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Jérusalem, une ville sainte qui divise
publié le mardi 23 octobre 2007

Monique Mas
 
Jérusalem-Est ayant été annexée en juin 1967 au secteur occidental de la ville sainte occupé depuis 1948, la Knesset, le Parlement, avait décrété Jérusalem « capitale éternelle et indivisible d’Israël », le 30 juillet 1980. Une décision jugée nulle et non avenue par le Conseil de sécurité des Nations unies, Etats-Unis compris.

Il n’empêche qu’aujourd’hui encore, une loi prévoit que toute concession territoriale concernant Jérusalem doit être approuvée par la majorité absolue des députés. Hier, la moitié d’entre eux (60 sur 120) ont signé une pétition hostile à tout abandon de souveraineté aux Palestiniens sur les quartiers arabes, une perspective relancée par le Premier ministre, Ehud Olmert, dans le cadre de ses négociations avec l’Autorité palestinienne pour contourner le Hamas islamiste mais aussi dans le souci de l’avenir démographique de Jérusalem.

L’idée d’un « partage » de Jérusalem avec les Palestiniens révulse la majorité de l’opinion israélienne, comme en témoigne par exemple le sondage publié mardi par le journal Yediot Aharonot. Selon ce dernier, 68% des Israéliens interrogés ne veulent même pas y songer, 11% renvoyant la question à un référendum devant lequel ils accepteraient de s’incliner si la majorité de leurs compatriotes concédaient le transfert de certains quartiers arabes de Jérusalem sous administration palestinienne, ce qui laisse un petit 20% de citoyens de l’Etat hébreu favorables à cette perspective.

Des « décisions inévitables », selon Olmert

Tout particulièrement sensibles à la symbolique religieuse de sites tels que le Mur des Lamentations, l’Esplanade des Mosquées (érigée sur l’ancien Temple juif) ou le Saint-Sépulcre, les Israéliens sont encore moins partageux concernant la Vieille Ville de Jérusalem. 16% seulement d’entre eux accepterait une souveraineté conjointe israélo-palestinienne sur les lieux saints du judaïsme, de l’islam et du christianisme, 21 % préconisant une souveraineté internationale et 61% revendiquant l’autorité pleine et entière d’Israël sur ces vestiges emblématiques.

Lundi dernier, le vice-Premier ministre Haïm Ramon, un proche d’Ehud Olmert, avait évoqué les négociations en cours avec les Palestiniens en lâchant, visiblement à dessein, qu’à son avis Israël devait réfléchir à un statut spécial pour les lieux saints et surtout se préparer à quitter certains quartiers arabes de Jérusalem Est. Le tollé a été à la hauteur du tabou israélien posé sur une question qui a pourtant déjà fait l’objet de discussions approfondies en 2000, à Camp-David, aux Etats-Unis, entre le Premier ministre israélien et le chef de l’Autorité palestinienne de l’époque, Ehud Barak et Yasser Arafat.

En 1993, l’accord d’Oslo entre Israël et les Palestiniens avait inscrit la question du statut de Jérusalem en « bouquet final » des négociations. Début 2001, avant d’être mis en minorité à la Knesset et de devoir passer la main au chef du Likoud, Ariel Sharon, le travailliste Ehud Barak était tout près d’entériner la rétrocession au futur Etat palestinien de certains faubourgs de Jérusalem-Est et un statut spécial pour l’Esplanade des Mosquées. Aujourd’hui, c’est au tour d’Ehud Olmert de dire qu’Israël va devoir prendre des « décisions inévitables » et « renoncer à l’application pleine et absolue des rêves qui ont nourri son âme nationale des années durant ».

Contrariétés démographiques

Depuis 1967, Israël s’est attaché à limiter la présence arabe à Jérusalem en s’efforçant en même temps d’isoler sa « capitale éternelle » du reste des territoires palestiniens et de rendre toute rétrocession illusoire. Et cela non sans succès. Mais ceux-ci ont été grandement contrariés par les lois naturelles de la démographie que la volonté de « judéisation » israélienne n’est pas parvenue à contenir.

« Résidents étrangers » dotés du seul droit de vote aux municipales à Jérusalem, les Arabes sont aujourd’hui plus nombreux que les Juifs à Jérusalem-Est. Et la tendance est suffisamment forte pour ruiner tout espoir israélien de garder la main électorale ad vitam aeternam. Dans ces conditions, transférer à l’Autorité palestinienne l’administration de certains quartiers arabes permettrait aussi à l’Etat hébreu de contourner le problème, ou du moins, de l’émietter.

Selon le sondage répercuté par Yediot Aharonot, 52% des Israéliens estimeraient qu’Ehud Olmert n’a pas mandat sur le statut de Jérusalem dans ses négociations avec les Palestiniens et qu’il doit au préalable s’assurer du soutien de 80 des 120 députés de la Knesset, 22% des Israéliens lui suggérant d’abord un référendum et 7% se refusant à toute idée de rétrocession. Par ailleurs, quinze députés du parti Kadima d’Ehud Olmert ont signé la fameuse pétition initiée par un député du Likoud, Israël Katz, hostile à toute initiative du Premier ministre sur cette brûlante question.

Eviter le Hamas islamiste

Ehud Olmert n’avait pas besoin de rappel à l’ordre du Likoud pour savoir qu’il marche sur des œufs, la moindre révision à la baisse du projet sioniste déclenchant de profondes réactions. « Je crois qu’il y a matière à discussion et qu’il faut discuter » avec le président de l’Autorité palestinienne et chef du Fatah, Mahmoud Abbas, pour éviter le pire, à savoir le Hamas islamiste, a expliqué le Premier ministre à la Knesset. « Une chose est claire : Israël part, le Hamas entre », lui a répliqué son prédécesseur du Likoud, Benjamin Netanyahu, en l’accusant d’avoir déjà accepté de céder Jérusalem-Est et la Cisjordanie aux Palestiniens.

« Rien n’a été donné, rien n’a été pris et rien n’a été promis », assure Ehud Olmert, « mais un esprit de confiance mutuelle a été créé », estime-t-il. Reste à finaliser un accord qui butte aussi sur le tracé des frontières des deux futurs Etats, sur le sort des colonies israéliennes et des réfugiés palestiniens ou sur la question de la maîtrise de l’eau. Restera ensuite à faire passer la pilule, des deux côtés.

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