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Après l’Accord de la Mecque
publié le samedi 10 février 2007 Jean Claude Lefort "Si l’Arabie saoudite est saluée pour le rôle qu’elle a joué dans la conclusion de cet accord, on ne peut que regretter que l’Union européenne mais aussi le Quartet n’aient, quant à eux, joué aucun rôle concret, et encore moins actif." Lettre au Ministre français des Affaires étrangères.
Ivry, le 9 février 2007 M. Philippe Douste-Blazy Ministre des Affaires étrangères 37, Quai d’Orsay 75007 Paris Monsieur le Ministre, L’accord conclu à La Mecque entre le Président de l’Autorité palestinienne et les responsables du Hamas, outre la fin possible des luttes fratricides douloureusement insupportables, ouvre la voie à la mise en place d’un gouvernement palestinien d’Union nationale « respectant » les accords passés entre l’OLP et Israël ainsi que les résolutions internationales. Vous avez clairement salué cet accord et vous avez indiqué que la communauté internationale devait « encourager et soutenir » la formation du nouveau gouvernement qui en résultera « afin d’ouvrir la voie à de nouvelles relations de coopération et à la relance du processus de paix ». Je ne peux que prendre acte de vos déclarations tout en notant deux points. Le premier : si l’Arabie saoudite est saluée pour le rôle qu’elle a joué dans la conclusion de cet accord, on ne peut que regretter que l’Union européenne mais aussi le Quartet n’aient, quant à eux, joué aucun rôle concret, et encore moins actif. L’Union s’en est tenue, en cette matière, à une posture faite d’admonestations ou de condamnations de la seule partie palestinienne. L’Union Européenne de manière fermée, ce qui n’est pas synonyme de ferme, a refusé tout dialogue adapté entre les diverses composantes du champ politique palestinien. Et aujourd’hui encore, après la conclusion de cet accord, le Haut représentant de la PESC déclare que l’Union européenne se montre « positivement prudente » tandis que le porte-parole du Président des Etats-Unis se borne à déclarer : « on verra » ! Comme si nous étions face à une mauvaise nouvelle ou bien face à une nouvelle non souhaitée... Il est vrai que le Quartet, qui vient de se réunir pendant deux heures seulement, avait confié à la seule Madame Rice le soin de s’occuper de ce conflit. Monsieur le Ministre : l’heure, pour l’Union européenne, n’est pas à faire la moue. L’heure, pour quiconque veut la paix, est à l’action pour la réussite de celle-ci. Le second : le Conseil Affaires générales et Relations extérieures de l’Union se réunira le 12 février prochain. Il doit procéder à un examen sur le « processus de paix au Proche-Orient, après l’accord intervenu à La Mecque entre le Fatah et le Hamas ». Mais le Conseil ne peut s’en tenir à un « débat » sur ce point ainsi qu’il est annoncé. Il doit prendre des décisions fortes et agir. Agir enfin... Le Conseil doit prendre acte du fait que les trois conditions posées aux seuls Palestiniens sont incluses de facto dans l’accord de La Mecque. Dès lors, non seulement la question de l’aide européenne doit être revisitée en fonction de ces données, mais aussi - et peut être surtout - des signes politiques clairs doivent être envoyés pour une issue politique au conflit le plus vieux qui existe sur la planète : le conflit israélo-palestinien. A cet égard il est à noter que les USA évoquent désormais, de façon très allusive certes, une solution globale. La France déclare vouloir à cette fin la réunion d’une Conférence internationale. Deux autres partenaires européens se prononcent à l’identique. Mais l’Union européenne, en tant que telle, reste silencieuse sur ce point de même qu’elle fait preuve de mutisme devant les manquements graves aux résolutions et accords internationaux perpétrés sans cesse par les autorités israéliennes. Il convient donc que, d’un même mouvement, le Conseil du 12 février prochain appuie résolument la mise en place d’un gouvernement d’Union nationale dans les territoires palestiniens, en ne craignant aucune initiative allant en ce sens, et qu’il pose clairement les bases, en s’en donnant les moyens, d’une Conférence internationale pour et par un accord global au Proche-Orient. Madame Condoleezza Rice doit participer à une réunion tripartite, le 19 février, avec le président palestinien, Mahmoud Abbas, et le Premier ministre israélien, Ehud Olmert. Elle doit connaître la volonté européenne d’aller dans ce sens afin d’éviter toute initiative unilatérale dont certains ont le secret qui seront présents autour de la table avec la secrétaire d’Etat américaine. D’autant que les USA ont indiqué que cette réunion tripartite doit être suivie d’autres, entendu ainsi que l’administration américaine veut conduire et traiter seule ces questions en mettant le Quartet devant le fait accompli - Quartet qui doit de nouveau se réunir à Berlin après cette réunion du 19 février. « Mme Rice n’espère pas régler tous les problèmes et parvenir à la création d’un Etat palestinien avant la fin du mandat du président George W. Bush fin 2008. Mais elle espère en creuser les fondations », vient d’indiquer le porte-parole du Département d’Etat. L’Union européenne n’a de sens que si elle entend jouer tout son rôle au plan international. Cette fois, sur ce sujet et en ces moments, l’heure est décisive pour elle. Son avenir tout comme l’avenir de la paix dans cette partie du monde ont partie liée. L’histoire convoque l’Union européenne. Je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, en l’expression de mes salutations distinguées. Jean-Claude Lefort Député du Val-de-Marne |
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