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Un geste en faveur des services pénitentiaires israéliens
publié le dimanche 2 décembre 2007 Amira Hass Une nouvelle libération de 440 prisonniers palestiniens constitue un beau geste à l’égard des services pénitentiaires israéliens. Il allège, au moins partiellement, la terrible surpopulation dans les prisons.
Il réduit quelque peu le fardeau qui pèse sur l’establishment de la Sécurité qui ne parvient pas à se dérober totalement à son obligation de permettre une visite aux détenus par une partie de leurs proches, une fois tous les quinze jours. La libération de prisonniers qui « n’ont pas de sang sur les mains » – ou dans un langage moins aseptisé : de ceux qui n’ont pas été condamnés pour le meurtre de Juifs – est une légère correction apportée par l’establishment de l’occupation aux procédures d’arrestation, de jugement et de condamnation de Palestiniens. La condamnation dans les tribunaux militaires est presque toujours écrite à l’avance. Les peines sont lourdes et exagérées sur chaque point de l’acte d’accusation. Elles sont guidées par l’esprit de vengeance des représentants du peuple occupant contre des représentants du peuple sous occupation. A aucun détenu n’est accordé le droit minimum requis pour se défendre des accusations. La menace d’une détention (dans des conditions insupportables) jusqu’au terme de l‘enquête pousse l’accusé et ses représentants à plaider coupable en échange d’une condamnation moins lourde, sans examen des témoins à charge ni contrôle de leur fiabilité. Il est vrai que les tribunaux civils ne sont pas non plus immunisés contre la discrimination et les préjugés, mais on peut raisonnablement supposer que si les tribunaux militaires étaient menés comme les tribunaux civils, beaucoup parmi les prisonniers palestiniens n’auraient tout simplement pas été condamnés, par manque de preuves solides, et que d’autres auraient été condamnés à des peines beaucoup plus courtes. Dès lors, cette libération de prisonniers est aussi un geste pour les juges militaires qui auront ainsi sur la conscience moins de mois de détention injustifiés. Dans les années 90, Israël a libéré un millier de prisonniers palestiniens dans le cadre de l’accord d’Oslo. Comme en Irlande, comme en Afrique du Sud, c’est une pratique qui a cours : lorsque dans la lutte contre une oppression nationale, les parties sont d’accord de faire la paix, l’occupant reconnaît que la violence des prisonniers qu’il libère était une réponse à sa propre violence. Ce n’est pas une question de geste mais une démarche indispensable à une solution. Parmi les Palestiniens libérés se trouvaient la grande majorité de ceux qui avaient été condamnés pour l’assassinat d’autres Palestiniens (sur le soupçon de collaboration). Mais Israël avait refusé de libérer des Palestiniens condamnés pour l’assassinat de Juifs, refusé de libérer des prisonniers de Jérusalem-Est, des hauteurs du Golan et d’Israël. 84 prisonniers de ces quatre groupes sont maintenant en prison depuis de 18 à 30 ans, pour une condamnation à la perpétuité qui signifie jusqu’à la mort. Si ces prisonniers avaient été juifs, ils auraient été libérés depuis bien longtemps : soit que, en tant que Juifs ayant assassiné des Palestiniens, leur peine aurait été, une fois ou deux, réduite par le Président de l’Etat (Ami Popper qui a assassiné sept ouvriers et qui jouit de congés réguliers mais n’a pas été libéré, est l’exception parmi les Juifs ayant tué des Palestiniens) ; soit que d’emblée, ils auraient été condamnés pour moins qu’un meurtre et n’aurait pas été jugés par des tribunaux militaires. Si Said Al-Atabeh, de Naplouse, vétéran des prisonniers palestiniens, avait été juif, il n’aurait pas commencé en juillet à purger sa 31e année de prison, sans en voir la fin : il avait été condamné comme commandant d’une cellule du Front Démocratique dont un des membres avait dissimulé une charge explosive, qui avait tué un Israélien et blessé 32 autres. Si Moukhles Bourgal, de Lod, avait été juif, lui qui a été condamné, il y a 20 ans, pour avoir lancé une grenade, qui n’a jamais explosé, sur un autobus qui transportait des soldats, il n’aurait pas été emprisonné jusqu’aujourd’hui et pour encore 20 ans – privé du droit à des congés, privé du droit d’aller embrasser sa mère de 70 ans. Ce sont là les prisonniers dont la libération aujourd’hui, hier, ou il y a dix ans, aurait fait la preuve qu’Israël est effectivement intéressé par un changement, reconnaît sa propre violence à longueur d’années et est désireux de la réduire. Leur non libération n’est pas seulement une amère déception pour leur famille et leurs amis. C’est un coup pour tous ceux qui sont intéressés par une solution de paix. Haaretz, 21 novembre 2007 www.haaretz.co.il/hasite/spages/926280.html Version anglaise : A gesture to the Prisons Service www.haaretz.com/hasen/spages/926357.html (Traduction de l’hébreu : Michel Ghys) |
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