés, ils ont fui notre patrie, Al Majdal, et se sont établis dans l’un des huit camps de la bande de Gaza. Mes grands-parents sont morts il y a 15 ans, sans avoir la chance de revoir leur terre natale et mes parents, vieux et malades aujourd’hui, subiront probablement le même destin et mourront sans avoir la chance de jeter un seul regard sur ce qui fut leur terre natale. Revenir sur la vie difficile qu’ont vécue mes grands-parents et mes parents ne m’apporte rien d’autre qu’une vision lugubre de mon propre avenir et de celui de mes enfants, eux aussi réfugiés. De 1948 à 2008, 60 ans se sont écoulés et nous, Palestiniens, nous sommes toujours des réfugiés, sachant ce que ça veut dire et connaissant les « privilèges » dont jouissent les réfugiés, que ce soit le déni du droit, en tant qu’êtres humains de la part d’autres pays ou au niveau international, ou que ce soit des questions comme les déplacement, l’immunité... Etre identifié comme réfugié et plus particulièrement comme réfugié palestinien signifie qu’il n’y a rien à espérer pour l’avenir, pas d’horizon ouvert, seulement des images restreintes qui tournent autour de vous, venues de la vie de vos ancêtres, eux qui ont vécu et sont morts dans le même camp que vous, dans les mêmes circonstances, et qui ont subi les mêmes souffrances et la même injustice de la part des Israéliens. Vous attendre à avoir la même vie que vos parents et grands-parents est très décevant. Pas parce que leur vie fut dure, mais en ce sens que les perspectives de votre vie sont toutes tracées, limitées au camp, aux mêmes écoles, aux mêmes universités, aux mêmes rues, aux mêmes obstacles israéliens, aux mêmes réactions aux actions que mène votre peuple pour défendre sa dignité et sont droit de vivre normalement. Dans ces circonstances, quand vous pouvez dire ce que sera votre vie, votre prochaine étape, alors il est inutile de faire des projets, de rêver et même de vous sentir heureux si vous trouvez un succès spectaculaire à l’école par exemple, car toujours la fin sera la même, une vie piégée dans le camp où vos jours et vos nuits se sont guère différents. Il est très dur de ressentir ces sentiments, ce sentiment que votre vie sera gâchée pour rien, que tous vos efforts n’amèneront aucune amélioration dans votre vie ou celle des autres, et que vos rêves ne seront qu’une tentative d’échapper à la réalité qui est la vôtre. D’une génération à une autre, rien n’a changé, avoir une bonne éducation ou une carrière n’a aucune importance tant que vous êtes un réfugié qui vit dans les limites du camp, échoué dans le même camp et que vous serez toujours un réfugié. Aussi il faudrait ajouter « réfugié » sur la liste des différentes citoyennetés du monde, et ainsi le mot réfugié servirait sur nos passeports à définir le voyage sans Etat, sans repos et sans fin auquel nous sommes contraints. [2] [3] En photos :Les réfugiés depuis l’épuration ethnique que fut la Nakba :
Les réfugiés aujourd’hui : http://www.un.org/unrwa/photos/fresh-pics/recent03.html Sitesen anglais : unwra http://www.un.org/unrwa/english.html Badil : http://www.badil.org/ al-Awda http://al-awda.org/ [1] voir en anglais sur Ma’an news, le discours de Karen AbuZayd, Commissaire-Général de l’UNWRA :" Exil, exclusion et isolement : l’expérience des réfugiés palestiniens" http://www.maannews.net/en/index.php ?opr=ShowDetails&ID=30005 [2] Najwa Sheikh Le 20 juin Najwa vit à Gaza. Elle a écrit cet article pour le PalestineChronicle. http://www.palestinechronicle.com/view_article_details.php ?id=13892 traduction : C. Léostic, Afps [3] Voir aussi sur la situation des réfugiés palestiniens dans les pays voisins de la Palestine : "Ils rêvent du retour, certains ont perdu l’espoir ... on les compte par millions, ces Palestiniens de la diaspora. Conséquences de plusieurs guerres, de 1948 à 1967, puis à d’autres mesures répressives d’Israël ... Ils seraient aujourd’hui environ 4,5 millions dispersés dans le monde. A présent, nous sommes à la troisième génération de ces réfugiés. Des accords ont été signés, des ententes, des engagements, mais leur question, faisant partie dudit « statut final », semble sans issue. Un retour en Palestine n’est pas du tout acquis et une vie dans les pays qui les accueillent est loin d’être confortable. En fait, le statut de ces réfugiés diffère selon les pays d’accueil. Mais un trait commun les regroupe toujours et on peut le décrire en deux mots : l’exil et la souffrance. C’est en Jordanie où se trouve le grand nombre des réfugiés palestiniens formant ainsi presque la moitié de la population. Ils sont évalués aujourd’hui à 2,3 millions d’âmes. Mais la Jordanie constitue une exception, c’est le seul pays qui a accordé le statut de résidents et de citoyens jordaniens à tous les ressortissants palestiniens vivant sur son territoire. Mais si ce pays est le seul où les réfugiés palestiniens disposent d’un passeport national, ceux-ci ont des relations parfois tendues avec la population locale, du fait d’être souvent accusés d’être plus loyaux à l’égard de l’OLP que de leur pays d’accueil, ou encore de contrôler le secteur privé de l’économie du Royaume. Les Palestiniens se plaignent quant à eux de rester exclus de la fonction publique, notamment les fonctions stratégiques de sécurité. Leurs représentants au Parlement sont proportionnellement moins importants que ceux des Jordaniens. 18,3 % d’entre eux vivent dans 13 camps construits en marge des principales villes du Royaume où les conditions socio-économiques sont déplorables : la densité de la population est très élevée et les infrastructures insuffisantes. Ceci reste pourtant un atout ; les Palestiniens de Jordanie sont dans une situation beaucoup meilleure si on les compare avec leurs confrères au Liban. Le Liban ou l’incarnation du drame C’est notamment dans ce pays, où le plus grand taux de réfugiés palestiniens vivent dans une extrême souffrance. Les 430 000 Palestiniens du Liban forment presque un dixième de la population de ce pays. Pourtant, ils sont considérés comme citoyens de seconde zone. Le Liban ne veut pas voir se répéter les événements de 1975, lorsque des affrontements ont éclaté entre Palestiniens et Libanais, menant plus tard à une guerre civile libanaise. Aujourd’hui, les Palestiniens au Liban ne possèdent aucun droit politique et civique. Selon Amnesty International, « les 12 camps de réfugiés officiels du Liban connaissent des problèmes graves : infrastructures insuffisantes, surpopulation, pauvreté et chômage ». Il suffit aussi de savoir que la superficie allouée aux camps officiels n’a pratiquement pas changé depuis 1948, bien que le nombre de réfugiés enregistrés ait été multiplié par quatre. La loi interdit l’entrée de tout matériau de construction dans certains camps, ce qui empêche la rénovation, l’extension ou l’amélioration des habitations. Les difficultés des Palestiniens sont aussi aggravées par la présence militaire permanente autour des camps situés dans le sud du Liban. Chaque fois qu’ils veulent sortir de l’enceinte du camp ou y rentrer, les réfugiés doivent franchir un poste de contrôle de l’armée libanaise et présenter leurs documents d’identité, ce qui renforce une tendance à voir en eux des étrangers dangereux, et non des réfugiés ayant besoin de protection. Ces réfugiés n’ont pas la possibilité de se faire naturaliser et n’ont pas accès au réseau de santé publique, ni au système public d’éducation. D’autres restrictions relatives au marché du travail leur ont été imposées. Jusqu’en 2005, plus de 70 professions étaient interdites aux Palestiniens. Une vingtaine le sont toujours. Les événements de Nahr Al-Bared ont aggravé beaucoup la situation. L’eldorado syrien Quant à la Syrie, on entend beaucoup de Palestiniens dire que les conditions dans ce pays où résident quelque 460 000 réfugiés, sont les meilleures. Bien qu’ils ne possèdent pas la nationalité syrienne, ils disposent des mêmes droits sociaux que les Syriens. Mais ils sont soumis à un contrôle politique strict. Les Palestiniens de Syrie n’ont pas de passeport, mais un laissez-passer qui complique l’obtention de visas. Les droits au travail ne sont pas limités sauf pour les postes dans l’administration, l’armée et les services de renseignements. Cependant aujourd’hui, la Syrie met beaucoup de restrictions pour l’entrée des Palestiniens, notamment ceux qui ont fui la guerre de l’Iraq. Les autorités syriennes refusent de les laisser entrer par crainte de ne pas pouvoir surveiller leurs déplacements. Et c’est en Iraq où les réfugiés palestiniens constituent la minorité la plus persécutée. Ils étaient Favorisés sous Saddam Hussein, qui les avait accueillis et leur avait offert d’excellentes conditions, éducation et soins médicaux gratuits, un large éventail d’emplois et, surtout, un logement quasi gratuit dans d’anciennes habitations de chiites, expulsés du centre de Bagdad, ou de juifs. Ces bienfaits de Saddam Hussein ont fait de la communauté palestinienne un objet de haine, et elle subit actuellement une répression féroce, expulsion de leur habitation, assassinats, enlèvements. De 60 000 réfugiés qui vivaient en Iraq avant l’invasion américaine, 15 000 d’entre eux ont fui. Depuis l’occupation, les quartiers palestiniens tels que Hourriyya et Al-Baladiyyat à Bagdad ont été bombardés et attaqués. La plupart sont aujourd’hui bloqués sur la frontière iraqo-syrienne, vivant dans des camps où les conditions humanitaires sont très déplorables. Ces Palestiniens ne disposent en général d’aucun document qui prouve leur citoyenneté iraqienne ni de rien d’autre qui leur permet d’entrer dans un pays arabe voisin. Quant à l’Egypte, où il y a peu de Palestiniens par rapport aux autres pays, elle ne fait pas l’exception. Les 48 784 Palestiniens qui y vivent disposent d’un laissez-passer, mais toute sortie de l’Egypte ne leur garantit pas qu’ils pourront y retourner. Ils n’ont pas le droit d’aller dans les écoles publiques et n’ont pas le droit de travailler. Et la crise actuelle sur la frontière reflète cet état des lieux complexe. Aliaa Al-Korachi Chapô : C. Léostic, Afps
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