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Défi démocratique pour Israël
publié le mercredi 22 août 2007

Tribune de Amal Helow
 

Avec la parution, très attendue, du document intitulé « Vision d’avenir des Palestiniens d’Israël », la communauté palestinienne d’Israël fait un premier pas vers la maîtrise de sa destinée. Le document, qui établit un panorama large - sinon complet- des relations entre l’Etat d’Israël et ses citoyens palestiniens, est le seul qui dispose d’un large soutien de la part de la population. Son objectif est de provoquer une impulsion dont le besoin est urgent dans le discours dominant dans ce pays. Presque soixante ans après qu’Israël a été créé sur les ruines de la Palestine et de son peuple, voilà que ses habitants, les descendants de ceux qui d’une manière ou d’une autre sont restés sur leur terre, en sont venus à transformer leur statut d’outsiders « tolérés », négligés, pour devenir partie intégrante de la société israélienne sur une base d’égalité.

Pour comprendre les aspirations profondes manifestées dans ce document, il est important de reconnaître la souffrance largement silencieuse que les Palestiniens d’Israël ont endurée depuis 1948. Lors de la création de l’État, la population « indigène » s’est trouvée dépouillée de sa terre et de ses droits, jusqu’à celui de protester contre ces faits. Soumis à l’autorité militaire de 1948 à 1966, les Palestiniens israéliens ont été contraints à l’impuissance tandis que toute leur vie était transformée. Ils étaient devenus l’ennemi sur leur propre terre.

Cette oppression pesa lourdement sur ceux qui avaient été témoins des expulsions et de la destruction de plus de cinq cents villages palestiniens entre 1948 et 1950. Alors que l’Etat israélien se construisait, les immigrants juifs étaient installés sur la même terre, et parfois dans les maisons mêmes où des voisins ou des amis avaient vécu auparavant. Et, comme toute minorité où que ce soit dans le monde, les Palestiniens ont appris à garder la tête basse et à se raccrocher à un semblant de dignité face à leurs bourreaux.

Mais cette mentalité de « ne pas faire de vagues » s’est infiltrée dans toutes leurs actions et dans leur conduite, l’instinct de survie prenant le pas sur le besoin de dignité et les sentiments d’humiliation. Etant enfant, j’ai été témoin de cette conduite servile même chez mon père lorsque nous prenions l’avion à Ben Gourion. Comme la majorité des Palestiniens d’Israël, j’ai hérité l’humiliation de l’ancienne génération et appris à m’excuser auprès des juifs israéliens et à rester tranquille en face de fonctionnaires racistes ou pleins de préjugés.

Lentement, par à-coups, cette attitude s’est mise à changer au cours des vingt dernières années. Les Palestiniens ont commencé à prendre la place qui leur revient dans la société israélienne : dans les universités, pour les professeurs comme pour les étudiants, dans les partis politiques, les medias, dans le champ culturel. En interaction avec nos frères palestiniens des Territoires occupés et en ressentant de la fierté pour leur lutte de libération contre l’occupation israélienne, nous aussi nous avons refait connaissance avec nousmêmes. Cela a contribué à nous insuffler la confiance nécessaire pour affirmer notre identité nationale.

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© Amjad Rasmi

La « Vision d’avenir des Palestiniens d’Israël » est le résultat direct de cette confiance grandissante. Elle met en lumière la maturité de la communauté palestinienne, qui prend là une initiative importante pour reprendre en main le contrôle de son avenir. Les citoyens palestiniens d’Israël font partie intégrante de l’Etat et ne partiront nulle part ailleurs. Le document cherche à ouvrir le débat et à alerter les institutions sur le fait que les Palestiniens n’accepteront plus d’être des citoyens de deuxième zone dans leur propre pays. Il exprime les aspirations d’un peuple vis-à-vis d’un Etat qui lui a donné la citoyenneté mais ne lui a pas donné l’égalité.

Nous avons un long chemin devant nous. La version sioniste de l’histoire d’Israël en tant que foyer national pour les juifs nie, en soi, l’histoire du peuple palestinien. L’Etat d’Israël, en tant que produit du sionisme, non seulement ignore le sort des habitants non-juifs, mais refuse catégoriquement de reconnaître qu’une grave injustice a été commise en Israël contre les Palestiniens, concitoyens des juifs. Ce document est une opportunité d’ouvrir des portes qui ont été scellées jusqu’à aujourd’hui. La réaction initiale de l’establishment israélien a été tout sauf chaleureuse. Peu après la parution du document un choeur s’est dressé pour défendre le statu quo. L’influent président du Conseil pour la paix et la sécurité, le général Dani Rotschild a affirmé : « Il est inconcevable de remettre en cause le droit de l’Etat à se définir comme juif et démocratique, de remettre en cause notre lien aux juifs du monde, de remettre en cause l’hégémonie démographique, la territorialité et les symboles nationaux. Ce sont les fondamentaux de la nature juive de l’Etat. »

Zeev Schiff, journaliste d’Haaretz, est même allé plus loin, invoquant l’Holocause lorsqu’il a affirmé que les Palestiniens des Territoires occupés veulent que leur futur Etat soit « judenrein » [1] et que le Comité de suivi des Arabes d’Israël, auteur du document, a choisi délibérément de le faire paraître au moment où Israël était « faible et soumis à des attaques ».

Ce qui manque dans cette paranoïa c’est qu’il n’y a pas la moindre reconnaissance de l’histoire palestinienne. L’establishment juif ferait mieux de s’habituer au fait que les citoyens palestiniens d’Israël, qui avoisinent les 20% de la population, n’accepteront plus d’être mis de côté. Les juifs israéliens doivent reconnaître que ce n’est que lorsque notre version de l’histoire sera enseignée aux enfants juifs de la même façon que la version juive de l’histoire est enseignée dans les écoles arabes, qu’Israël sera en passe de devenir une véritable démocratie. Mettre en évidence les symboles palestiniens n’est pas nier les symboles juifs ; bien au contraire : c’est adresser un message solide et vrai de respect mutuel.

Un Etat basé sur l’appartenance religieuse est archaïque dans le monde d’aujourd’hui. Lorsqu’un Etat n’accorde les droits démocratiques qu’à une partie de ses citoyens, il n’est pas démocratique. J’espère que l’Israël juif verra ce document non pas comme une menace, mais comme une opportunité de rectifier les erreurs du passé afin d’avancer vers l’avenir. « La seule démocratie du Moyen-Orient » résonne bien mieux que « la seule démocratie pour les juifs au Moyen-Orient ». La balle est maintenant dans leur camp.

[1] Référence à la doctrine nazie d’un Etat dépourvu de juifs.

Amal Helow est originaire du village de Rama près de Saint-Jean d’Acre.

© bitterlemons.org - 29 janvier 2007 Traduction de l’anglais : Dominique Vincent

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