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Crise majeure en Palestine
publié le lundi 27 août 2007

Isabelle Avran - Pour la Palestine n°54
 
La crise est consommée. En juin dernier, les affrontements meurtriers entre forces armées du Fatah et du Hamas dans la bande de Gaza ont abouti à la prise du pouvoir par le Hamas dans ce territoire, à la dissolution du gouvernement d’union nationale par Mahmoud Abbas, à une division qui s’incarne dans la séparation politique des territoires de Cisjordanie et de la bande de Gaza. Que se passe-t-il en Palestine ? Dans ce contexte, à quel jeu dangereux les Etats-Unis et l’Union européenne persistentils à se livrer ? Est-il possible d’espérer une sortie de cette crise, un retour à l’unité nationale palestinienne autour de l’objectif commun d’indépendance ?
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A gauche, la sihouette de Yasser Arafat ; à droite celle de cheikh Ahmed Yassine, chef spirituel du Hamas.

Inactif depuis des mois sinon depuis son existence, le Quartet pour le Proche-Orient vient de sortir de son atonie. En ce mois de juillet 2007, Etats- Unis, Union européenne, Russie et Nations unies, ayant nommé comme émissaire, fin juin, l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, viennent enfin de décider d’aider le président palestinien à faire face. A l’occupation et au refus israélien de négocier une solution politique ? Non. A faire face au Hamas. Washington évoque la tenue prochaine d’une conférence internationale. Mais que ce soit clair : il ne s’agira pas d’une conférence de paix. Les Etats-Unis ne veulent pas d’une négociation sur le statut final des territoires occupés telle que la suggéraient mollement plusieurs Etats européens. Il s’agira de tenter de « trouver les moyens de construire des institutions fondamentales et essentielles pour les Palestiniens qui vont leur permettre de s’administrer eux-mêmes et d’avoir une démocratie ». Le cynisme se fait ostentatoire. Epuisé par des mois de blocus, sanctionné économiquement et diplomatiquement par le déni international de la démocratie et du droit des citoyens de Palestine à choisir leurs représentants après la victoire du Hamas aux législatives, le gouvernement palestinien, pourtant reconstitué en gouvernement d’union nationale, est tombé à l’issue d’affrontements fratricides sanglants. Après quarante années d’occupation militaire meurtrière et de colonisation impunies, le mouvement national palestinien vit aujourd’hui l’une des crises les plus graves, sinon la plus grave, de son histoire. Avec l’arrogance des vainqueurs, Washington comme Tel-Aviv étalent leur jubilation, faisant mine d’avoir retrouvé en Mahmoud Abbas l’homme modéré providentiel avec qui il serait enfin possible de parler après avoir scrupuleusement miné depuis son élection sa stratégie de négociation. Que se passet- il en Palestine ? Comment expliquer les affrontement de juin entre forces armées du Fatah et du Hamas dans la bande de Gaza qui ont abouti à la prise du pouvoir par le Hamas dans ce territoire, à la dissolution du gouvernement d’union nationale par Mahmoud Abbas, à une division apparemment irréductible qui s’incarne dans la séparation politique des territoires de Cisjordanie et de la bande de Gaza ? Quels en sont les ressorts ? A quel manège dangereux les Etats-Unis et l’Union européenne persistent-ils à se livrer ? Est-il possible d’espérer une sortie de cette crise, un retour à l’unité nationale palestinienne autour de l’objectif commun d’indépendance ?

Le basculement de juin

En moins d’une semaine, du 7 au 14 juin, les combats entre les forces les plus extrémistes du Hamas et du Fatah ont causé la mort de cent seize personnes. Des centaines de blessés. Parmi eux, plusieurs enfants. Des scènes insoutenables ont eu lieu, où volonté de vengeance et haine se sont traduites par des meurtres, des lynchages, des kidnappings, des tortures, des entraves à la circulation d’ambulances, des barrages sur les routes, des incendies de maisons... Un déchaînement d’une rare violence et dont les formes ressemblent à la répétition pathologique de barbaries vécues, celles que l’occupant perpétue depuis des années. Certaines scènes en ont étrangement rappelé d’autres. La sortie des bureaux des forces de sécurité ou de diverses institutions de militants ou de militaires en sous-vêtements a sans doute sidéré ceux ou celles qui se souviennent du siège meurtrier de la prison de Jéricho par les forces armées israéliennes venues y kidnapper les dirigeants du FPLP sans que les forces internationales censées les protéger lèvent alors le petit doigt. Des témoignages évoquent le fait - et la signification politique en serait symboliquement lourde - que des portraits de Yasser Arafat et de dirigeants historiques de l’OLP assassinés par Israël auraient été piétinés. Dans ce déchaînement, des associations de défense des droits humains, comme le PCHR de Gaza, dont les militants de terrain ont tenté de poursuivre malgré tout leur travail, semblent mettre en lumière au moins deux phases. La première est celle de combats meurtriers entre des forces armées du Fatah et du Hamas. La seconde est celle, très rapide, de la victoire de facto du Hamas, en dépit d’un rapport de forces numérique qui lui était défavorable (l’on comptait au moins 20 000 hommes en armes soit du Fatah, soit des multiples forces de sécurité notamment sous le contrôle de Mohamed Dahlan, lui-même parti alors en Egypte puis en Cisjordanie). Les associations de défense des droits humains comme le PCHR ont lancé des appels répétés à la fin de ces violences (voir encadré) qui par ailleurs ont mis en péril la tenue du tawjihi (l’équivalent du baccalauréat) pour 67000 jeunes et des examens de fin d’année des étudiants qui, déjà, subissent les multiples obstacles que l’occupant oppose au déroulement normal de leurs études. Des élus et des organisations de l’OLP et même le Jihad ont également appelé à la fin de ces combats fratricides. Le FDLP et le FPLP -dont l’audience électorale, il est vrai, est très minime- ont organisé une manifestation populaire place du soldat inconnu à Gaza pour dénoncer cette folie sanguinaire, faisant écho aux exigences de la population elle-même et de nombreux citoyens manifestant contre ces violences au péril de leur vie.

Face à cette situation, le comité exécutif de l’OLP a demandé à Mahmoud Abbas de limoger le gouvernement d’union nationale, ce qu’il a fait dès le jeudi 14, décrétant l’état d’urgence et annonçant l’hypothèse d’élections anticipées, nommant un gouvernement de crise dirigé par Salaam Fayyad, renouvelé au bout de trente jours. Le Hamas - qui détient toujours la majorité au Parlement - ne reconnaît pas ce gouvernement. A la crise politique sans précédent s’ajoute une crise institutionnelle.

Le contrôle des forces de sécurité au coeur des affrontements

Comment expliquer une telle fureur et un tel enchaînement ? « Notre décision de prendre le contrôle de la bande de Gaza a été prise en raison de l’état de chaos sécuritaire mené et programmé par un courant au sein du Fatah, en vue de montrer que le gouvernement du Hamas a échoué à apporter la sécurité aux Palestiniens. Ce courant a concocté ce complot en coordination avec Israël, après l’échec du blocus économique et financier imposé par Israël aux Palestiniens depuis l’arrivée au pouvoir du Hamas en mars 2006 », affirme Mouchir al-Masri, porte parole du Hamas et membre du conseil législatif, dans un entretien à al- Ahram hebdo publié le 4 juillet. [1]. L’accusation est grave. Et il n’hésite pas à citer nommément Mohammed Dahlan et son équipe qui, dit-il, « ont dominé les appareils de sécurité et qui voulaient perpétuer cette domination ». Dans un entretien donné à Michel Bôle-Richard dans Le Monde le 11 juillet, Ismaïl Haniyeh tient le même langage [2] : « Nous avons toujours été en faveur d’un gouvernement d’union nationale, même avant sa formation. Mais il y a également toujours eu, au sein du Fatah, un courant opposé à un partenariat politique et qui n’a jamais accepté les résultats des élections du 25 janvier 2006. Son comportement a démontré qu’il était allié avec des éléments extérieurs qui lui ont fourni des armes et de l’argent. Cette faction planifiait un coup d’Etat contre la légitimité palestinienne. Le soutien venait d’Israël et des Etats-Unis. Ce courant palestinien avait déjà essayé de déstabiliser le gouvernement directement issu des élections avec les mêmes acteurs. En résumé, le gouvernement d’union nationale n’est pas responsable de ce qui s’est passé. Il y avait une situation d’urgence et nous y avons répondu », affirme-t-il. En janvier dernier, des blâmes tout aussi graves mais d’une autre nature avaient été formulés cette fois contre le Hamas lors d’un meeting en présence de Mohammed Dahlan, les militants de la résistance islamique étant -contre toute réalité- qualifiés de chi’ites, signifiant en fait qu’ils étaient accusés d’être liés à l’Iran. Mouchir al-Masri précise pourtant : « Notre combat n’est donc pas avec le Fatah dans son ensemble mais avec cette équipe influente au sein de ce mouvement qui a dominé les appareils de sécurité. » Pour autant, plus que du courant politique du Hamas - de l’intérieur comme de Damas-, il semble que la décision relève davantage de sa branche militaire. La question du contrôle des forces de sécurité apparaît de fait comme un facteur déclenchant majeur de la crise. Là encore, la pression internationale a produit ses effets. Ces forces, nombreuses, ont échappé à la tutelle du ministère de l’Intérieur y compris au sein du gouvernement d’union nationale. Le gouvernement avait organisé sa propre force exécutive, sans que celle-ci soit admise par la présidence. Problème central dans le déclenchement des affrontements qui, en fait, durent depuis plusieurs mois (et qui ont aussi, soulignent plusieurs chercheurs [3], « politisé » ce qui relevait de règlements de comptes ou de clans).

Une responsabilité internationale écrasante

La crise palestinienne a donc des ressorts internes indéniables. Mais les Etats- Unis et l’Europe portent une responsabilité écrasante. Prônant la démocratie en dépit de l’occupation, démocratie revendiquée par les citoyens palestiniens en particulier à l’occasion des élections, Etats-Unis et Europe, on le sait, ont refusé de reconnaître le résultat des législatives de janvier 2006. En sanctionnant économiquement et politiquement le peuple palestinien et son gouvernement, Etats-Unis et Europe, qui se sont toujours refusés à la moindre sanction contre Israël, ont tout fait pour marginaliser ceux que l’absence d’horizon politique avait portés au pouvoir en Palestine. Ils ont également multiplié les pressions pour empêcher le contrôle des forces de sécurité par le ministère de l’Intérieur. Tout en laissant à Israël une totale impunité pour nier toute légitimité au président Mahmoud Abbas dès son élection en janvier 2005, puis au gouvernement palestinien, pour refuser toute négociation, pour intensifier ses activités coloniales et la construction des murs en Cisjordanie, pour empêcher toute circulation et toute activité économique en Palestine occupée, pour détourner les taxes palestiniennes, pour asphyxier la population, pour emprisonner des milliers de Palestiniens dont des élus et des ministres... Et ils n’ont pas mis en oeuvre les décisions adoptées voici bientôt trois ans en assemblée générale des Nations unies à l’issue de la condamnation par la Cour internationale de Justice du réseau de murs que l’armée et les bulldozers israéliens érigent profondément en Cisjordanie. Voici deux ans, Etats-Unis et Etats membres de l’Union européenne se félicitaient du « retrait » unilatéral israélien de la bande de Gaza. Permettant à Tel-Aviv de transformer ce petit territoire surpeuplé en prison à ciel ouvert soumis à d’incessants bombardements, ils détournaient aussi le regard de la Cisjordanie. Les dirigeants israéliens pourtant n’avaient nullement caché leur objectif  : réfuter toute continuité territoriale entre la bande de Gaza et la Cisjordanie et annexer une part substantielle de territoire, notamment la région de Jérusalem et la vallée du Jourdain. Faisant écho aux alertes des ONG travaillant sur le terrain, Alvaro de Soto, ancien coordinateur spécial des Nations unies pour le Proche-Orient, dans son rapport accablant de « fin de mission » du 5 mai dernier publié par le journal britannique The Guardian, ne ménage pas la partie palestinienne mais s’attache surtout à mettre en évidence les responsabilités, non seulement d’Israël, mais aussi des États-unis et de l’Union européenne et plus généralement du Quartet dans l’impasse [4]. Le peuple palestinien paie non seulement le prix économique et social de cette stratégie avec un taux de chômage supérieur à 50% et un taux de pauvreté extrême touchant plus de 70% de la population, mais il en paie aussi - surtout - un prix politique considérable. Washington a choisi la division en Palestine jusqu’à l’implosion de ses institutions et l’Europe a suivi. Plusieurs mois après les accords de La Mecque et la constitution d’un gouvernement d’union nationale palestinien sur des bases saluées par la France et l’UE, plusieurs mois après le renouvellement à Riyad de la proposition arabe de paix globale repoussée par Israël, la communauté internationale a continué de refuser tout signe d’encouragement, tout signe positif au peuple palestinien et de n’envoyer comme message de reconnaissance que la poursuite de sanctions meurtrières. Comment, dans de telles conditions, des formes de radicalisation dramatiques ne se seraientelles pas manifestées ? Il faudrait être dangereusement naïf ou redoutablement cynique pour en nier ces ressorts.

Revers du mouvement national de libération

Faute de tout horizon politique, forces du Hamas et du Fatah semblent donc bien se croire autorisées à utiliser la violence pour régler entre elles des problèmes de légitimité, laissant craindre le développement d’une véritable guerre civile et la prolongation d’une division politique entre les territoires palestiniens. Socialement, la vie dans un quotidien pétri de violence à laquelle répond la résistance armée, quelle que soit la légalité de celle-ci du point de vue du droit international, n’est certes pas sans conséquences. D’autant, comme l’ont remarqué des historiens ou politologues palestiniens, que la stratégie de la lutte armée a contribué, sinon à marginaliser, du moins à restreindre le rôle d’organisations de la société civile. « Que nous arrive-t-il ? » s’interrogeait déjà en mai dernier le psychiatre palestinien gazaoui Eyyad Sarraj [5], constatant  : « l’environnement dans lequel nous vivons depuis l’occupation développe une violence qui devient chronique (...) Sans surprise, l’enfant palestinien prendra pour modèle le soldat israélien et son langage sera celui de la force, ses jeux et jouets seront ceux de la mort. » Il mettait également en lumière « la tendance manifestée par les jeunes hommes à rechercher une nouvelle identité davantage autoritaire et différente de celle de leurs parents vulnérables » évoquant des phénomènes de « désintégration sociale ». Dans ce contexte, il ne ménageait pas l’ANP quant aux importantes violations de la sécurité et au désordre social se manifestant notamment par « la prolifération des armes et l’abondance des fonds aux mains des partis en lutte et des milices. » Politiquement, la lassitude de la population comme les dissensions brutales entre organisations sur un mode bipolaire ne sont pas neuves. En témoignaient les victoires successives du président Mahmoud Abbas en 2005 puis du Hamas aux municipales puis aux législatives de 2006. Un choix émanant d’abord de l’impasse, du refus israélien de toute négociation. Mais pas seulement. Etaient également dénoncés la corruption et le népotisme de certains cadres du Fatah, lui-même accusé de l’absence de résultats de la négociation dont il s’est fait le promoteur. A en croire les sondages, ces élections ne remettaient pas en cause pourtant parmi la population palestinienne le choix majoritaire de la solution de deux Etats, ni même d’ailleurs celle du principe d’une négociation pour y parvenir. Mais la défaite du Fatah, principale organisation de l’OLP et le succès du mouvement de résistance islamique représentaient historiquement une première sinon un tournant en Palestine.

La mort -toujours inexpliquée- du président Yasser Arafat le 11 novembre 2004 a, de toute évidence, tourné une page. Pas celle dont se gargarisaient alors les dirigeants israéliens et leurs auxiliaires politiques et médiatiques. Ceux ci avaient d’abord accusé le président palestinien d’être l’adversaire de la paix, le responsable de l’échec de Camp David parce qu’il avait refusé de renoncer au droit international dont il s’agissait de négocier les modalités de mise en oeuvre, avant de tenter de le marginaliser diplomatiquement et de l’assiéger dans la Mouqata’a. Pour eux, se réjouir de sa disparition signifiait désigner la partie palestinienne comme responsable, voire faire l’hypothèse de la renonciation et de l’abdication palestiniennes. Mais Yasser Arafat qui, selon l’expression de l’historien palestinien Elias Sanbar, avait contribué à sortir le peuple palestinien de l’invisibilité, représentait pour les Palestiniens un symbole suffisamment fort pour maintenir, en dépit des divisions politiques et des affrontements qui ont émaillé l’histoire palestinienne, un ciment d’unité contre l’occupation. Sa disparition a aussi ouvert la voie à la fin de ce ciment. De toute évidence, à l’issue des élections, le Fatah n’a pas tiré les leçons de son échec. Le congrès annoncé n’a pas eu lieu et peut-être ne faut-il pas y voir seulement le fruit des conditions imposées par l’occupation. Double légitimité politique en Palestine toujours occupée, cohabitation tendue, incapacité à transmettre les rênes du pouvoir au gouvernement, tensions, affrontements suicidaires... C’est précisément pour mettre un terme à ce cycle, favoriser une dynamique d’union nationale et recentrer la lutte contre l’occupation israélienne, que les prisonniers politiques palestiniens de tous courants ont élaboré un document politique et stratégique et milité pour qu’il se concrétise dans ce qui est devenu ensuite l’accord de La Mecque en février 2007. Parmi eux, Marwan Barghouti, dirigeant de la « jeune garde » du Fatah toujours emprisonné, qui plaidait depuis longtemps pour un gouvernement d’union nationale, a joué un rôle majeur. L’accord portait sur la fin des violences internes, sur les modalités de résistance dans le territoire occupé, sur le respect des accords signés par l’OLP, sur la perspective d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967, sur la responsabilité de l’OLP dans la négociation, sur la nécessité d’une réforme de l’OLP avec la question de l’intégration du Hamas, témoignant d’une révolution idéologique et stratégique de ce mouvement dont les cadres politiques se disent favorables à l’établissement d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967 et à une trêve de longue durée avec Israël. L’accord a permis la mise en place d’un gouvernement d’union nationale. L’absence de tout changement dans la politique internationale quant à la politique de sanctions et de toute reconnaissance du gouvernement ont fini par marginaliser les politiques au profit de l’aile militaire. Le gouvernement, lui, n’y a pas résisté.

Une division à haut risque

Les dirigeants israéliens ont toujours rêvé non seulement de diviser politiquement les Palestiniens sinon de défaire leur mouvement de libération nationale, mais aussi de disloquer leur territoire. Outre la séparation géographique entre Palestiniens vivant sous occupation, en exil forcé et en Israël, et la transformation de la Palestine elle-même en une multitude d’enclaves du fait du réseau de murs, ils ont aussi tout fait pour séparer la bande de Gaza de la Cisjordanie. Ce n’est pas un hasard d’ailleurs si l’accord d’Oslo mentionnait la continuité territoriale entre la Cisjordanie et la bande de Gaza, jamais respectée, ni si le premier accord intérimaire portait sur « Gaza et Jéricho d’abord ». Les dirigeants israéliens auraient-ils, là, marqué un point, crucial ? Le dialogue inter-palestinien peut-il se renouer ? Nombre d’organisations de la société civile le réclament, craignant en outre le déchaînement d’une véritable guerre civile. De même, le FPLP remarquait mi-juin [6] que la division « ouvre la voie à des ingérences extérieures négatives, dans tout ce qu’elles peuvent représenter comme dangers pour notre projet national, l’unité de notre peuple et le maintien de son tissu social » et en appelait à « former une direction nationale temporaire, à laquelle participent toutes les forces politiques et les représentants de la société civile dans tous ses différents secteurs. » Il affirmait : « Notre unité, notre choix national et démocratique, notre insistance sur la poursuite de la lutte pour l’indépendance, le droit au retour et l’établissement d’un Etat indépendant, ne constituent pas un choix parmi d’autres. » Voyant dans l’accord de La Mecque un accord entre les seuls Fatah et Hamas, il invitait même la Ligue arabe à « héberger un dialogue national palestinien total dans lequel participent toutes les forces politiques et les représentants de la société civile. » L’« Initiative nationale palestinienne » de Mustapha Barghouti, qui participait au gouvernement d’union nationale comme ministre de l’Information, rejette également division et polarisation. Le mouvement en appelle à la restauration de l’entente nationale, à la constitution d’un gouvernement transitoire unifié, mais également à la consultation populaire passant par des élections démocratiques anticipées. Mais la voie d’un retour à l’unité est étroite. Les difficultés s’ancrent dans une rivalité politique consommée, des tensions s’enracinant dans les accusations réciproques mais aussi dans une crise institutionnelle inédite. Mahmoud Abbas condamne la prise de pouvoir armée du Hamas dans la bande de Gaza. Il a limogé le gouvernement et de son côté le Hamas ne reconnaît pas le gouvernement de crise. D’un point de vue légal, la Loi fondamentale confère au président le pouvoir de révoquer le gouvernement. Il peut aussi en former un de crise. Mais un gouvernement doit obtenir l’investiture du Parlement. Outre le refus du Hamas de reconnaître le gouvernement de Salam Fayyad, le Parlement ne fonctionne plus. Nombre d’élus du Hamas sont emprisonnés, la grande majorité des autres refusent de siéger. Et le président évoque la possibilité d’élections anticipées considérées par le mouvement islamique comme un déni de démocratie. Le Hamas assure souhaiter le retour au dialogue mais ajoute qu’il ne le mendiera pas. De son côté, Mahmoud Abbas précise qu’il n’a pas l’intention d’en reprendre les fils tant que le Hamas « ne réparera pas » ce qui a été commis à Gaza. Séparation des pouvoirs entre la bande de Gaza et la Cisjordanie ? En réalité, la bande de Gaza demeure un cachot où la population survit étranglée et la Cisjordanie un territoire sous occupation militaire. Probablement la situation actuelle appelle-t-elle les diverses organisations de la société civile, aussi marginalisées soientelles par cette bipolarisation fatale, à intervenir pour exiger un retour au dialogue démocratique préalable à l’unité ; et le mouvement national palestinien à repenser sa stratégie sinon à se repenser dans ce contexte singulier de crise de l’Etat avant que soit acquise l’indépendance.

Stratégie de division et de tension : Etats-Unis et Europe persistent et signent

Après avoir refusé de soutenir le président palestinien face à l’occupant israélien et à sa stratégie unilatérale de colonisation et d’annexion, après avoir encouragé radicalisations et division, Etats-Unis et Europe prétendent aujourd’hui soutenir un président désigné comme modéré et laïc. Inscrivant résolument le conflit dans la prétendue « guerre des civilisations », ils assurent qu’il s’agirait de soutenir les « modérés des deux bords » et d’en isoler les « extrémistes ». Comme si la pérennité du conflit ne reposait pas sur le refus des dirigeants israéliens de mettre un terme à l’occupation et au déni des droits individuels et nationaux des Palestiniens. Faisant de leur soutien, aussi ostentatoire que politiquement inconsistant, un cadeau empoisonné au président palestinien, ils choisissent de lever enfin leurs sanctions pour les uns mais en affamant les autres, exacerbant toutes les tensions dont on imagine mal qu’elles puissent rester longtemps circonscrites à la bande de Gaza. Ils font un pari qui a déjà démontré sa vanité, selon lequel la population palestinienne finirait par lâcher le Hamas si une autre voie lui apportait l’oxygène économique dont elle est privée. La fin du blocus économique est, de toute évidence, une absolue nécessité dans une Palestine asphyxiée. Mais c’est d’horizon politique, de respect du droit et de tous ses droits, de respect de la démocratie, qu’a avant tout besoin le peuple palestinien. Quarante ans après le début de l’occupation, il y a urgence absolue.

Les appels des associations de défense des droits humains

Dès le début de la semaine sanglante de juin, le PCHR a appelé présidence et gouvernement à assurer la sécurité de la population, au retrait des rues de toutes les milices ; il a aussi appelé à assurer le respect des droits des détenus et à empêcher l’usage de la torture, de traitements cruels et de toute autre forme de mauvais traitement, à réfréner et empêcher tout acte de représailles ou de vengeance incluant les exécutions extrajudiciaires, « illégales quelles que soient les circonstances  », à préserver et protéger les biens publics et privés, à empêcher les destructions, y compris les bureaux des forces de sécurité qui sont passées sous contrôle du Hamas, de même que les autres propriétés publiques ou privées, « qui appartiennent au peuple palestinien et à la population civile ». Il a ensuite appelé à des enquêtes contre les auteurs de crimes aboutissant à des jugements dans des tribunaux civils. Sans effet...

[1] http://hebdo.ahram.org.eg/arab/ahram/ 2007/7/4/invi0.htm

[2] « L’aveuglement des Européens est décevant », entretien avec Ismaïl Haniyeh, expremier ministre palestinien et dirigeant du Hamas, paru dans Le Monde du 11 juin 2007.

[3] Voir notamment les articles de Jean-François Legrain sur le site : http://www.gremmo.mom.fr/ legrain/legrain.html

[4] Rapport sur le site http://image.guardian.co.uk/sys-files/Guardian/documents/2007/06/12/DeSotoReport.pdf ; également : http://www.lesoir.be/actualite/monde/ leconstat- desabuse-et-2007-06-14-534676.shtml

[5] Voir son analyse sur : http://www. jerusalemites.org/reports/79.htm et la traduction qu’en propose Dominique Vincent sur le site de l’AFPS.

[6] Traduction française sur le site de l’AFP.

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