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"Partie de campagne" version Palestine
publié le jeudi 23 août 2007 Monique Etienne, Pour la Palestine n°53 Jour de cueillette à Tell. Sous les
frondaisons des oliviers centenaires,
Jehad et Abdelamid préparent
le pique-nique. « Partie de campagne
» version palestinienne où l’on
se prend à rêver à des flâneries vagabondes
dans ces paysages idylliques en
compagnie de gens qui manient l’humour
pour rire de leur malheur.
La Palestine est surréaliste ; tout continue à se faire : la cueillette, les programmes de développement, les plans de formation, la rénovation des moulins, alors que l’économie est au bord de l’effondrement, l’Autorité nationale exsangue et l’unité nationale malmenée. Demeure, chevillée au corps, cette volonté tenace des agriculteurs de parier sur l’avenir en s’impliquant totalement dans ce projet de construction de la filière oléicole, bien qu’ils soient conscients qu’au rythme où Israël construit le mur et étend les colonies, le territoire accessible se rétrécit sans cesse. Audelà de l’apport économique réel auquel l’AFPS contribue avec ce projet de développement d’une huile de qualité, l’espoir et la joie qu’il suscite est une réussite. Un vrai travail collectif Dans les coopératives, nous mesurons cette année l’apport du travail collectif. A Mazare’an Nubani, dans la région de Ramallah, la coopérative qui, en deux années d’existence, est passée de trente à cinquante membres, organise la trituration collective des olives. Une vraie révolution culturelle qui a nécessité beaucoup de force de persuasion et la confiance née de l’expérimentation des actions pilotes menées depuis trois ans. Celle-ci permet, en mettant en commun les petites quantités récoltées par chaque oléiculteur, de presser les olives le jour même de la cueillette au lieu d’attendre plusieurs jours avant d’en ramasser une quantité suffisante, au risque d’une fermentation du produit. Dès 15h, Mahmoud, le président de la coopérative qui a suivi les formations de techniciens proposées par le PFU, accueille les oléiculteurs au local de la coopérative. Le plus souvent à cheval, ceux-ci apportent les olives qu’ils ont récoltées sur leurs terres très accidentées dans des sacs de jute qu’ils transfèrent dans les caissettes ajourées. Les olives sont inspectées afin de s’assurer de leur qualité, puis pesées et les données sont inscrites immédiatement dans un fichier informatique. A 17h, toutes les caissettes sont chargées sur un tracteur qui appartient à la coopérative et transportées au moulin privé du village voisin d’Arura afin d’y être pressées. Le chauffeur et un manutentionnaire sont payés par la coopérative. Au moulin règne l’effervescence des grands jours. Cette année, la production est énorme. Les sacs s’entassent, débordant les possibilités d’accueil. Les caissettes de la coopérative sont groupées dans un coin en attendant leur tour. Le contrat passé avec le moulin spécifie que le pressoir doit être nettoyé au kärcher avant la trituration collective. Mahmoud, accompagné, à tour de rôle, d’un autre coopérateur, surveille le bon déroulement des opérations. L’huile est ensuite transvasée directement du moulin dans un tank en inox attelé au tracteur puis transportée immédiatement au lieu de stockage de la coopérative où se trouvent les cuves en inox. Des échantillons sont prélevés quotidiennement. Seule l’huile dont le taux d’acidité est satisfaisant sera stockée. La quantité pressée est immédiatement inscrite et informatisée le soir même. Chaque semaine, le producteur reçoit le tableau personnalisé de la quantité d’olives qu’il a livrées, du rendement en huile, du volume qui lui revient, une fois déduites la part du moulin et l’évaluation des pertes (environ 1,5%). Une huile primée par le premier jury officiel de dégustation Le travail de cette coopérative est exemplaire au point que l’huile de Mazare a remporté les suffrages du premier jury officiel palestinien de dégustation qui a tenu sa première session les 15 et 16 novembre 2006, en présence de Jean- Marie Baldassari, l’expert oléicole des Alpes de Haute-Provence qui a formé ses membres à l’analyse sensorielle. Cette distinction suscite une véritable émulation entre les coopératives et, en facilitant la vente rapide de leur huile, elle incite d’autres producteurs à rejoindre la coopérative.
Bien sûr les quinze coopératives soutenues par le PFU -grâce notamment à l’aide apportée par l’AFPS- n’avancent pas toutes au même rythme. Beaucoup d’oléiculteurs ne sont pas encore convaincus de la nécessité de travailler ensemble, craignant d’y perdre en mélangeant leurs olives...« Tant qu’ils raisonneront en termes de quantité, ils ne seront pas convaincus du bénéfice de travailler collectivement » nous explique Jehad, un des responsables du PFU. « Si nous privilégions la qualité, nous savons qu’il faut réduire le temps de pressage et augmenter nos capacités de stockage pour mieux répartir le produit d’une année sur l’autre, donc nous sommes contraints de travailler ensemble. Regardez un char, il avance grâce à ses chaînes... » Trois niveaux différents Thomas Cazalis qui, au sein du PFU, coordonne le projet, distingue trois groupes. Le premier regroupe les cinq coopératives les plus récentes (Mazare, Farkha, Qireh, Joret Amra, Jenin), extrêmement motivées, bien organisées, qui travaillent collectivement. Le deuxième groupe est constitué de six coopératives dynamiques mais plus anciennes, donc plus lentes à réactualiser leur pratique (Saïda, Kufr Thulth, Tell, Deir Istya, Assira Shamaliyye et Qabalan). Le dernier, constitué de quatre coopératives qui ne pratiquent pas la trituration collective ni le stockage en commun, ne répond pas aux exigences d’une filière de qualité. « Nous sommes, nous dit Thomas, à la charnière entre les actions démonstratives des projets pilotes et la consolidation des acquis au sein de chaque coopérative pour leur permettre de s’engager dans la filière, de l’arbre jusqu’à la bouteille, afin d’exister sur les marchés internationaux. » L’enjeu de la commercialisation Car si 2006 est une excellente année, ajoute-t-il, « elle révèle toutefois les faiblesses des coopératives en matière de commercialisation qui se traduisent par un mécontentement des meilleures visà- vis des prix proposés sur le marché y compris par les entreprises de commerce équitable. Le succès du développement de la filière de qualité destinée à l’exportation a conduit également le secteur privé à se positionner sur ce marché, faisant courir le risque aux producteurs de se voir reléguer encore plus au rang de simples fournisseurs. Ayant pris conscience de la nécessité de s’organiser pour peser sur la fixation des prix, il y a urgence à développer les capacités des coopératives à pouvoir produire et commercialiser plus directement leurs huiles. » « Tout cela, rappelle Jehad, à condition qu’il nous reste encore une Palestine. Quand on regarde les implantations israéliennes, ce sont eux les maîtres de la terre. Dans mon village, à Qireh, toutes les terres de la coopérative sont en zone C, sous contrôle israélien. La vraie question que vous devriez poser à Bush ou à Chirac serait : “Montrez-nous sur la carte ce qui reste de la Palestine.” » Monique Etienne |
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