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Nous voulons que la justice soit partout
publié le dimanche 17 février 2008

Elias Sanbar
 

Privilégier une démarche historienne qui fait partager au plus grand nombre les leçons universelles de l’histoire et ne pas entrer dans cette concurrence des victimes qui empêche de comprendre quoi que ce soit à l’histoire et donc empêche d’être politiques et efficaces aujourd’hui c’est aussi refuser d’entrer dans la vision du monde sarkozienne où les individus ne sont plus définis que par des appartenances communautaires (ou religieuses) supposées et figées, au détriment d’une citoyenneté qui impose de refuser l’injustice quelle qu’en soit la victime.

Voici ce que disait Elias Sanbar en conclusion du colloque sur les crimes de guerre que nous avons publié en septembre dernier dans Pour la Palestine :

"Il faut bien se dire que nous ne sommes pas dans un concours de victimes. A la seconde même où nous entrons dans ce concours nous avons tout perdu. Nous ne sommes pas en concurrence avec les victimes, toutes les victimes nous concernent, qu’elles soient peu nombreuses ou multiples. Le sort de n’importe quel prisonnier me tient autant à coeur que celui des treize mille prisonniers palestiniens, dont 30% de mineurs. C’est fondamental et ce n’est pas qu’une question d’efficacité, c’est une question d’éthique. Quand on a une position de principe, elle ne joue pas sur la quantité de victimes, elle s’applique à ce qui se passe, à ce qui est en jeu.(...)

[A propos de génocide, avec l’exemple de la situation au Darfour :]"Il y a un génocide et il faut prendre position par rapport à cela. Et ce n’est pas seulement pour que les gens nous croient quand nous nous levons contre les injustices qui nous sont faites. C’est une question de principe. Sinon nous serions en train de pratiquer ce que nous reprochons en permanence à l’autre, à savoir "le deux poids , deux mesures".

Certains malheurs nous touchent, d’autres non, et bien entendu ceux qui nous touchent sont ceux qui se passent chez nous. On ne peut pas entrer dans ce genre de logique.

Nous ne sommes pas dans une course pour savoir qui souffre le plus, qui déplore le plus de morts. Tout nous concerne. C’est cela notre choix. Et notre choix est presque – et je le dis en tant que Palestinien -, notre choix de la Palestine est presque abstrait.

Nous ne sommes pas engagés dans ce combat uniquement parce que cela se passe en Palestine, nous sommes engagés dans ce combat parce que nous n’aimons pas les occupations, nous sommes engagés dans ce combat parce que nous n’aimons pas l’injustice, pas uniquement parce que cela se passe chez les Palestiniens.

Et c’est le début de tout engagement à mon avis. Ne tombons pas dans ce piège : pourquoi Hariri et pas Arafat ? Pourquoi le Darfour et pas Gaza ? Et ainsi de suite. Nous voulons que la justice soit partout, pas ici ou là. C’est très important."

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