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« La vraie bataille politique se déroule en Cisjordanie »
publié le jeudi 1er mai 2008

entretien avec Rabah Mehanna, FPLP
 
Mehanna, membre du bureau politique du Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP), estime que les prises de positions fondamentales et historiques doivent être le produit d’une unanimité nationale.

Al-Ahram Hebdo : Que pensez-vous de l’annonce par l’ancien président américain Jimmy Carter que le Hamas accepte l’établissement d’un Etat palestinien dans les frontières du 4 juin 1967 ?

Rabah Mehanna : Cette prise de position n’apporte rien de nouveau. Le Hamas a accepté une telle option dans le cadre du document d’entente nationale connu sous le nom de « document des prisonniers ». La question qui se pose est de savoir si cette attitude est équivalente à celle du FPLP qui soutient l’établissement de l’Etat palestinien dans ces mêmes limites avec le droit des réfugiés au retour ou s’il s’agit d’un début de concession de la part du Hamas, comme cela fut le cas avec l’ancien président Yasser Arafat. C’est ce que nous craignons et nous affirmons à cet égard que le minimum pour les Palestiniens est un Etat dans les frontières de 1967 et le droit au retour. C’est la liaison entre le réalisme politique et notre droit historique sur la Palestine de l’avenir.

S’agirait-il pour le Hamas d’une attitude stratégique ou d’une option tactique pour briser le blocus imposé au mouvement ?

— C’est une attitude qui a ses justifications idéologiques et pratiques chez le Hamas. Pratiquement, le mouvement n’invite pas à l’établissement d’un Etat et ne veut pas reconnaître Israël comme le fait d’ailleurs le FPLP. Le Hamas tient plutôt à la création d’un Etat islamique unique. Un de ses dirigeants a affirmé que la Palestine est un projet provisoire, le projet permanent est l’Etat islamique, ce qui est justifié idéologiquement. Si l’on se souvient, le fondateur du Hamas, cheikh Ahmad Yassine avait évoqué une longue trêve. Le mouvement est donc prêt à traiter avec toutes les solutions en deçà même d’un Etat dans les frontières de 1967 mais sans reconnaître Israël. Là, il s’agit d’une prise de position idéologique qu’il ne peut assumer.

Le Hamas a-t-il le droit d’annoncer cette attitude, la question des négociations et de l’établissement d’un Etat n’est-elle pas du seul ressort de l’OLP ?

— Les prises de positions fondamentales et historiques doivent être le produit d’une unanimité nationale, celle de l’institution qui représente, elle, tout le peuple palestinien, à savoir évidemment l’OLP. Cela exige assurément une remise en ordre au sein de l’organisation par l’intermédiaire d’élections comme nous nous sommes mis d’accord au Caire en 2005 afin que l’OLP soit représentative de tout le peuple, y compris le Hamas et le Djihad.

Concernant la restructuration de l’OLP, pensez-vous qu’il y a moyen de mesurer le véritable poids de chaque faction ?

— Lors des discussions sur le premier accord de trêve au Caire en 2005, le FPLP a estimé qu’une accalmie avec le maintien de l’occupation est une erreur. La trêve avec la poursuite des pratiques israéliennes est une autre erreur.

D’aucuns affirment que l’approbation par le Hamas et le Djihad et d’autres factions d’une trêve à Gaza vise à éviter une grande agression qu’Israël envisage de mener contre le secteur dans un proche avenir ...

— Si éviter une agression est une nécessité et une responsabilité qui incombe aux factions, il ne faudrait pas que cela représente un chantage politique, c’est-à-dire accomplir une accalmie à Gaza et abandonner la Cisjordanie à son sort et y laisser la voie libre à l’application de la Feuille de route avec tout ce qu’elle constitue de préjudiciable et qui vise à extirper la résistance, c’est-à-dire ce que les Israéliens appellent détruire l’infrastructure du terrorisme.

La situation en Cisjordanie est-elle pareille à celle de Gaza en ce qui concerne la dimension et la forme de l’agression ? Le FPLP est-il contre l’arrêt total de la résistance dans les deux secteurs s’il y a un accord de trêve ?

— Nous sommes contre la logique d’un arrêt de la résistance, non que nous soyons des partisans de la destruction, du sabotage et du meurtre, mais parce tant qu’il y a une occupation, il faut l’affronter par tous les moyens, dont la résistance et la résistance armée. L’histoire et la légalité internationale nous donnent ce droit. En réalité, la vraie bataille politique se déroule en Cisjordanie. L’avenir de la cause palestinienne s’y détermine à l’heure actuelle. Il faut donc être vigilant de peur que l’accalmie à Gaza et l’ouverture du point de passage de Rafah ne soient une étape pour consacrer la séparation entre les deux territoires. Nous mettons en garde nos frères du Hamas contre le fait de se laisser entraîner dans ce piège afin d’assouvir leur désir de contrôler Gaza. Si cela est utile sur le plan du moral pour le Hamas, il est préjudiciable pour l’ensemble de la cause palestinienne.

Pour le FPLP, qu’en est-il d’une trêve à Gaza dans un premier temps suivie d’une autre en Cisjordanie ?

— Le bureau politique du FPLP discute la question de la trêve et l’invitation par l’Egypte à participer au dialogue sur la question. Il est certain que nous tiendrons compte de l’intérêt du peuple palestinien lorsque nous prendrons notre décision définitive l

Propos recueillis par Achraf Aboul-Hol

al-Ahram hebdo en français

http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahram/2008/4/30/doss1.htm

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