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L’autre côté d’Israël
publié le samedi 25 août 2007 Françoise Leblon - Pour la Palestine n°53 ● Susan Nathan ● L’autre côté d’Israël ● Presses de la Cité ● Paris ● 332 p. ● 20€
Dix octobre 1999, aéroport international Ben Gourion de Tel Aviv. Une femme descend de la passerelle d’un avion. Elle épingle un badge sur son vêtement : « Je suis rentrée à la Maison ». Susan Nathan, Sudafricaine de 56 ans, psychothérapeute de profession, commence une nouvelle vie. L’Agence juive a payé son billet d’avion et lui a fourni un logement ; elle est juive, ce qui lui donne le droit de s’installer en Israël. « Quand j’y débarquai en 1999 pour réclamer la nationalité israélienne, j’avais la tête encore pleine d’idées romantiques sur le sionisme et l’État juif. Les Juifs avaient fait valoir leurs droits sur une terre vide et désolée, une terre sans peuple pour un peuple sans terre (...) Un million d’Arabes - des Palestiniens restés sur leurs terres après la guerre de 1948 (...) partageaient l‘État avec les Juifs, et ils étaient aussi invisibles pour moi qu’ils le sont pour presque tous les Juifs israéliens (...). » « La même odeur d’oppression que dans les townships » Lors d’une hospitalisation, elle découvre que l’Etat d’Israël « n’est pas aussi ethniquement pur qu’on [l’] avait incitée à le croire ». Elle est troublée par la visite d’un colon armé dans l’hôpital, en toute liberté. Puis ses activités bénévoles l’amènent à Tamra, ville arabe israélienne de 25 000 habitants, dans le nordouest du pays. « Quelques minutes avant que [sa] voiture n’entre dans Tamra [elle] sentit qu’[elle] avait pénétré dans un autre Israël. » Tamra surpeuplée, pauvre, opprimée : « Je reconnus les formes de discrimination d’après l’expérience que j’avais eue de l’apartheid en Afrique du Sud (...) Je sentis à Tamra la même odeur d’oppression que dans les townships noires (...) alors je me suis attelée à la longue et difficile tâche de m’informer. » Dans la maison des autres Susan Nathan s’installe à Tamra. Si la famille à laquelle elle loue un appartement devient sa famille, elle-même devient objet de suspicion et de rejet de la part de ses amis israéliens juifs. Ainsi peu à peu va-t-elle effectuer une douloureuse prise de conscience, qu’elle nous invite à partager : Israël, son Etat d’adoption, pratique un racisme qui n’a rien à envier au régime d’apartheid sudafricain qu’elle connaît bien, et la plupart de ses concitoyens -y compris de gauche, qu’elle étrille au passage- sont incapables d’avoir un regard lucide sur leur société. Comme on dévide une pelote, elle va peu à peu faire émerger à ses propres yeux - et aux nôtres- cette véritable nature de l’Etat israélien. Au fil des rencontres et des liens qu’elle noue, des situations qu’elle observe, la réalité s’impose, allant jusqu’à mettre en cause le fondement même de « l’Etat juif ». Elle conclut : « J’espère que d’autres prendront le même chemin que moi parce qu’il ne peut y avoir de paix véritable, de réconciliation avec les Palestiniens, que si les Israéliens et les Juifs reconnaissent que ce n’était pas leur terre et qu’ils vivent (...) dans la maison de quelqu’un d’autre. » Arabes palestiniens ou Palestiniens d’Israël Dans cet ouvrage, Susan Nathan décrit une réalité peu connue, voire délibérément ignorée : un cinquième de la population israélienne vit spoliée, méprisée, discriminée, dépouillée de ses droits élémentaires. Tout ce qui fait qu’Israël n’est une démocratie que pour une partie de sa population, c’est-à-dire, en réalité, une ethnocratie. La population palestinienne d’Israël, suspectée d’accointance avec « l’ennemi », est perçue comme un danger politique, démographique et ethnique. Elle est donc traitée comme un ennemi de l’intérieur. Ceux que les Israéliens préfèrent nommer « Arabes israéliens » se voient refuser le droit à vivre dignement sur cette terre qui est la leur. Pourquoi un tel regard ? Que ces Palestiniens d’Israël se définissent comme tels serait-il si dérangeant ? Le Dr Manna rencontré par l’auteure répond pour sa part qu’être nommés ou se qualifier d’« Arabes israéliens » gomme toute référence à l’histoire du pays, comme dans un oubli des racines, celles d’avant 1948. Et de mettre en lumière une contradiction pleine de sens ( p.133) : « Et si Juifs et Arabes sont persuadés que l’histoire du pays ne commence qu’en 1948, les Arabes israéliens ne sont que des invités qu’on peut soit intégrer dans le projet sioniste, soit expulser. Mais en même temps, en une sorte de contradiction, la majorité des Juifs pensent que les Arabes ne doivent pas se considérer comme des Israéliens à part entière mais comme des citoyens de seconde classe, sans identité ni égalité (...). Vous avez essayé de nous faire oublier que nous sommes Palestiniens, mais au bout d’un moment nous avons découvert notre identité, en particulier parce qu’Israël ne nous en accorde pas d’autre. » |
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