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Grève générale en Palestine
publié le lundi 18 décembre 2006

Martine Hassoun, Pour la Palestine n°51
 
Le 2 septembre 2006, à l’appel des syndicats des services publics palestiniens, la grande majorité des 154 000 fonctionnaires salariés de l’Autorité palestinienne ont entamé une grève générale illimitée avec, pour unique revendication, le paiement de leurs salaires non versés depuis plus de six mois. A la mi-septembre, à Gaza comme en Cisjordanie, le mouvement était toujours fortement suivi. La rentrée que les enfants attendaient avait été suspendue et les hôpitaux n’assuraient toujours que les soins de première urgence. Une situation qui semblait se détériorer sur le terrain politique dans les jours qui ont suivi... Entretien, début septembre, avec Wajih Al-Ajassa, l’un des principaux animateurs du Centre pour la démocratie et les droits du travail.

Massivement soutenu par une population à bout de force depuis le blocus imposé par Israël et les sanctions décidées par l’Europe et les Etats-Unis au lendemain de la victoire du Hamas aux dernières élections législatives, le mouvement de grève des fonctionnaires a du affronter de vives réactions de la part de l’Autorité palestinienne. Car celle-ci n’a pas hésité à user de la menace ou du coup de force pour tenter de briser la détermination des grévistes. L’affaire est d’importance. Elle rappelle au monde la réalité dans laquelle se débattent des centaines de milliers de familles qui, depuis des mois, tentent de survivre sans salaire aucun, en puisant dans leurs économies, voire en faisant appel à la solidarité [1]. Elle souligne une fois de plus la situation dramatique dans laquelle est plongée la Palestine depuis la signature des accords d’Oslo. En effet, de quelle indépendance les territoires occupés peuvent-ils bien se prévaloir quand toute leur économie est sous tutelle de la puissance occupante ? Qui plus est, quand, du jour au lendemain, les pays donateurs, principaux financiers du marché de l’emploi public et des ONG, peuvent cesser d’apporter leur aide ? Rarement, la Palestine n’a pu constater à ce point les effets dramatiques de sa sujétion. Mais cette grève pose un autre problème  : n’est-elle pas aussi la revanche tant attendue de tous ceux qui ne voulaient pas d’une victoire du Hamas ? Et dans ce cas, quelle autonomie du social sur le politique en Palestine ? Enfin, l’Autorité actuelle dispose-t-elle vraiment d’une marge de manoeuvre pour payer des salaires assurés, il y a six mois encore, par le versement de fonds provenant de donateurs internationaux ?

Tout se passe aujourd’hui comme si ce mouvement lancé au tournant de l’été illustrait comme peu d’autres la logique infernale dans laquelle se débat depuis des années une Palestine toujours occupée, une Palestine interdite de toute politique de développement autonome, dans laquelle la question sociale est restée très longtemps étouffée par la lutte nationale.

Ardent défenseur de ce mouvement de grève, Wajih Al-Ajassa, l’un des principaux animateurs du Centre pour la démocratie et les droits du travail, a répondu, début septembre, aux questions de Pour la Palestine.

PLP : Pourquoi cette grève ? Pensez-vous que l’Autorité a les moyens de verser les salaires que les fonctionnaires réclament ?

Wajih Al-Ajassa : Tout simplement, les salariés de l’Autorité ont le droit de vivre dans la dignité. Ils ne peuvent pas continuer à vivre sans être payés... Qui le pourrait ? Et, faut-il le rappeler, le droit de grève n’est pas seulement un droit reconnu dans le code du travail palestinien, il l’est aussi par toutes les instances internationales. Cela fait des semaines et des mois que cette situation dure. Le problème est que les gens aujourd’hui ont le sentiment que personne ne se soucie de leur situation ; pas plus le gouvernement que la présidence. Les revendications que porte ce mouvement sont connues depuis longtemps, pourquoi n’a-t-on pas cherché à y apporter une solution ? Des millions de dollars sont parvenus en Palestine, pour quel résultat ? Pas un n’est venu combler le manque à gagner que subissent les salariés du secteur public depuis un semestre.

PLP : La situation politique que subit la Palestine aujourd’hui n’explique pas tout, diriez-vous ?

W.A. : Bien sûr, l’occupation et les assassinats continuent sur tout le territoire de la Palestine. Mais que dit le gouvernement aux salariés qui n’ont pas de quoi se nourrir ? Quel projet de sortie de crise a-t-il à leur offrir ? Nous avions besoin d’un gouvernement qui combatte la corruption. Nous en avons un qui agit de la même manière que le précédent. Le Hamas doit comprendre que gouverner n’est pas la même chose que de gérer une mosquée. Et que l’on nous explique pourquoi, alors que l’argent manque, le Hamas a recruté plusieurs milliers de nouveaux employés depuis son accession au pouvoir.

PLP : Cependant, cette grève ne risque-telle pas d’être surtout politique, dirigée contre le Hamas, et ce sans poser les problèmes de fond en matière de développement  ? Qu’en est-il par exemple de la critique nécessaire de la responsabilité des pays occidentaux dans la sujétion du marché du travail palestinien aux donateurs internationaux ?

W.A. : Bien évidemment, la responsabilité de l’Union européenne, des Etats-Unis et des pays arabes dans la situation qui nous est faite est patente. Et nous devons obliger ces pays à assumer toutes les responsabilités qui sont les leurs. Pour cela, d’ailleurs, c’est aussi aux mouvements de solidarité avec la Palestine de jouer leur rôle. Mais, quoi qu’il en soit, nous ne pouvons admettre les appels qui nous sont lancés de faire bloc avec le gouvernement. L’Autorité doit entendre ce que le peuple a à dire et cesser d’affirmer, comme quelques-uns de ses ministres l’ont fait récemment, que les salariés qui se mettraient en grève feraient le jeu de l’occupant.

Propos recueillis par Martine Hassoun

Telex

Depuis plusieurs semaines, des étrangers travaillant sous contrat local en Cisjordanie vivent sous la menace d’une expulsion par Israël. Nombreux en effet sont ceux qui, ces jours derniers, se sont vu refuser le renouvellement de leur visa. Début septembre, l’un d’entre eux n’a pu sortir du centre de rétention de l’aéroport de Ben Gourion que parce que son employeur palestinien a accepté de verser une caution de plusieurs milliers de dollars en attendant le verdict du procès intenté par l’Etat israélien pour travail illégal sur le sol national. « National » : israélien s’entend. L’affaire est grave. Elle l’est autant pour les personnes qui apportent depuis des années leurs compétences en Palestine que pour les Palestiniens euxmêmes. Après avoir fait de Gaza une « zone interdite » pour mieux masquer la réalité de ses crimes, Israël s’apprête-t-il à faire de même avec la Cisjordanie ? Il y a urgence...

[1] Signe des temps, le Hamas s’est doté d’un syndicat. A Naplouse, il se développe à grande vitesse, s’appuyant sur une offre de services hors du commun. Cinq laboratoires d’analyse, cinq centres médicaux et une centaines de médecins, par exemple, sont à la disposition des adhérents qui peuvent s’y adresser en cas de besoin contre la modique cotisation de 25 shekels par an. Pour ceux qui voudraient aller voir ailleurs, le syndicat du Hamas rembourse aussi les soins dans le secteur privé (jusqu’à 50% des frais engagés.)

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