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Le Moyen-Orient de 1967 vu par l’Humanité
publié le mercredi 26 septembre 2007

Françoise Feugas - Pour la Palestine n°54
 

Dans la presse française, de rares journaux se distinguent, tels Témoignage Chrétien, quant à leurs analyses de la situation moyen-orientale. A la dénonciation de la guerre s’ajoute une prise de position en faveur des droits des peuples arabes. L’Humanité, alors organe central du parti communiste, fait également exception. Au-delà des reportages qu’il propose, les thèses que défend le journal s’inscrivent dans la vision que le PCF de l’époque porte sur le monde alors dominé par la guerre froide et la guerre au Vietnam, laquelle fait alors régulièrement ses gros titres.

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Affiche de portraits de martyrs palestiniens après la bataille de Karameh, Jordanie (Département de l’information de la Résistance palestinienne, Jordanie, 1969). Photographie extraite du livre d’Elias Sanbar Les Palestiniens - La photographie d’une terre et de son peuple de 1839 à nos jours, Editions Hazan.

La montée des tensions au Moyen-Orient fait -dès le mois de mai- l’objet d’une présence de plus en plus significative dans les colonnes du journal. Un éditorial en « Une » de René Andrieu le 30 mai, intitulé « Regarder la vérité en face », rappelle les principes que défend le PC. D’une part, un règlement du conflit « ne doit pas mettre en cause le droit à l’existence du peuple israélien et de son Etat ». En même temps, pour le journal, derrière le gouvernement israélien se profile « l’ombre de l’impérialisme américain » qui « porte la responsabilité essentielle du différend qui met les peuples du Moyen-Orient au bord de la guerre ». Ce commentaire s’inscrit dans le contexte de guerre froide. Mais pas seulement. Pour dégager des responsabilités, René Andrieu revient sur l’histoire. Deux décennies après le génocide des Juifs d’Europe, l’éditorial revient sur ces « souffrances » (d’autres articles souligneront le choix de ceux qui, après la guerre, vivant en France, militent dans les rangs du PC). Mais il ajoute que c’est précisément « (parce que) nous pensons que tous les peuples ont le même droit à l’existence et à la paix que nous ne pouvons approuver la manière dont les dirigeants israéliens ont chassé de leurs terres et spolié de leurs biens plus d’un million d’Arabes de Palestine ».

Réfugiés palestiniens

En dépit des témoignages et des recherches des historiens palestiniens, l’expulsion des Palestiniens en 1947-1949 est loin alors d’être reconnue y compris en France. René Andrieu commente : « Même s’il était vrai comme l’affirme la thèse israélienne que ces derniers ont fui à l’instigation de leurs chefs, il n’en resterait pas moins que des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants innocents de tout crime, ont été chassés d’une terre qui était la leur et qu’ils vivent aujourd’hui depuis dixhuit ans dans des conditions dont tout le monde s’accorde à reconnaître qu’elles sont effroyables. Et ceux qui accusent les Etats arabes (...) de n’avoir rien fait pour améliorer leur sort renversent les rôles avec une singulière désinvolture. » Et de souligner qu’en vain l’assemblée générale des Nations unies a exigé le rapatriement des réfugiés. L’édito mentionne également la discrimination subie par 200 000 Arabes -il ne dit pas ici « Palestiniens »- « pour raisons de sécurité ». Jacques Coubard, le même jour, reviendra sur « La tragédie de 1. 300 000 réfugiés palestiniens », dont la situation entretient un dangereux foyer de tension au Moyen-Orient. « Il n’y a pas d’autre issue que la reconnaissance des droits légitimes du peuple palestinien. Une telle décision pourrait ouvrir la voie à une solution pacifique respectant les intérêts des deux peuples et mettrait fin à un conflit qui ne profite qu’aux impérialistes qui veulent maintenir sous leur tutelle le peuple israélien et les peuples arabes », dit-il.

Le contexte de la guerre froide

Mais résolument, et réfutant les thèses d’un « conflit racial », l’Humanité inscrit les tensions moyen-orientales dans le contexte de la guerre froide et de fait ses protagonistes dans les camps américain ou soviétique. « L’impérialisme américain » est dès lors accusé ainsi que ses alliés. « Etat artificiellement implanté, Israël, malgré le mérite de ses pionniers, n’a pu survivre que grâce aux dollars qui lui viennent des Etats-Unis, qu’il s’agisse de crédits publics ou de fonds privés », écrit Andrieu, qui accuse aussi les « féodaux arabes ». En face, le « mouvement de libération nationale des peuples, en pleine évolution malgré les difficultés de toutes sortes et les inévitables erreurs », les gouvernements arabes qualifiés de progressistes (Syrie, Egypte) mais aussi « les forces de progrès en Israël, qui se battent avec courage, mais à contre-courant jusqu’ici de la politiqueofficielle ». Le conflit lui-même est analysé à cette aune. Le journal -qui subira des critiques et dont des journalistes sont même accusés d’antisémitisme par Le Canard enchaîné - plaidera ensuite, à nouveau, pour la paix, en faveur d’un règlement pacifique négocié et de l’application des textes adoptés par les Nations unies.

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