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"Complètement coupé de la réalité"
publié le mardi 30 octobre 2007 Analyse de Ghassan Khatib - Pour la Palestine n°55 Pour le politologue
Ghassan Khatib, les
réunions bi-hebdomadaires
entre le
président palestinien
Mahmoud Abbas et le
Premier ministre israélien
Ehud Olmert semblent
évoluer vers une forme de
processus politique. Mais,
citant les critiques selon
lesquelles ces rencontres
pâtissent d’une
déconnection de la réalité,
il note aussi que le secret
qui entoure les aspects
politiques de ces
discussions, ajouté à
l’absence d’une tierce
partie, risque d’isoler
encore la partie
palestinienne.
Les réunions bi-hebdomadaires entre le président palestinien Mahmoud Abbas et le Premier ministre israélien Ehud Olmert reçoivent un accueil mitigé de la part à la fois des Palestiniens et des Israéliens. Côté palestinien, on peut répartir la plupart des critiques en deux catégories. L’une des réactions est qu’une fois de plus une direction palestinienne fait miroiter un espoir qui ne repose que sur la bonne volonté d’Israël et des Etats-Unis, deux pays qui n’ont jamais été réceptifs aux droits légitimes des Palestiniens ou simplement à ces droits palestiniens que garantit la légalité internationale. La deuxième est que le « processus » est totalement déconnecté de la réalité que le peuple palestinien vit sur le terrain. En d’autres termes, il n’y a aucun lien entre l’atmosphère relativement positive et optimiste qui entoure ces réunions et la politique et les pratiques réelles d’Israël qui continue à renforcer l’occupation et à rendre la vie plus difficile tout en maintenant toujours aussi lointain l’objectif de la fin de l’occupation. La reprise des relations bilatérales au plus haut niveau politique marque une rupture avec la catastrophique stratégie unilatérale d’Israël et c’est un pas dans la bonne direction. Cependant il faut noter la nature schizophrénique de la position israélienne envers les Palestiniens actuellement. D’un côté, Olmert est entré dans des relations bilatérales qui semblent se déplacer, même si c’est lent, des difficultés physiques et pratiques des Palestiniens -points de contrôle, prisonniers etc.- vers des questions politiques plus générales. Mais au niveau pratique, nous continuons à constater des pratiques unilatérales sur des questions générales et stratégiques, des colonies qui n’en finissent pas de s’étendre et du mur, en passant par la séparation toujours plus grande entre Gaza et la Cisjordanie, jusqu’à la poursuite de la fragmentation de la Cisjordanie par un système de contrôle basé sur les points de contrôle.
Pour Ehud Barak, pas de retrait avant plusieurs années Il n’y a pas que du côté palestinien que les réunions bi-hebdomadaires -qui semblent évoluer vers une forme de processus politique- sont bien loin de la réalité. Côté israélien aussi il existe une déconnection évidente entre la réalité politique et ces réunions. Le tout dernier exemple, la semaine dernière, en est la déclaration du ministre de la « Défense » Ehud Barak, lequel a affirmé qu’il ne serait pas possible d’envisager une forme quelconque de retrait avant plusieurs années. Cette déclaration s’inscrit en faux contre l’image qu’Olmert voudrait produire pour ces réunions. Il y a aussi un fantôme dans la machine. Tout ce qui sortirait de ces réunions et qui serait opposé au Hamas est voué à l’échec. Non seulement le Hamas contrôle directement la bande de Gaza, mais il jouit aussi du soutien d’une majorité de l’opinion publique palestinienne, comme l’ont montré les élections de 2006. Les réunions bi-hebdomadaires doivent prendre en compte les réalités politiques. Et même s’ils marquent en soi une avancée, il faudrait qu’elles s’accompagnent de débats publics constructifs. Le fait que les aspects politiques de ces réunions ne sont jamais rendus publics et qu’ils ne sont fondés sur aucun niveau de consultation mesurable au niveau de la direction ne fera qu’affaiblir la partie palestinienne, la rendre vulnérable et dépendante, tout comme elle l’était pendant les consultations secrètes non consultatives d’Oslo. A vrai dire, le secret qui entoure les aspects politiques de ces discussions, ajouté à l’absence d’une tierce partie, va encore isoler le côté palestinien des sources de sa force que sont la légalité internationale et le soutien de l’opinion palestinienne. Israël a su en tirer le plus grand parti à Oslo et cela a mené directement à la situation dont les deux parties souffrent aujourd’hui. La partie palestinienne, à défaut des Israéliens, aurait dû savoir en tirer des leçons. Ghassan Khatib est co-éditeur du groupe bitterlemons de publications internet. Il est vice-président de l’université Birzeit et ancien ministre du Plan de l’ANP. 13 août 2007 © bitterlemons.org Traduction de Claude Léostic |
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