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Des échos qui n’en finissent pas
publié le samedi 23 juin 2007 Samar Al-Gamal et Ahmed Loutfi Juin 1967 . Quatre décennies après la guerre qui engendra l’occupation des territoires arabes, le triomphe militaire d’Israël semble avoir tourné court. L’Etat hébreu n’arrive ni à s’imposer dans la région ni à faire la paix avec ses voisins.
Défaite, guerre de 1967 ou encore des Six jours, la nomination diffère que l’on soit dans le monde arabe ou en Israël, mais les faits restent inchangés, leurs interprétations peut-être pas. 40 ans après le déclenchement de cette guerre « préventive » comme le prétendaient les Israéliens, on s’interroge moins sur les raisons de la défaite ou de la victoire que sur les conséquences d’une guerre qui a marqué durablement la géopolitique de la région. Les résultats immédiats étaient l’occupation du Sinaï, du Golan, de Jérusalem-Est, de la Cisjordanie et de Gaza. En d’autres termes, Israël, le 11 juin, a quadruplé la superficie de son territoire et fait de 3 pays arabes, dont l’Egypte, des Etats partiellement occupés avec tout ce que cela a de poids. Conséquence, le Conseil de sécurité de l’Onu adopte la résolution 242, qui reste toujours lettre morte, réclamant le retrait israélien immédiat des territoires occupés en échange de la cessation de l’état de belligérance. Les opérations militaires prennent fin, mais Israël refuse de renoncer à son projet expansionniste. Ainsi cette guerre marque-t-elle le début d’une véritable entreprise coloniale. Dix mois après, le mouvement extrémiste sioniste Goush Emounim (le bloc de la foi) installe la première colonie juive en Cisjordanie. Processus qui s’est poursuivi jusqu’à nos jours. Aujourd’hui, selon l’Observatoire de la colonisation, 468 000 colons israéliens, dont 200 000 autour de Jérusalem-Est, vivent en Cisjordanie, occupant avec leur route et le Mur de séparation 30 % de la Cisjordanie. Paradoxe : ces colonies construites en violation du droit international sont complètement occultées par la communauté internationale et ses médias, alors qu’un démantèlement d’une seule colonie ne manque pas de faire la une un peu partout, comme preuve d’une volonté israélienne en faveur de la paix. Autre résultat aussi flagrant était cette expulsion de 200 000 Palestiniens. L’historien israélien Benny Morris regrette à cet égard qu’Israël n’ait pas fini le travail en 1948 en expulsant la totalité des Palestiniens. Les 1 500 pages d’archives sur cette guerre révélées par le gouvernement israélien à l’occasion des 40 ans de la guerre, dévoilent, entre autres, que Levy Ashkol, premier ministre de l’époque, avait proposé le transfert de 100 000 Palestiniens en Iraq en arguant que l’Etat hébreu avait, en contrepartie, accueilli 100 000 juifs iraqiens. De plus, les Israéliens n’ont pas manqué de s’offrir à l’exemple des conquérants barbares une destruction, et ce fut d’abord le quartier des Maghrébins à Jérusalem-Est. Dans l’euphorie de la victoire, il y avait un certain appétit de conquérir le plus de terres. Tom Segev, historien et chroniqueur au quotidien Haaretz, dit dans une interview publiée par le quotidien français Le Monde : « Depuis, Israël n’a jamais voulu la paix sans chercher à préserver une partie des territoires (...) Depuis ce jour, Israël est allé d’erreur en erreur s’enfonçant dans l’impasse ». Ainsi, si l’on peut dire que l’appétit vient en mangeant, une indigestion peut s’ensuivre à coup sûr. En remportant une guerre aussi facile, ce fut le piège pour Israël. Chaque jour qui passe, son projet de Grand Israël se voit vouer à l’échec, en dépit de la phrase de Moshe Dayan : « Nous sommes revenus en nos lieux les plus sacrés », et les Israéliens éprouvent des difficultés à se retirer des territoires occupés. On se demande d’ailleurs s’ils veulent se retirer et en même temps s’ils peuvent ne pas se retirer. La quadrature du cercle et aussi le complexe de l’Etat colonialiste hanté par les « indigènes ». Israël s’est-il creusé son propre piège ? La théorie selon laquelle la guerre était née d’une poursuite d’une agression arabe à laquelle Israël devait répondre n’est plus de mise. Ytzhak Rabin, alors chef d’état-major israélien a plus tard déclaré : « Je ne pense pas que Nasser voulait la guerre ». Les Israéliens qui se disaient combattre pour leur survie ne le faisaient pas face aux Arabes mais souvent à eux-mêmes. Il y avait une sorte de coup de force des militaires israéliens. Les généraux voulaient à tout prix partir en guerre. pensaient-ils que l’occupation serait temporaire ou éternelle ? Un dilemme jusqu’à présent resté irrésolu. Ce dilemme se manifeste dans une lettre écrite plus tard par Ytzhac Rabin. « Les jours qui séparèrent le 23 mai du 5 juin 1967 furent parmi les plus éprouvants de ma vie. (...) Et je vous passe la hantise grandissant chaque jour de voir Nasser prendre l’initiative d’une offensive générale ». Côté des Arabes, la situation n’est pas moins complexe. Ce fiasco de 67 embarrassa les régimes et les peuples arabes. Une sorte de débâcle similaire à la militaire a lieu au sein des différentes sociétés arabes. Mais il serait très réducteur d’expliquer cet état de choses par la simple défaite. En fait, le monde arabe profondément divisé entre régimes dits progressistes et finalement militaires, et autres dits réactionnaires, cherchait une unité de façade. Le slogan mobilisateur était la Palestine. Pour de nombreux Arabes, l’Egypte devait être le fer de lance de cette entreprise. Elle devait confirmer son rôle de leader de la nation arabe. Nasser à qui l’on pourrait appliquer le terme hugolien « je suis une force qui va » fut donc entraîné dans une bataille dont il n’avait pas choisi la date. On se souvient d’une conférence de presse qu’il a tenue au beau milieu de la crise avant le déclenchement de la guerre, et où il avait parlé de « libération de la Palestine comme objectif ». Et quand le journaliste lui a demandé c’était pour quand cette libération, il a répondu après avoir hésité : « Cent ans peut-être ». Henry Laurens, professeur au Collège de France, relève : « Ce qui est sûr, c’est que Nasser a mal calculé. Aujourd’hui, on a l’impression que la guerre de 1967 a été une guerre par inadvertance accidentelle, et non une guerre planifiée de longue date ». Une chose dont la conséquence a été pour l’Egypte d’éviter d’être instrumentalisée de la sorte. De 1948 à 1967, ce sont trois guerres subies par l’Egypte contre Israël et l’Occident. En préparant la guerre de 1973 sous le slogan « Ce qui a été pris par la force ne peut être restitué que par la force », il envisageait déjà la dernière des guerres. Le souvenir de la guerre reste vivant à deux niveaux : celui de la diplomatie égyptienne qui reconnaît Israël et pense à un règlement politique et celui des souvenirs atroces qui remontent à la surface, à l’exemple de l’affaire des prisonniers. L’Ordre égyptien des avocats a organisé, à l’occasion des 40 ans de 1967, un procès symbolique où il a condamné à mort Ben Eliezer, le général dont l’escadron de la mort a massacré les prisonniers égyptiens de 1967. C’est dire que 40 ans après, ce jeu d’équilibriste se poursuit pour les uns et pour les autres. Israël a conquis des territoires qu’il maintient, mais sans savoir vivre en sécurité, ni parvenir à une solution. La communauté internationale, elle, par son silence et son inactivité semble complice d’une occupation israélienne. |
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