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La fin d’un consensus
publié le mardi 27 mars 2007

T. Hocine
 
La question palestinienne connaît ces jours-ci des moments importants qui peuvent s’avérer déterminants en ce sens que nous assistons à un vrai débat, avec de vraies contradictions portées par des pays qui refusent que d’autres parlent en leur nom.

Leur refus s’adresse autant au Secrétaire général de l’ONU qui a cru bon de blâmer le gouvernement palestinien et choisir ses interlocuteurs lors de son passage dans les territoires occupés [1], qu’à l’Union européenne (UE) alignée sur les positions israéliennes, même si cela se passe dans le cadre du Quartette (avec l’ONU, les Etats-Unis et la Russie). C’est donc la fin d’un consensus qui ciblait les Palestiniens et eux uniquement, avec la montée au créneau de la Norvège, de l’Autriche et de la Suède qui refusent de se joindre au boycott imposé au gouvernement palestinien.

Chacun de ces trois pays y est allé avec ses arguments pour récuser des thèses, et battre en brèche un embargo aussi injuste qu’inhumain. En ce sens, le ministre suédois des Affaires étrangères, Carl Bildt, qui a rencontré dimanche des membres du nouveau gouvernement palestinien d’union lors d’une visite dans les territoires palestiniens et en Israël, a qualifié ce gouvernement de « pas en avant significatif » au risque de se voir déclarer persona non grata comme l’a été un ministre norvégien après son entretien la semaine dernière avec un ministre palestinien. « Le nouveau gouvernement palestinien d’union représente un pas en avant significatif », a-t-il déclaré samedi soir à l’issue d’une rencontre d’une demi-heure avec le président palestinien Mahmoud Abbas et le ministre des Affaires étrangères Ziad Abou Amr (indépendant) au premier jour de sa visite. « C’est une avancée vers le respect complet des principes du Quartette et nous apprécions les progrès qui ont été accomplis », a-t-il ajouté.

En d’autres termes, la Suède tout comme l’Autriche et la Norvège -qui n’est pas membre de l’UE - refusent de s’associer à cette classification du Hamas comme organisation terroriste, et aux implications décidées en son nom. Le Quartette exige la reconnaissance d’Israël et des accords passés avec l’Etat hébreu et la renonciation à la violence comme conditions à la levée du boycottage politique et financier imposé depuis l’an dernier contre le précédent gouvernement dirigé par le Hamas.

Ce qui explique, par ailleurs, cette montée au créneau du Premier ministre israélien qui a été le même jour plus loin que le Quartette en s’attaquant cette fois au président de l’Autorité palestinienne. « Le chef de l’Autorité palestinienne a violé de façon flagrante une série d’engagements vis-à-vis d’Israël, en particulier celui de ne pas former un gouvernement d’union nationale (avec le Hamas, ndlr) avant la libération de Gilad Shalit », le soldat israélien enlevé fin juin par des groupes armés palestiniens, a déclaré M. Olmert.

Le gouvernement d’union Hamas-Fatah a été formé la semaine dernière. « La plateforme du gouvernement d’union, la légitimité conférée à la résistance armée, la violation des engagements du président, tout ceci ne va pas rendre les contacts aisés à l’avenir », a prévenu le Premier ministre. C’est ce qu’on appelle le sens de l’anticipation, même s’il est abordé de manière grossière, car il ne fait aucun doute qu’Israël, soutenu par le Quartette - à l’exception de la Russie qui avait reçu une délégation du premier gouvernement palestinien constitué par le Hamas, et Khaled Mechaâl, le leader de ce dernier - ne peut plus continuer dans cette voie.

Le consensus s’effrite, et il avait besoin de sortir autre chose. Olmert vient de le faire en se mettant dans la peau de la victime.

[1] voir el Watan encore : Les omissions de M. Ban Ki-moon

L’intense activité politique et les déclarations des différentes personnalités de haut rang, de différentes nationalités, qui ont visité les territoires depuis la mise en place du cabinet d’union nationale, ne semblent pas intéresser les Palestiniens.

D’un côté, ces derniers sont tellement habitués à entendre des promesses jusque-là sans lendemain, d’un autre, ils sont tellement pris par des préoccupations quotidiennes, simples mais liées à la simple survie. Eux qui espéraient que le nouveau gouvernement allait mettre fin à leurs déboires et permettre la levée de l’embargo se rendent compte que les choses ne sont pas aussi simples.

Lors d’une brève visite au camp de réfugiés de Ayda près de la ville de Bethléem en Cisjordanie occupée, Ban Ki-moon, le Secrétaire général des Nations unies, dont c’est la première visite dans la région, représentant de la plus haute instance mondiale, a vu de ses yeux le mur de séparation construit par Israël en plein territoire palestinien. Comme tant d’autres responsables, il a déclaré que le mur était une source de souffrances pour les Palestiniens. Pour le représentant onusien, le projet israélien en cours de construction prive les Palestiniens de l’accès « à des services essentiels touchant à l’éducation et à la santé » notamment. « Il est très triste et tragique de voir tant de personnes souffrant du fait de la construction de ces murailles », a déclaré le Secrétaire général des Nations unies. « Je (...) renforcerai ma volonté, mon attachement à œuvrer pour la paix au Proche-Orient », a confié M. Ban aux journalistes avant son entrevue avec le président de l’Autorité palestinienne.

Mais personne n’a entendu le représentant des Nations unies déclarer que l’Etat d’Israël est une force occupante, que les territoires doivent êtres libérés, que la construction du mur est une grave atteinte à la légitimité internationale, jamais respectée par l’Etat juif.

C’est de là que provient la lassitude des Palestiniens.

Quant à la secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice, qui n’a d’égal dans le nombre de visites dans la région au Proche-Orient que M. Kissinger, l’ancien chef de la diplomatie américaine, elle a rencontré dimanche à Ramallah le président Abbas.

Mme Rice était arrivée dans la journée en Israël et dans les territoires palestiniens, deuxième étape de sa nouvelle tournée au Proche-Orient visant à relancer le processus de paix. « L’important est d’entamer la discussion. Je suis venue ici quatre fois en l’espace de quatre mois mais ce conflit remonte à des décennies », a-t-elle souligné, laissant entendre qu’il fallait s’armer de patience pour le résoudre.

En fait, pour cette visite, la secrétaire d’Etat américaine n’a rien de concret à proposer aux Palestiniens, sauf l’exigence de plus de concessions au bénéfice de l’Etat hébreu.

Condoleezza Rice, qui effectue cette visite à quelques jours du sommet arabe prévu à Riyad en Arabie Saoudite, désire pousser les pays arabes à nouer des relations directes avec l’Etat hébreu avant même la concrétisation d’une solution du conflit.

La réunion de Riyad devrait permettre de donner un nouveau souffle à l’initiative de paix arabe, adoptée en 2002. Israël, qui l’avait rejetée à l’époque, se dit aujourd’hui prêt à en discuter à condition d’y apporter des modifications. Ce plan prévoit une normalisation arabe avec Israël, en échange du retrait israélien des territoires arabes occupés depuis 1967, de la création d’un Etat palestinien et du règlement de la question des réfugiés palestiniens.

Sauf qu’Israël veut que cette résolution soit réécrite pour la vider de sa substance. http://www.elwatan.com/spip.php ?page=article&id_article=64202 Fares Chahine

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