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Démanteler la tyrannie de la majorité
publié le samedi 25 août 2007 Tribune de As’ad Ghanem Shawki Khatib est à la tête du Comité supérieur de suivi des Arabes d’Israël, leur institution représentative la plus élevée et celle qui dispose de la plus grande autorité, et du Comité national des dirigeants des conseils locaux arabes. Il a récemment publié « Vision d’avenir des Palestiniens d’Israël », un document qui a suscité l’intérêt national et international et provoqué un large éventail de réponses à travers le spectre politique des juifs, des arabes et des autres. Je crois que ce document peut être qualifié d’événement historique dans les annales des Palestiniens d’Israël ainsi que dans celles de leurs relations avec la majorité et les institutions juives. C’est la première fois qu’un organisme national représentatif des Palestiniens d’Israël prépare et publie un document fondamental qui décrit à la fois leur situation existante et les changements qu’ils estiment nécessaires dans leurs relations avec la majorité juive, la situation légale, la terre, les problèmes sociaux et économiques, le statut des institutions civiles et politiques, etc. Le document a été écrit par des militants de toutes les tendances politiques existant parmi les Palestiniens d’Israël (y compris certains qui se sont ensuite opposés aux positions adoptées). Il présente les réalisations nécessaires à la définition de la future relation entre la majorité et la minorité à l’intérieur de l’Etat d’Israël.
De mon point de vue, le document est basé sur trois principes théoriques qui constituent les bases du développement humain social, politique et culturel depuis au moins deux siècles. Le premier est le principe du respect des droits humains : le document aborde les droits fondamentaux des Palestiniens en Israël en tant qu’êtres humains, droit au développement socio-économique, droits des femmes et de l’enfant, droit à vivre sans violence, etc. et réclame leur mise en oeuvre. Le second principe invoque l’égalité civile : le droit démocratique à l’égalité devant la loi et la demande de l’annulation des lois, des structures et des symboles qui aliènent les citoyens palestiniens d’Israël et assurent la supériorité des citoyens juifs. Et le troisième principe est celui du droit des communautés à l’auto-détermination, y compris le droit d’autonomie en ce qui concerne des domaines spécifiques de la vie tel que le droit d’assurer leur propre éducation ainsi que les affaires culturelles et religieuses. Afin de rendre effectifs ces principes de base, les auteurs du document réclament l’établissement en Israël d’un autre système que le système libéral existant, automatiquement exploité par la majorité juive et qui, de ce fait, constitue une « tyrannie de la majorité » dans laquelle, au nom de la démocratie libérale, cette majorité prend des mesures draconiennes contre la minorité palestinienne et ses droits fondamentaux. Jusqu’à présent, les réactions à ce document ne contenaient pas de proposition alternative acceptable concernant l’égalité pour les Palestiniens d’Israël à l’intérieur de l’Etat. La plupart des réponses venant de la majorité juive ont accusé les Palestiniens d’Israël de miner les fondations d’Israël en tant qu’Etat « juif et démocratique ». De fait, ils ignorent totalement les abus continuels du système actuel concernant les droits des citoyens palestiniens d’Israël. Cette réaction, témoin du consensus sioniste, a été exprimée d’une manière significative par le journaliste Tommy Lapid, le professeur de droit Amnon Rubinstein et l’historien Alex Jacobson. Ils manifestent un empressement nationaliste bien connu à ne reconnaître le droit à l’auto-détermination qu’à un seul groupe dans une réalité pluraliste, une exigence ancrée dans le nationalisme exacerbé exprimé au XXème siècle par Franco en Espagne, Mussolini en Italie, Saddam Hussein en Iraq et beaucoup d’autres pays et qui, finalement, a conduit à des désastres d’ampleur historique. Ce modèle ignore les compromis établis en Espagne après Franco, en Belgique, au Canada depuis la révolution tranquille ainsi que dans plusieurs autres cas dans lesquels une réalité pluraliste a facilité l’adoption de solutions fondées sur la reconnaissance mutuelle et le droit à l’auto-détermination et à l’autonomie pour plus d’un groupe national ou ethnique à l’intérieur d’un même cadre politique. A l’autre extrémité du spectre, parmi les Palestiniens d’Israël, il y a un groupe qui propose une plateforme d’accord différente parmi les Arabes en réfutant la nécessité d’un compromis acceptable par une majorité de citoyens palestiniens tel que proposée dans le document « Vision d’avenir des Palestiniens d’Israël ». Le Mouvement islamique dirigé par Cheikh Raad Salah, une partie du mouvement Fils du village, et certains intellectuels qui n’ont pas participé à la rédaction du document réclament maintenant son annulation ou insistent pour qu’il soit considéré comme « non représentatif », comme si « représentatif » signifiait que chaque parti doive l’accepter plutôt que -ce qui s’est produit- le document soit signé et soutenu par une institution dirigeante, tout en protégeant le droit de ceux qui désapprouvent certains de ses aspects à exprimer leur critique. Le document d’avenir répond à ces deux extrêmes avec une plateforme qui offre une alternative au droit israélien, représenté aujourd’hui par le ministre des Affaires stratégiques, Avigdor Lieberman, et au nationalisme qu’il représente. Je crois que rendre possible une coexistence basée sur l’égalité de droits à l’intérieur d’un Etat démocratique est la seule alternative à l’extrême-droite. Seul un mouvement dans cette direction de la part des cercles israéliens juifs peut tous nous sauver du sort de ces pays qui ont décidé d’employer tous les moyens à leur disposition pour établir la supériorité ethnique d’une communauté sur les autres. Le Dr As’ad Ghanem dirige le
département de philosophie
politique à l’Ecole des Sciences
politiques de l’université de
Haïfa, il est aussi président du
Comité exécutif de l’association
Ibn-Khaldoun. Il a participé activement
à la préparation du document
susnommé.
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