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Vanunu de nouveau en prison
publié le vendredi 26 octobre 2007 Christiane Gillmann - Pour la Palestine n°55 Mordechai Vanunu, le
célèbre militant antinucléaire
israélien, aura pu
goûter seulement pendant
deux ans et demi à la
liberté, après 18 ans
d’incarcération
particulièrement sévère à la
prison d’Ashkelon. Il est
menacé d’y retourner.
C’est ce 2 juillet 2007 que les juges israéliens devant lesquels Mordechai Vanunu était poursuivi depuis un an ont rendu leur sentence : six mois de prison et, en plus, six mois avec sursis, pour s’être rendu coupable, après sa sortie de la prison d’Ashkelon, le 21 avril 2004, de parler à des étrangers, notamment à des journalistes et à des diplomates. « Ce n’est pas le contenu de ses entretiens qu’on lui fait ainsi payer, mais tout simplement le fait de s’être exprimé », fait remarquer son avocat Michael Sfard. En effet, à sa sortie de prison, les autorités sécuritaires israéliennes lui ont imposé le silence, tout comme elles lui ont interdit de quitter Israël et de se déplacer sans autorisation de sa ville de résidence pour une autre ville. On avait déjà remarqué que les juges israéliens ne se montraient guère indépendants envers le pouvoir exécutif de leur pays, au contraire de ce qui se fait généralement en démocratie. Ils auraient en l’occurrence pu refuser de sanctionner un interdit aussi absurde que celui de parler à des étrangers. Au lieu de cela, ils ont fait du zèle, en ajoutant à la peine de six mois de prison ferme, celle de six mois avec sursis. Autrement dit, Mordechai Vanunu n’effectuera pas cette deuxième peine, à la condition de se taire pendant cinq ans... Le procès dont il avait été l’objet en 1987 avait déjà été particulièrement grotesque. Rappelons que, de 1976 à 1985, il avait rempli un emploi de technicien à la centrale nucléaire de Dimona, dans le Néguev, plus précisément dans une unité chargée du retraitement du combustible nucléaire, en vue de la fabrication d’un véritable arsenal d’armes nucléaires, comme il s’en était rapidement rendu compte. Mordechai Vanunu qui fait aussi des études de philosophie à l’université de Bersheva, ne cache pas ses opinions progressistes ni sa sympathie pour les Palestiniens. Curieusement, s’il perd son emploi en 1985, c’est uniquement du fait de la restructuration de son service. Il consacre ses indemnités de licenciement à visiter plusieurs pays d’Asie et se fixe en Australie -où il devient anglican. Il est alors contacté par un quotidien britannique, le Sunday Times, qui s’intéresse aux activités de la centrale atomique de Dimona et le fait venir à Londres. A l’idée que puissent ainsi être révélés les secrets nucléaires israéliens, le Premier ministre de l’époque, Shimon Pérès, donne l’ordre de mettre la main sur Mordechai Vanunu. C’est à Rome, où ils réussiront peu de temps après à l’attirer, que des agents du Mossad le kidnappent, le droguent et l’expédient en bateau en Israël. Un procès à huis-clos en 1987 Un simulacre de procès lui sera fait en juillet et août 1987, à huis clos. Il est amené aux audiences dans un véhicule aux vitres occultées et jugé menottes aux poings et fers aux pieds. Le jugement et les minutes du procès ne seront rendus publics qu’en 1999. Sur le moment, on sait seulement qu’il est condamné à dix-huit ans de prison, pour espionnage. En vain sa défense avait-elle invité les juges à distinguer l’information donnée à un journal et l’espionnage au profit d’une puissance étrangère. De surcroît, l’activité militaire nucléaire d’Israël était alors formellement déniée, de sorte que Mordechai Vanunu aurait dû être traité comme un vulgaire menteur, et relaxé, car le mensonge n’est pas une faute pénale, pas plus en Israël qu’ailleurs. Ses juges qui sont donc entrés à tort en condamnation, n’ont de surcroît pas eu scrupule à le faire pour quelqu’un qui leur a été amené au moyen d’un enlèvement aussi illégal, commis sur un sol étranger (l’Italie avait d’ailleurs à l’époque vainement protesté). Mais peut-être toutes ces failles expliquent-elles, paradoxalement, l’extrême sévérité dont sera alors victime Mordechai Vanunu : dix-huit années d’emprisonnement, dont onze seront effectuées au secret, à la prison d’Ashkelon où un faux nom lui sera même attribué. Après avoir purgé l’intégralité de sa peine, sans qu’une année ni même un mois ne lui soient remis, Mordechai Vanunu n’a pas respecté le silence qui lui a été imposé à sa sortie de prison : avec courage, il a au contraire donné un certain nombre d’entretiens, par exemple à Françoise Germain- Robin, pour l’Humanité du 22 août 2005, soit au lendemain du retrait israélien de Gaza ; il lui a ainsi déclaré : « Je dérange car je fais partie du très petit nombre de personnes qui, dans ce pays, dénoncent le fait qu’Israël n’ait pas adhéré au traité de non-prolifération nucléaire. En refusant de le faire, Israël est responsable de la prolifération dans la région et du fait que d’autres pays, tel l’Iran, essaient d’obtenir l’arme nucléaire. Mais Israël utilise la force que lui donne le nucléaire pour continuer à faire ce que bon lui semble, même si c’est illégal et condamné par la loi internationale. Par exemple, accélérer la colonisation en Cisjordanie et construire le mur. » Mordechai Vanunu ne retourne pas en prison aujourd’hui. Il a en effet interjeté appel du jugement le 2 juillet 2007 et il a suspendu ainsi son exécution. Christiane Gillmann, le 22 août 2007
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