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Israël sème la mort à Ghaza
publié le dimanche 2 mars 2008

Fares Chahine
 

80 Palestiniens tués et 150 blessés en quatre jours

L’escalade militaire israélienne contre la bande de Ghaza, entamée mercredi dernier, augmente en intensité de jour en jour.

Au 4e jour de cette sanglante agression contre les citoyens de l’enclave palestinienne qui compte près de 1,5 million d’habitants, l’armée israélienne a effectué une incursion dans le nord de ce territoire. Des dizaines de chars couverts par des hélicoptères d’assaut de type Apache, des drones ainsi que des avions de chasse de type F16 se sont ébranlés, dans la nuit de vendredi à samedi vers la ville de Jabaliya, au nord, sous un feu nourri. La ville de Jabaliya est la dernière ville du nord avant Ghaza-ville, distante de moins de 5 km. Des forces spéciales, parmi lesquelles des snipers, qui tirent de sang-froid sur tout ce qui bouge, ont occupé plusieurs maisons.

Selon un bilan provisoire de cette incursion, 49 Palestiniens dont 4 femmes et des enfants ont été tués, alors que plus de 80 autres ont été plus ou moins gravement blessés. Des témoins habitant la région où les combats font rage entre les soldats de l’Etat hébreu et les résistants appartenant aux différentes branches armées des factions palestiniennes, témoignent qu’un nombre indéfini de cadavres et de blessés n’ont pu être évacués à cause de l’intensité des tirs israéliens. On relève qu’au moins un conducteur d’ambulance a été blessé par des tirs israéliens. Certains responsables du ministère de la Santé palestinien ont déclaré que certaines ambulances sont actuellement bloquées faute de carburant. La ville de Jabaliya ressemblait hier matin à une ville fantôme [1].

Les gens sont restés terrés chez eux. Seuls les militants armés se déplaçaient difficilement dans les ruelles de peur d’être découverts par les drones munis de caméras sophistiquées. Les explosions et les colonnes de fumée sont entendues et vues de loin, même de Ghaza-ville. Plus de 80 Palestiniens ont été tués depuis mercredi, les deux tiers sont des civils. Les blessés se comptent par centaines. Des habitations, et certains sièges officiels, dont notamment ceux du ministère de l’Intérieur du gouvernement démis, et certains ateliers accusés de fabriquer des roquettes artisanales ont été totalement ou partiellement démolis, au cours des raids aériens effectués par des avions de chasse de type F16 dont les bombardements sont d’une grande puissance. Le lieu visé est réduit en un amas de béton et de fer. Quant aux alentours, ils donnent l’impression d’avoir subi un tremblement de terre.

Dans la région de Saftaoui, une banlieue proche de Ghaza, certains citoyens, voisins du siège du syndicat des travailleurs palestiniens, un bâtiment de 5 étages a été complètement pulvérisé dans la nuit de jeudi par un avion. Les habitants ont quitté leurs maisons devenues inhabitables à cause des gros dégâts subis par les éclats des missiles et des morceaux de béton ont été projetés à des dizaines de mètres.

D’autres ont préféré rester chez eux malgré le danger des effondrements de leurs bâtisses, des coupures d’électricité et de l’eau potable. « C’est une escalade militaire barbare qui vise à faire peur au peuple palestinien, mais regardez autour de vous, peut être qu’il y a un peu d’inquiétude sur les visages mais sûrement pas un sentiment de peur. Regardez, on entend d’ici le bruit des bombardements, mais nos enfants prennent le chemin de l’école. Qu’allons nous perdre ? Par son blocus et ses agressions incessantes, Israël n’a laissé aucun goût à la vie. Le monde qui se tait, malgré tous les drames que nous subissons, ne doit pas être surpris de voir l’ensemble de la population opter pour des actes qui n’ont jamais acquis un consensus général, c’est-à-dire des actions armées de toute sorte, y compris les attentats suicides », nous dit Ibrahim, un Ghazaoui de 40 ans qui venait de présenter ses condoléances au père de Mohamed El Bouraây, ce nourrisson de 5 mois arraché à la vie mercredi soir, lorsque le toit de la chambre dans laquelle il dormait paisiblement, s’est effondré sous le poids des amas de béton détachés du toit de l’immeuble abritant le siège du ministère de l’Intérieur dans le quartier d’El Nasser, non loin du centre- ville de Ghaza atteint par trois gros missiles lancés par un avion de chasse de type F16. Malheureusement, Mohamed n’est pas le seul enfant victime de cette escalade sans précédent.

Parmi les victimes de cette barbarie, plus du tiers sont des enfants de bas âge. A croire que c’est une des politiques israéliennes conçues pour briser les cœurs de leurs parents. « Qu’a-t-il fait, de quoi est-il coupable, mon petit Omar ? A-t-il tué des juifs ? A- t-il lancé des roquettes, il ne faisait que jouer avec ses cousins en face de la maison », dit en sanglotant la maman de Omar, cet enfant de 14 ans tué ainsi que trois de ses cousins, tous atteints par des éclats de roquettes air-sol.

Malgré toutes ces souffrances qui s’ajoutent aux difficultés quotidiennes qu’endure le citoyen palestinien à cause d’un embargo étouffant imposé par Israël, l’armée de l’Etat hébreu a reconnu avoir perdu au moins deux de ses soldats tués par des résistants dans la région de Jabaliya où se sont déroulés la majorité des événements actuels.

Le Président palestinien Mahmoud Abbas, a vigoureusement condamné l’agression israélienne et a qualifié les événements de Ghaza d’un holocauste. Est-ce le début de la grande opération militaire qui pourrait se terminer par la réoccupation de toute la bande de Ghaza ?

[1] selon l’associated press le 2 mars, L’Egypte a rouvert son seul poste frontière avec la Bande de Gaza dimanche pour permettre l’évacuation des blessés dans les combats israélo-palestiniens qui ont fait au moins 54 morts samedi, selon un responsable médical.

Vingt-sept ambulances ont été dépêchées au point de passage de Rafah pour transférer 150 à 200 blessés vers les hôpitaux du Sinaï et de la région, a précisé Emad Kharboush à l’hôpital El-Arish situé près de la frontière israélienne. "Nous avons mobilisé tous nos moyens pour recevoir et soigner nos frères palestiniens", a-t-il ajouté.

C’est la première fois que l’Egypte accepte de rouvrir Rafah depuis que des militants du Hamas ont fait sauter des secteurs entiers du mur frontalier le 23 janvier, et depuis que des centaines de milliers de Palestiniens ont traversé.

De son côté, l’agence saoudienne de presse SPA a cité un responsable du gouvernement s’exprimant sous le couvert de l’anonymat qui, comparant les actions israéliennes à Gaza à des "crimes de guerre nazis", a promis que l’Arabie saoudite contribuerait à reconstruire "chaque maison palestinienne détruite par le nazisme d’Israël". EL ARISH, Egypte - AP dépêche relayée par Yahoo

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