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Contre l’étau colonial, la résistance...
publié le vendredi 24 août 2007 Christiane Gillmann - Pour la Palestine n°53 Selon le dernier
rapport de
l’Observatoire de la
colonisation de La
Paix Maintenant,
468 000 colons
israéliens vivent
illégalement en
territoire palestinien
occupé, au milieu
de 2,5 millions de
Palestiniens. On
compte 200 000
colons autour de
Jérusalem-Est, ou
du moins de ses
frontières de juin
1967, et 268 000
dans le reste de la
Cisjordanie. A Bil’in,
comme dans
d’autres villages de
Cisjordanie, la
résistance populaire
se poursuit.
Le moment ressemble à une coïncidence et l’annonce à une provocation : le 26 décembre 2006, soit à peine quelques jours après la première rencontre, depuis longtemps, entre le président palestinien Mahmoud Abbas et le Premier ministre israélien Ehud Olmert, son collègue à la Défense, Amir Peretz, annonçait qu’il venait d’autoriser la construction de trente logements pour une nouvelle colonie en Cisjordanie occupée. C’est sur un terrain abandonné par l’armée, au lieu-dit « Maskiot » selon la toponymie israélienne et non loin d’une autre colonie du nord de la vallée du Jourdain, que ce nouveau projet était alors censé démarrer, première phase de construction d’une colonie qui devait ensuite compter 100 logements. Mais la provocation ne s’arrête pas là : ces logements sont censés être tous destinés à des colons... évacués de la bande de Gaza. Selon l’actuel ministre israélien de la Défense, il s’agit d’honorer une promesse faite aux colons par son prédécesseur, Shaoul Mofaz. Le droit au logement, en quelque sorte. Mais en toute illégalité, dans les territoires palestiniens. Pourtant, le 19 janvier 2007, le ministère israélien de la Défense annonçait le « gel » du projet en question. Comment le lire ? En fait, ce projet Maskiot n’est pas passé inaperçu. Pour la première fois depuis 1992, en effet, les autorités israéliennes annonçaient ainsi non pas seulement l’agrandissement de colonies existantes, mais la construction d’une nouvelle colonie. Pour une fois, les réactions internationales n’ont pas tardé. Dès le 27 décembre, la présidence, alors finlandaise, de l’Union européenne manifestait sa « profonde préoccupation », soulignant que « de telles actions sont non seulement unilatérales mais illégales au regard du droit international ». Au même moment, le gouvernement américain lui-même se disait contrarié, tandis que le porte-parole du Département d’Etat rappelait que « la création d’une nouvelle colonie ou l’extension d’une colonie existante contreviendrait aux obligations assumées par Israël dans le cadre de la Feuille de Route ». Ces vives réactions internationales n’ont au demeurant pas empêché le gouvernement israélien d’annoncer le 15 janvier 2007, alors que Condoleezza Rice rendait visite à Ehud Olmert, un appel d’offre pour la construction de quarante-quatre logements dans la colonie de Maale Adumim, la plus grosse des colonies israéliennes qui, de par sa situation à l’Est de Jérusalem, est au coeur de l’opération de morcellement total de la Cisjordanie. Aussi, ces pas en avant suivis d’un pas en arrière, tous très annoncés, ressemblent fort à une opération de communication consistant à exhiber quelques arbres pour mieux cacher la forêt. La forêt, c’est la colonisation de la Cisjordanie qui, comme on pouvait s’y attendre, n’a rien perdu de sa vigueur après le retrait israélien unilatéral de la bande de Gaza en août 2005, bien au contraire. L’été dernier, tandis que les médias étaient tournés vers le Liban et le déluge de feu qu’il était en train de subir, les habitants des colonies dites « sauvages » -c’est-à-dire non encore autorisées par les autorités d’occupation elles-mêmes - n’ont pas chômé, comme l’a relevé La Paix Maintenant et notamment Dror Etkes, fondateur voici quinze ans et directeur de l’Observatoire de la Colonisation de ce mouvement pacifiste israélien, qui observe activement l’avancée de la colonisation en Cisjordanie.
468 000 colons israéliens Du dernier rapport de l’Observatoire de la colonisation, il ressort qu’aujourd’hui 468 000 colons israéliens vivent au milieu de 2,5 millions de Palestiniens, 200 000 autour de Jérusalem-Est, ou du moins des frontières qu’elle avait en juin 1967, et 268 000 dans le reste de la Cisjordanie. Ce sont 20 grosses colonies qui entourent Jérusalem, tandis que 121 autres sont réparties à peu près partout en Cisjordanie, trois d’entre elles dépassant 30 000 habitants : Maale Adumim, à l’est de Jérusalem, Modi’in Illit au nord-ouest, dans le gouvernorat de Ramallah, et Betar Illit à l’ouest de Bethléhem. Si le bâti de ces colonies grandes et petites occupe quelque 6% de l’espace cisjordanien, avec tout le réseau routier qui leur est réservé et le Mur qui entoure maintenant une grande partie d’entre elles, c’est près de 30% de leur espace qui est confisqué aux Palestiniens. Colonies, routes de contournement et Mur se traduisent en outre par une terrible fragmentation du territoire de la Cisjordanie et par l’isolement des zones peuplées les unes par rapport aux autres. A cela s’ajoute le fait que le gouvernement israélien est en train de vider en silence la vallée du Jourdain de ses habitants palestiniens, en expropriant les « absents » et en interdisant à 2000 Palestiniens (figurant sur la « liste des 100 » que dénonce Akiva Eldar, dans un article publié par le quotidien Ha’aretz, le 14 mars 2006) de rendre visite à leurs proches demeurés sur place. Colonies en « croissance naturelle » et trafics douteux Il est difficile de qualifier de « naturelle » la croissance de Betar Illit et de Modi’in Illit dont la population a plus que doublé entre 1999 et 2004, en sorte qu’elles ont maintenant autant d’habitants que Maale Adumim qui fut longtemps la plus grosse colonie de Cisjordanie. Mais, contrairement à la population de cette dernière colonie et de la plupart des autres qui sont constituées de colons idéologiques ou, de plus en plus fréquemment, de cadres moyens appréciant les maisons avec piscine et le beau cadre qu’offrent les collines de Cisjordanie, ce sont uniquement des familles religieuses aux revenus modestes qui vivent à Betar Illit et à Modi’in Illit. La frénésie de construction dont ces deux colonies sont depuis dix ans le théâtre, n’est pas autant qu’ailleurs le fait de colons messianiques soutenus par leurs représentants politiques et une administration militaire complaisante - qui, pour mettre à leur disposition des terrains, a abondamment utilisé, et détourné à leur profit, le procédé de la réquisition pour raisons « de sécurité ». Elle est ici le fruit d’une alliance hétéroclite entre promoteurs immobiliers intéressés par les terrains, entreprises de construction à l’affût de profits et politiciens adeptes du Grand Israël. Tout ce monde a évidemment le soutien de l’Etat qui ferme notamment les yeux sur les procédés douteux utilisés par les promoteurs immobiliers pour se procurer les terrains et sur le fait que des quartiers entiers sortent de terre sans permis de construire. Dans un article publié par Le Monde diplomatique d’août 2006, Gadi Algazi parle de nouveau Far Est du capitalisme israélien pour qualifier les mécanismes du développement exponentiel de la construction, dans les colonies de la Ligne verte, sitôt achevé un pan du Mur qui leur apporte l’espace nécessaire, un espace de surcroît protégé - de quoi attirer promoteurs et entreprises de construction en mal de profits. Tout cela se fait de moins en moins sur des terres « réquisitionnées » par l’armée, mais de plus en plus sur des terres privées très souvent acquises irrégulièrement. Dans deux articles parus dans Ha’aretz en décembre 2005 et janvier 2006, Akiva Eldar avait notamment levé le voile sur le fait que des promoteurs israéliens ne tenaient pas de leur véritable propriétaire des terrains de Bi’lin destinés à l’extension de Matityahou, un faubourg de Modi’in Illit. Ses articles devaient beaucoup aux investigations menées par deux ONG israéliennes, B’tselem et Binkom (« Urbanistes pour les droits humains ») et par l’Observatoire de la colonisation de La Paix Maintenant. Il s’est de surcroît avéré que les immeubles qui poussaient tels des champignons, sur des terrains aussi douteusement acquis, n’avaient pas obtenu les permis de construire correspondants. Aussi La Paix Maintenant s’est-elle associée aux propriétaires spoliés de Bi’lin, pour demander à la Cour suprême d’Israël d’ordonner la suspension des travaux ; ils ont obtenu satisfaction au terme d’une décision rendue le 13 février 2006 qui interdit en outre au promoteur de faire habiter les logements déjà achevés. Mais l’histoire ne s’arrête pas là et ils n’en ont pas fini avec la mafia qui sévit autour de cette fameuse colonie de Mod’in Illit. Le comité du plan de « Judée/Samarie » (ainsi que les autorités israéliennes nomment la Cisjordanie) a délivré le mois dernier un permis de construire à quarantedeux immeubles en projet ou déjà construits entre Modi’in Illit et Matityahou, notamment sur des terres de Bil’in. Ce permis de construire légalise a posteriori les immeubles qui avaient fait l’objet de la décision rendue il y a un an par la Cour suprême. Elle a donc à nouveau été saisie par les habitants de Bil’in et la Paix Maintenant, qui dénoncent la collusion manifeste entre les militaires composant le Comité du Plan et les promoteurs et entrepreneurs s’affairant sur ces terres palestiniennes. Pour résister à la confiscation coloniale de leur terre, et en dépit des soldats israéliens qui les répriment et les provoquent, les habitants de Bil’in mènent une résistance non-violente exemplaire. Si le village est devenu un symbole, la résistance s’organise de même sur d’autres terres également menacées ou confisquées. De plus en plus d’anti-colonialistes israéliens et d’étrangers solidaires participent à la manifestation hebdomadaire de Bil’in contre le Mur et contre les colons qui leur volent leurs terres. Cette résistance se popularise et reçoit le soutien de nombreuses associations et d’organismes de solidarité de par le monde, laïques mais aussi religieux, parmi lesquels le Conseil oecuménique des églises qui regroupe à l’échelon mondial la majorité des protestants et l’ensemble des orthodoxes. Des volontaires de toutes nationalités viennent par dizaines en son nom, sur place, et y demeurent au moins trois mois au côté de la population palestinienne. Cette année, alors que près de 60% des terres du village ont été annexées, c’est en solidarité avec leurs habitants et leur résistance qu’aura lieu du 18 au 20 avril, la deuxième conférence annuelle à Bil’in. Une solidarité citoyenne, qui appelle aussi la communauté internationale à réagir, à protéger la population palestinienne, à mettre en oeuvre l’avis de la Cour internationale de Justice contre le Mur et à se conformer à la Quatrième Convention de Genève : sauvages ou non, les colonies israéliennes sont bel et bien illégales. |
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