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Le Fatah réussit, dans le sang, son défi au Hamas
publié le mardi 13 novembre 2007 Alain Campiotti, Le Hamas ne pouvait pas empêcher un rassemblement à la mémoire de Yasser Arafat, dont il célèbre lui-même désormais la figure, après l’avoir combattu. Le Fatah a tout fait pour utiliser au maximum cette lucarne. « N’y vas pas ! » Mazen Saqoura sentait venir le pire. Quand sa fille de 11 ans l’a appelé pour lui demander l’autorisation d’aller à la manif, ce père inquiet a mis son veto. Les trois universités voisines, Al-Azhar, Al-Aqsa, et l’islamique, qui avaient fermé leurs portes à midi, pensaient aussi que le grand rassemblement à Gaza pour le troisième anniversaire de la mort de Yasser Arafat ne serait pas pacifique. La fusillade a commencé sous les murs d’Al-Azhar, la plus proche du grand terrain vague d’Al-Katiba, où des milliers de manifestants commençaient déjà à affluer lundi en début de matinée. L’hôpital Shifa annonce sept morts au moins, des dizaines de blessés. Un officier de la Force exécutive du Hamas a été amené avec une balle dans la tête : il y avait donc des armes des deux côtés. Au prix du sang, le Fatah a réussi son premier grand défi au mouvement islamique qui contrôle le territoire depuis son coup de force de juin dernier. Les rumeurs de pourparlers entre les deux organisations rivales, qui contrôlent chacune un morceau de la Palestine en lambeaux, sont du coup évacuées. En tout cas jusqu’à la conférence d’Annapolis, qui doit s’ouvrir le 26 novembre dans le Maryland américain, où se rendra le président Mahmoud Abbas, et que le Hamas dénonce comme une duperie à l’échec programmé. Depuis qu’il contrôle Gaza, le mouvement islamique a cherché à asseoir son pouvoir en occultant l’action du Fatah, par des arrestations, des confiscations d’armes, l’interdiction de toute manifestation. Mais il ne pouvait pas empêcher un rassemblement à la mémoire de Yasser Arafat, dont il célèbre lui-même désormais la figure, après l’avoir combattu. Le Fatah a tout fait pour utiliser au maximum cette lucarne. Sur la côte montant de Rafah et de Khan Younis, un flot continu de taxis, de camions et de quelques bus roulaient vers le nord, drapeaux jaunes (la couleur du parti) au vent. Le Hamas a cherché à entraver l’utilisation des bus, avec un succès relatif. La veille déjà, des fourgonnettes munies de haut-parleurs sillonnaient les rues de la ville pour appeler les Gaziotes à se rendre à Al-Kitab. Des petites échauffourées avaient eu lieu dimanche sur l’avenue devant les universités, dans les cités et dans les camps du sud. Les moyens engagés par le Fatah étaient visibles sur la place. Des drapeaux, des casquettes quadrillées comme le keffieh, des T-shirts tout neufs. Deux immenses portraits d’Arafat avaient été accrochés aux immeubles du côté de la mer, comme la sonorisation. Ahmed Helles, l’un des chefs du parti à Gaza, a célébré devant plusieurs centaines de milliers de personnes cette réplique à « ceux qui disaient que le Fatah était mort ». C’est vers la fin de la manifestation que les tirs ont commencé plus au nord. Le Fatah affirme que des hommes masqués de la Force exécutive du Hamas ont ouvert le feu sur la foule, sans qu’il n’y ait eu de provocation. Le Hamas dit qu’il a répliqué à des jets de pierre et à des tirs. Des témoins remarquaient aussi que les militants du parti d’Arafat lançaient cette insulte aux hommes en noir : « Shia », autrement dit chiites - ce qu’ils ne sont pas ; manière de dire : serviteur d’une puissance étrangère, l’Iran. La fusillade a eu pour effet de vider très vite l’immense terrain qui jouxte Rimal - ce qu’on peut appeler les beaux quartiers de Gaza en friche. [1] A Ramallah, en Cisjordanie, Mahmoud Abbas a dénoncé « les crimes haineux » commis par le mouvement islamiste dans le territoire du sud. Mohammed Dahlan, l’ancien responsable de la sécurité à Gaza pour le Fatah, a appelé les militants à continuer leur action pour obtenir « la chute du mouvement fasciste ». Les Gaziotes, qui souffrent sous le blocus, sont sans doute moins nombreux à soutenir le Hamas que lors des élections de janvier 2006, mais ils ne tiennent Dahlan ni comme leur guide, ni comme leur protecteur : cet homme à poigne est pour eux le symbole même de la corruption qui a miné le Fatah. En juin, les villas qu’il s’était fait construire ont été littéralement dépecées. Mahmoud Abbas avait présidé la veille (le 11, vraie date de la mort d’Arafat), une autre manifestation à Ramallah en souvenir du raïs. Il avait célébré la future conférence d’Annapolis comme une occasion historique de relancer - encore une fois - le processus de paix au Proche-Orient. Depuis quelques jours, Ehoud Olmert tient aussi des propos un peu optimistes. Lundi, il a annoncé la libération de quatre cents nouveaux prisonniers palestiniens, sur les 9000 détenus par Israël. Loin des 2000 dont on parlait il y a quelques jours. Le premier ministre israélien doit tenir compte dans son camp d’un assez large scepticisme, qu’exprime par exemple son ministre de la défense et rival, Ehoud Barak. [1] voir aussi l’Orient le Jour : La police du Hamas ouvre le feu sur des partisans du Fateh Sept tués et 130 blessés lors d’un rassemblement à Gaza à la mémoire de Arafat Sept Palestiniens ont été tués et cent trente autres blessés par la police du Hamas qui a ouvert le feu hier sur des manifestants lors de heurts à Gaza, après un rassemblement monstre à la mémoire de Yasser Arafat. Les heurts ont éclaté alors que des centaines de milliers de Palestiniens se dispersaient à la fin du rassemblement organisé par le Fateh, le parti du président Mahmoud Abbas, pour commémorer le troisième anniversaire de la mort du chef historique des Palestiniens, ont indiqué des témoins. Des policiers et des militants armés du Hamas, qui a pris le pouvoir par la force en juin à Gaza, ont ouvert le feu sur les manifestants, dont certains scandaient des slogans contre le mouvement islamiste et lançaient des pierres sur sa police, selon des témoins. « Assassins, chiites », criaient-ils, en allusion au soutien apporté par l’Iran chiite au Hamas. 7 Palestiniens ont été tués par les tirs et 130 autres blessés, dont des femmes et des enfants, ont indiqué des sources médicales. Des images de télévision ont montré des hommes armés du Hamas ouvrant le feu sur des manifestants qui fuyaient ou d’autres rouant un jeune homme de coups de matraque. Le rassemblement auquel ont assisté, selon le Fateh, plus d’un demi-million de personnes, était le plus important organisé à Gaza par le mouvement depuis la création de l’Autorité palestinienne en 1994. Dans une allocution lue en son nom lors du rassemblement, M. Abbas a dénoncé « les crimes » commis par le Hamas dans la bande de Gaza. M. Abbas considère ce rassemblement « comme un rejet du putsch du Hamas à Gaza et un signe de soutien à sa présidence légitime », a déclaré à l’AFP son porte-parole. Le conseiller politique de M. Abbas, Nimer Hammad, a qualifié les tirs du Hamas de « grave acte criminel ». « La participation de près d’un million de personnes en dépit des restrictions imposées par le Hamas est un clair rejet populaire du putsch », a-t-il dit. Dans un communiqué de son « ministère de l’Intérieur », le Hamas a accusé des hommes armés du Fateh d’avoir ouvert le feu sur la foule pour faire croire que les tirs provenaient des rangs de la police du Hamas. Sami Abou Zouhri, le porte-parole du Hamas, a affirmé également lors d’une conférence de presse que le Fateh portait « l’entière responsabilité » de ces violences. Selon lui, certains de ses partisans ont ouvert le feu, jeté des pierres et « attaqué la police, ce qui a conduit à une explosion de la situation ». Les manifestants, qui avaient afflué de toutes les villes de la bande de Gaza, brandissaient des portraits de Arafat, des bannières jaunes du Fateh, le parti qu’il a fondé, et des drapeaux palestiniens. Selon Moukheimar Abou Saada, professeur de sciences politiques à l’université al-Azhar de Gaza, ce rassemblement « est un message de colère du peuple palestinien et des sympathisants du Fateh face à la division interne palestinienne et un rejet des agissements des forces du Hamas à Gaza ». Parlant de « la marche du million », la télévision officielle palestinienne a présenté le rassemblement comme un acte d’allégeance au président Abbas et un désaveu pour le Hamas. Selon un responsable du Fateh, la police du Hamas avait confisqué dimanche des dizaines de milliers de portraits de Arafat et de Abbas ainsi que des casquettes et des foulards à leur effigie qui devaient être distribués lors du rassemblement. « La participation massive au rassemblement a fait perdre ses nerfs au Hamas. Notre peuple a dit son mot contre le putsch », a déclaré à Ramallah (Cisjordanie) le chef du groupe parlementaire du Fateh, Azzam al-Ahmad. « Ce rassemblement est un plébiscite pour le Fateh », a-t-il affirmé. Il a exclu tout dialogue avec le Hamas qui, selon lui, « ne comprend que le langage du sang et du meurtre ». Le Hamas a violemment réprimé ces derniers mois des manifestations similaires du Fateh à Gaza et ne cesse de vilipender M. Abbas et son équipe dirigeante installée à Ramallah. Damas pour l’unité nationale palestinienne Par ailleurs, le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid Moallem, a souligné hier l’importance de « l’unité palestinienne » pour faire face à Israël, en recevant le chef du Hamas en exil, Khaled Mechaal, selon l’agence officielle SANA. De son côté, M. Mechaal a estimé que « les divisions ne servaient pas l’intérêt des Palestiniens », a indiqué SANA. Le ministre syrien a rencontré ensuite une délégation du Fateh du président palestinien Mahmoud Abbas, à laquelle il a affirmé « le soutien permanent de la Syrie au peuple palestinien » et « l’importance du dialogue qui renforce l’unité nationale ». http://www.lorientlejour.com/page.aspx ?page=article&id=357397 Alain Campiotti, Gaza Mardi 13 novembre 2007 publié par le Temps : http://www.letemps.ch/template/international.asp ?page=4&article=219264 |
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