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Quel genre d’assassinat ?
publié le lundi 29 octobre 2007

Amira Hass
 
Un rang serré de policiers de la garde présidentielle palestinienne se déploie dans les rues de Ramallah chaque fois que l’entourage de Mahmoud Abbas y passe ou qu’un hôte de haut rang vient en visite.

Devant la dramatisation avec laquelle les médias israéliens ont couvert, avant-hier, la « tentative d’assassinat » visant le Premier ministre Ehoud Olmert, on pouvait être amené à déduire que les comploteurs avaient été retirés au dernier moment du rang de la garde présidentielle, alors qu’ils étaient sur le point de tirer sur la voiture d’Olmert en route pour aller goûter la cuisine de l’épouse de Sayeb Erekat.

Cette dramatisation israélienne a semé la confusion chez les porte-parole palestiniens. Chacun a livré une version différente, ce qui n’a fait que renforcer l’impression qu’il s’agissait de l’arrestation d’assassins connus. De leur côté, les porte-parole palestiniens ont immédiatement suspecté cette dramatisation d’être destinée à faire échouer la conférence d’Annapolis - comme si, sans cela, elle allait être une réussite.

Il est vrai qu’il ne faut jamais croire les porte-parole officiels et certainement pas ceux des services de sécurité quels qu’ils soient. Il n’y a donc pas lieu de croire automatiquement aux détails fournis par les Palestiniens : que les trois (ou les cinq) avaient simplement échangé entre eux une « idée » non encore mûrie, que l’arme prévue était un cocktail Molotov et qu’ils ont été libérés après deux mois d’enquête par la Sécurité préventive, celle-ci n’ayant pas découvert de raisons suffisantes pour les inculper. Les deux qui ont été arrêtés une seconde fois, vendredi passé, on supputait à Ramallah qu’ils l’avaient été pour leur éviter une arrestation par les Israéliens, et cela après que leurs camarades aient été arrêtés à un barrage militaire. Dans la même mesure, il est permis de se demander - il serait même bon de se demander - s’il ne s’agit pas d’une hystérie et d’une inflation délibérées de la part de la Sûreté générale (Shabak). « La Sûreté générale sait parfaitement bien qu’il ne s’agit pas d’une organisation sérieuse, sinon qu’est-ce qui aurait empêché l’armée israélienne d’arrêter ceux qui avaient été libérés ? », s’étonne-t-on à Ramallah.

L’opinion israélienne sur les services de sécurité de l’Autorité Palestinienne est nourrie d’images et non par la réalité. Ce sont précisément les détails de la réalité qui ont amené les Palestiniens à dédaigner le dramatique compte-rendu israélien : deux personnes prises au hasard pourraient déclarer être une cellule d’un des nombreux regroupements des « Martyrs d’Al-Aqsa » et la Sûreté générale pourrait déclarer de trois membres du Fatah pris au hasard qu’ils sont une « cellule de terroristes » et grossir le danger imaginaire qu’ils représentent. De jeunes Palestiniens, pour la plupart sympathisants du Fatah, ont rejoint les services de sécurité essentiellement pour le salaire qu’ils proposent, en ces temps de chômage chronique. Leur entraînement militaire et leurs aptitudes sont donc médiocres. Les vrais mobiles de l’adoption du titre de « Martyrs d’Al-Aqsa » sont liés aux emplois, aux honneurs et au pouvoir bien plus qu’à la possibilité d’agir contre l’occupation. C’est la fanfaronnade aux dépens du sérieux. Et à aucun des échelons palestiniens, depuis les deux gouvernements jusqu’aux « cellules », on ne s’illustre par une particulière capacité de planification - condition indispensable pour tout « complot d’assassinat » comme pour toute lutte contre une domination étrangère.

Les porte-parole palestiniens se sont troublés non pas parce qu’Israël les aurait « pris sur le fait » mais parce qu’une fois de plus, Israël a offert un rappel trop criant de ses véritables attentes à l’égard de l’Autorité Palestinienne : servir d’aide au geôlier, de sous-traitant de l’occupation israélienne. Depuis sa création, l’Autorité Palestinienne n’a cessé d’osciller entre ces deux extrêmes : satisfaire Israël et les Etats-Unis, et convaincre son peuple qu’elle le conduit dans la direction de la fin de l’occupation. Une fois, elle opère des arrestations et le dissimule, une autre fois elle libère et le dissimule. Parfois Abou Mazen blâme Israël et parfois il appelle les Israéliens « nos voisins ». Sur base de ce voisinage imaginaire, il a invité Olmert à une visite en retour dans son « Etat » (Jéricho, pour les besoins de la cause).

Qu’il s’agisse d’un plan ayant échoué (et s’il avait réussi ou même seulement été mis à l’essai, on peut imaginer qu’il n’aurait fait que durcir l’oppression israélienne) ou qu’il s’agisse d’une fantaisie de jeunes gens frustrés, ce « complot d’assassinat » sert lui aussi de rappel au gouvernement de Ramallah : même ceux qui dépendent pour leur subsistance de l’argent de l’Autorité Palestinienne n’oublient pas qu’Israël n’est pas le voisin à l’ouest mais l’occupant assis dans leurs maisons. Pour eux, le chef du gouvernement israélien n’est pas un dirigeant invité chez eux mais le haut représentant de l’envahisseur étranger.

Haaretz, 24 octobre 2007

www.haaretz.co.il/hasite/spages/916296.html Version anglaise : Some assassination plot [www.haaretz.com/hasen/spages/916341.html-> www.haaretz.com/hasen/spages/916341.html

(Traduction de l’hébreu : Michel Ghys)

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