Accueil >> Informations >> Actualités >>
Nous voulons que la justice soit partout
publié le jeudi 13 décembre 2007

Elias Sanbar - Supplément Pour la Palestine n°55
 
A l’issue d’une journée de débats, l’historien palestinien en appelle à une démarche résolument éthique. Fondée sur le respect de principes communs.

Je n’aborderai pas les questions juridiques, je ne suis pas qualifié pour le faire, mais en écoutant les diverses remarques, les commentaires, je pense que deux choses doivent être très claires, qui toutes deux relèvent de notre crédibilité. La première répond à ce type de question : pourquoi se préoccuper de dix prisonniers alors que nous en avons cinq mille ? Il faut bien se dire que nous ne sommes pas dans un concours de victimes. A la seconde même où nous entrons dans ce concours nous avons tout perdu. Nous ne sommes pas en concurrence avec les victimes, toutes les victimes nous concernent, qu’elles soient peu nombreuses ou multiples. Le sort de n’importe quel prisonnier me tient autant à coeur que celui des treize mille prisonniers palestiniens, dont 30% de mineurs. C’est fondamental et ce n’est pas qu’une question d’efficacité, c’est une question d’éthique. Quand on a une position de principe, elle ne joue pas sur la quantité de victimes, elle s’applique à ce qui se passe, à ce qui est en jeu.

JPEG - 48.2 ko
Dessin de Rania Dada, 13 ans.

Ma deuxième remarque est du même ordre. En effet, pour être crédibles et pour bien se battre, il convient de balayer aussi devant notre porte. Il n’y a pas eu de procès pour Yasser Arafat, pour toutes les raisons que l’on sait : les pressions, l’occupation, le fait que nous soyons talonnés en permanence par toute une série de despotismes ... Mais il faut avoir le courage de dire que la partie palestinienne n’a pas non plus demandé d’enquête. On ne peut pas constamment se vivre comme étant au coeur d’un complot permanent et perpétuel. Il nous faut aussi examiner nos propres responsabilités. Ainsi, par exemple, à propos de la décision de la Cour internationale de La Haye [1], qui est une gigantesque victoire, nous avons commis une erreur monumentale : nous ne l’avons pas exploitée. Nous n’en avons rien fait. Nous l’avons accrochée au mur, comme d’autres résolutions.

-  Le génocide au Darfour

Ce qui se passe au Darfour est un génocide, et ce n’est pas parce que les Américains, ou d’autres pays riverains, en tirent profit, que ça n’en est pas un ou que cela devient un complot américain. Il y a un génocide, il faut prendre position par rapport à cela. Et ce n’est pas seulement pour que les gens nous croient quand nous nous levons contre des injustices qui nous sont faites, c’est une question de principe. Sinon nous serions en train de pratiquer ce que nous reprochons en permanence à l’autre, à savoir le « deux poids deux mesures ». Certains malheurs nous touchent, d’autres non, et bien entendu ceux qui nous touchent sont précisément ceux qui se passent chez nous. On ne peut pas entrer dans ce type de démarche.

Nous ne sommes pas dans une course pour savoir qui souffre le plus, qui déplore le plus de morts. Tout nous concerne. C’est cela notre choix. Et notre choix est presque -et je le dis en tant que Palestinien-, notre choix de la Palestine est presque abstrait. Nous ne sommes pas engagés dans ce combat uniquement parce que cela se passe en Palestine, nous sommes engagés dans ce combat parce que nous n’aimons pas les occupations, nous sommes engagés dans ce combat parce que nous n’aimons pas l’injustice, pas uniquement parce que cela se passe chez les Palestiniens. Et c’est le début de tout engagement à mon avis. Ne tombons pas dans ce piège : pourquoi Hariri et pas Arafat ? Pourquoi le Darfour et pas Gaza ? Et ainsi de suite. Nous voulons que la justice soit partout, pas ici ou là. C’est très important.


-  Transcription de Françoise Feugas.

Le titre, les chapeau, note et intertitre sont de la rédaction.

[1] Allusion à la décision de la Cour internationale de Justice du 9 juillet 2004 condamnant la construction du mur d’annexion israélien en territoire palestinien, Ndlr.

Elias Sanbar, observateur permanent de la Palestine auprès de l’UNESCO.
imrimer cet article Impression
Envoyer par mail
Destinataire  :
(email du destinataire)

De la part de 
(entrez votre nom)

(entrez votre email)






Actualités :

L’Orient le Jour | 5 juillet 2008

Mireille Court et Chris Den Hond | 5 juillet 2008

ISM | 5 juillet 2008

Revue d’études palestiniennes | 4 juillet 2008

Dahr Jamail | 4 juillet 2008

entretien avec Ari Folman | 4 juillet 2008

L’Orient le Jour | 4 juillet 2008

el-Watan | 3 juillet 2008

T. Hocine | 3 juillet 2008

Wahid Abdel-Méguid | 3 juillet 2008


L'AFPS soutient le peuple Palestinien dans sa lutte pour la réalisation de ses droits nationaux. Elle agit pour une paix réelle et durable, fondée sur l'application du droit international. Lire la charte
Dans une volonté d'information large, afin que nos lecteurs puissent avoir des outils d'analyse de la situation en Palestine et aussi en Israël, l'Afps traduit et publie des auteurs divers. L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle de l'Afps.
Site conçu avec le logiciel libre SPIP.