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"Une réaction à une provocation inacceptable"
publié le jeudi 8 novembre 2007

Une explication d’Ahmed Yusuf - Pour la Palestine n°55
 
Selon Ahmed Yusuf, l’un des conseillers d’Ismail Hanyieh, les évènements de juin dernier dans la bande de Gaza n’étaient pas planifiés. Le Hamas attend, après les élections aux Etats-Unis, un changement des relations et de la donne au Moyen-Orient.

Après les événements sanglants à Gaza en juin, beaucoup se sont demandé ce qui allait se passer ensuite. La position du Hamas est claire : le gouvernement dirigé par Ismail Haniyeh va continuer à appeler au dialogue. Il va y travailler en exhortant les parties arabes, islamiques et autres parties internationales à encourager le dialogue Fatah-Hamas. Ce dialogue visera à la réconciliation nationale et à la fin des désaccords et du boycott, ainsi qu’à établir un partenariat politique préalablement rejeté par des parties influentes qui ont réussi à détourner le Fatah et à déterminer sa position politique.

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© Haddad, in Al-Hayat

Nous savons que l’administration Bush veut faire obstruction à tout dialogue entre le Président Mahmoud Abbas et Ismail Haniyeh, qu’en vérité elle cherche à approfondir le fossé entre Palestiniens et nous n’escomptons pas d’avancée en ce qui concerne la position des Etats- Unis. Mais nous pensons à l’après Bush en renforçant nos liens avec les Etats européens même si ce n’est pas officiel et si cela se passe en coulisses. Nous avons le sentiment que les Européens comprennent mieux le Hamas ; que les Européens comprennent que le mouvement est crédible et qu’il n’exerce pas de violence hormis dans le cadre de la résistance légitime à l’occupation. Il est donc important de clarifier ce qui s’est passé à Gaza pendant ces journées sanglantes de juin.

Tout d’abord, cela n’était pas planifié, contrairement à ce que certains affirment. Cela s’est produit à la suite de nombreuses et vaines tentatives pour contrôler le chaos sécuritaire et après des agressions flagrantes contre des membres et des dirigeants du Hamas, dans le mouvement ou parmi les sympathisants. L’escalade était une provocation sans équivoque et elle prit une dimension inacceptable, jusqu’à baser des assassinats sur la forme d’une barbe ou la présence aux prières. Il y a eu aussi des attaques contre des mosquées et des imams. La réponse à ces actes a devancé les tentatives du Major Général Burhan Hamad et de la délégation de la Sécurité égyptienne de même que des comités de suivi national et islamique. Alors, tout le monde a été emporté dans les vagues d’une guerre que personne n’avait voulue -même si nos sources indiquent qu’une aile du Fatah entreposait des armes et mobilisait des hommes pour affronter le Hamas et lancer une attaque contre son aile militaire.

Deuxièmement, il n’y a aucune raison, aucune logique qui étaye l’affirmation selon laquelle le Hamas aurait manipulé les discussions du Caire qui devaient réformer les services de sécurité, dans le but de détruire l’unité nationale. Tels que je me rappelle les événements des dix-huit derniers mois, à chaque fois que nous (Fatah et Hamas) étions proches de la réconciliation, il y avait toujours une partie décidée à ruiner les rapprochements. Nous informions en détail le président Abbas de ces plans et de l’identité des éléments qui les élaboraient et nous l’appelions à rejeter les éléments de la corruption et du mensonge dans certains des services de sécurité, mais nous n’avons pas été entendus.

Troisièmement, le Hamas n’a aucune intention d’apporter des changements dans la région. Ce qui s’est produit fut la conséquence de la colère des membres du Hamas, après quoi les choses se sont précipitées au niveau de la sécurité. Cela s’est vu dans l’évacuation massive et collective des bâtiments de la sécurité, parce que de nombreux membres des Forces de la Sécurité nationale et de la garde présidentielle ne pensaient pas que ce combat était le leur et qu’ils considéraient que cela se situait hors du contexte national.

Mais parce qu’ils sont rentrés chez eux, toute l’affaire est apparue comme si c’était la branche armée du Hamas qui avait tout planifié. Ce n’était pas le cas. Nous l’avons dit à plusieurs reprises et nous le redirons : nous ne combattions pas le Fatah et le Fatah ne nous combattait pas. Le combat s’est mené contre des éléments qui travaillaient en fonction d’intérêts extérieurs à nous, israéliens et des Etats-unis.

Contre des éléments extérieurs

Quatrièmement, le Hamas a affirmé, par la voix du Premier ministre Haniyeh, qu’il ne déviera pas des principes auxquels il croit : l’unité de la patrie, l’unité du système politique et le respect de tous les points de vue palestiniens, exprimés par la légitimité des urnes et le processus démocratique.

Cinquièmement, toutes les questions restent sujettes au dialogue, que ce soit la restructuration des services de sécurité sur la base de principes professionnels et nationaux, la formation d’un gouvernement de coalition nationale, ou un partenariat politique, accompagné d’efforts sérieux pour réformer et restructurer l’OLP afin qu’elle puisse jouer le rôle de représentation légitime de notre cause nationale dans la patrie et à l’extérieur.

Sixièmement, toutes les institutions appartiennent au peuple palestinien, pas au Fatah ou au Hamas. Elles doivent être déconnectées de toute considération ou divergence factionnelle.

Les efforts de médiation vont finir par porter leurs fruits, ce mois ci ou le suivant, et la situation reviendra à la normale en termes de relations entre les factions et forces palestiniennes car tout le monde sait que personne ne peut amener les Palestiniens à un accord militaire ou politique sans consensus national. Le président Abbas échouera lors de la conférence internationale de l’automne prochain, vu la poursuite du boycott contre le Hamas. Il doit se réconcilier avec le Hamas et avec le gouvernement de Haniyeh afin de négocier avec de bonnes cartes en main. Sinon, il ira à la conférence les mains vides et en reviendra sans patrie et sans dignité.

Vers des changements aux Etats-Unis

Il est fort probable que l’élection de 2008 aux Etats-Unis verra la victoire d’un candidat démocrate à la présidence. Tout indique qu’il y aura des changements radicaux dans la politique des Etats-Unis, en faveur d’un plus grand équilibre en ce qui concerne le conflit entre Arabes et Israël.

Les Etats-Unis veulent protéger leurs intérêts stratégiques au Moyen-Orient, que la politique dangereuse de l’administration Bush, complètement favorable à Israël, a gravement affaiblis. Combiné à une réactivation du rôle de l’Europe, nous nous attendons à un changement de l’atmosphère politique. Grâce aux efforts de notre nation, à la justesse de notre cause et à l’éveil de la conscience occidentale, nous pouvons acquérir notre indépendance et notre liberté et établir notre Etat en Cisjordanie et dans la bande de Gaza, avec Jérusalem comme capitale.


Ahmed Yusuf est un conseiller d’Ismail Haniyeh, Premier ministre -Hamas- du gouvernement dissous en juin dernier.

16 août 2007 © bitterlemons-international.org

Traduction de Claude Léostic

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