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Bil’in, Un manifestant de l’AFPS blessé
publié le jeudi 15 mars 2007 Christiane Gillmann, pour la Palestine n°52 Chaque vendredi depuis février 2005, Palestiniens, Israéliens,
anticolonialistes et militants internationaux manifestent dans la
petite ville de Bil’in, pour protester contre la construction du mur
d’annexion et d’apartheid. Le 3 novembre dernier, José Gendrot,
militant rennais de l’AFPS, y était blessé par balle. Il raconte.
Le 3 novembre dans l’après-midi, des militants de l’AFPS apprenaient qu’un des leurs venait d’être blessé par balle réelle lors de la 87e de ces manifestations non-violentes de Bil’in qui ont commencé fin février 2005. José Gendrot et sa compagne Paulette étaient arrivés la semaine précédente à Halhul où ils comptaient demeurer trois semaines, le temps de la cueillette des olives. Halhul est une bourgade agricole au nord d’Hébron, menacée d’être prise en tenaille par deux colonies israéliennes particulièrement expansionnistes. Le groupe rennais y envoie depuis plusieurs années des volontaires au moment de la cueillette des olives ; il s’agit de protéger les paysans face aux colons agressifs, afin de leur permettre de récolter leurs olives, et d’affirmer leur présence sur leurs terres pour leur éviter de devenir des « terres abandonnées » selon la loi israélienne. Le 3 novembre, José, sa compagne et d’autres militants sont partis de Halhul pour participer à la manifestation de Bil’in, en accord avec le Comité de défense de la terre d’Hébron - le partenaire local de l’AFPS. PLP : Comment les choses se sont déroulées à Bil’in ce vendredi 3 novembre ? José Gendrot : Nous étions dix membres du groupe rennais basés à Halhul à avoir pris alors le chemin de Bil’in. Lorsque nous sommes arrivés, il y avait déjà une vingtaine d’Israéliens, une quarantaine d’Occidentaux (Américains, Français, Belges notamment) parmi lesquels plusieurs membres du Conseil Oecuménique des Eglises [1]. Avec les Palestiniens, nous étions à peu près cent. Des membres du Comité populaire de Bil’in nous ont donné un certain nombre de consignes et rappelé le caractère pacifique de la manifestation ; puis le cortège s’est mis en branle. Comme nous nous approchons du premier obstacle - des rouleaux de fil de fer barbelé - les grenades lacrymogènes se mettent à pleuvoir. Certains s’arrêtent, aveuglés par les larmes ou asphyxiés, d’autres continuent à avancer, parviennent à se glisser sous les barbelés et à s’approcher des soldats israéliens. Ces derniers interrompent leurs tirs de gaz lacrymogènes pour ne pas en être eux-mêmes victimes. Un sit-in plus ou moins houleux se met en place, ponctué de slogans : plusieurs manifestants tentent de dialoguer en hébreu ou en anglais avec les soldats, sans grand succès. La coordination et la cohésion des manifestants étant excellente, aucune interpellation n’est à déplorer. Mais des grenades assourdissantes sont lancées en direction des manifestants demeurés en arrière. Au bout d’une demi-heure, les manifestants qui font face aux soldats conviennent avec eux qu’ils vont à nouveau franchir les rouleaux de barbelé ; tout le monde se dirige vers un point de ces barbelés où les soldats ouvrent un passage. Mais tout va se gâter très vite, une fois la manifestation terminée. Alors que nous nous rapprochons du village, des coups de feu se font entendre de temps à autre. S’agit-il de tirs de gaz lacrymogènes ou de balles en caoutchouc ? Les organisateurs de la manifestation nous demandent de rester groupés pour notre sécurité, tout en nous invitant à placer derrière nous, sur la route, de grosses pierres destinées à ralentir les véhicules militaires israéliens. Le groupe dans lequel je me trouve aborde le village lorsqu’un organisateur nous invite à nous abriter dans une des premières maisons ; une jeep, qui tourne autour d’un pâté de maisons vingt mètres plus loin, reçoit des volées de pierres et répond par des tirs nourris. La maison dans laquelle nous entrons abrite déjà une dizaine de personnes, en plus de la famille affolée ; le père et la mère prient et nous pensons qu’un de leurs enfants est dehors. Subitement la jeep manoeuvre bruyamment et se colle à la porte de la maison, tout en tirant en direction des jeunes ; puis elle repart à leur poursuite, en laissant sur place des douilles qui ne correspondent pas à des balles en caoutchouc. Tout le monde sort, d’autres prennent des photos, dont moi. La jeep en a rejoint une autre, 50m plus loin, et les tirs continuent de plus belle. Je ressens tout d’un coup une vive douleur au poignet d’où le sang se met à gicler. Trois Palestiniens, dont un membre du Croissant rouge, m’entraînent alors vers une ambulance qui prend la route de Ramallah. Une jeune femme israélienne et son ami m’accompagneront jusqu’à l’hôpital. PLP : Comment cela s’est-il passé à l’hôpital de Ramallah ? J.G. : On me fait une piqûre antitétanique et une piqûre antidouleur, ainsi qu’une radio qui montre une fracture du radius. Et on m’apprend que j’ai été touché par une balle réelle qui est entrée dans mon poignet et est ressortie 15 cm plus loin, à la hauteur du coude. La position de mon bras à ce moment précis a empêché la balle de prendre un autre chemin... On me pose un demi-plâtre et, le bras en écharpe, je dois revenir trois jours plus tard : mon bras sera alors plâtré pour au moins huit semaines. PLP : Le consulat français de Jérusalem vous a-il aidé ? J. G. : Il m’a effectivement offert son concours, tant économique que diplomatique. Nous sommes convenus qu’ils nous ferait assister ma compagne et moi lors de notre départ de l’aéroport de Tel-Aviv. Nous avons, depuis, entrepris des démarches juridiques et envisageons un procès. Propos recueillis par Christiane Gillmann le 30/11/2006. [1] Le Conseil oecuménique des Eglises rassemble la majorité des églises protestantes ainsi que toutes les églises anglicanes et orthodoxes. Depuis quatre ans, il envoie dans les territoires palestiniens occupés des volontaires de tous les coins de la planète et s’engagent à rester au moins trois mois. |
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