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Au bord du gouffre
publié le dimanche 17 décembre 2006

Miftah
 
Les dernières 24 heures ont probablement mis en évidence les pires craintes des Palestiniens. La volatilité de l’antagonisme factionnel entre le Fatah et le Hamas a atteint des niveaux record

lors d’une attaque contre le convoi du Premier ministre palestinien Isma’il Haniyyeh , du Hamas, alors qu’il quittait le point de passage de Rafah [1]. Un jour avant le discours attendu du Président Abbas au peuple palestinien, dans lequel on s’attend à ce qu’il définisse les mesures décisives à propos du gouvernement d’union nationale et une stratégie de sortie de la crise politique et du chaos économique actuels, cette attaque menace de provoquer une vague de violence politique dans les territoires occupés qu’aucun des deux groupes ne pourra plus contrôler si elle prend de l’essor.

Lors de l’attaque au point de passage de Rafah la nuit dernière un des gardes du corps de Hanniyeh a été tué, son aide, son fils et 20 passants ont été blessés, et toute la population de Cisjordanie et de la Bande de Gaza vit dans la peur et la confusion. Peur de ce que pourrait être un avenir dominé par les luttes internes et confusion devant l’incapacité de la direction palestinienne (le Fatah et le Hamas entre autres) à transcender les rivalités factionnelles et à proposer des solutions viables à un conflit qui détruit le tissu même de la société palestinienne, au point de préparer le terrain à une guerre civile.

La dernière cible dans ce combat inter- palestinien est du plus haut niveau à la fois au Hamas et dans l’Autorité palestinienne [2] ; de plus la dernière explosion de violence est due aux allégations du Hamas que l’auteur de l’attaque est un loyaliste du Fatah, ancien Ministre de l’Intérieur, Mohammad Dahlan. L’accusation, que le Fatah a démentie, et qu’il dit être de la spéculation prématurée en plus d’être de l’incitation (à la violence), a été émise quelques heures après l’incident à Rafah sous forme d’une conférence de presse tenue par de hauts responsables du Hamas. Ils ont fait porter directement la responsabilité de l’attaque sur l’ancien chef de la Sécurité préventive dans la Bande de Gaza. [3].

Dans ce contexte, et au vu des sensibilités provoquées par l’implication des chefs de factions du Hamas et du Fatah, l’effet de ricochet de l’attaque de Rafah se faisait sentir en quelques heures dans toute la Bande de Gaza et en Cisjordanie. Après la prière du vendredi à midi, à Ramallah aujourd’hui (15 décembre) des foules de partisans du Hamas ont défilé dans la ville en manifestation de solidarité avec Isma’il Haniyyeh et aussi pour commémorer la création du Hamas en 1987 ; il n’a fallu que quelques minutes pour que la police palestinienne, la garde présidentielle palestinienne fidèle au Président Abbas et des membres des Brigades des Martyrs Al-Aqsa s’opposent aux manifestants , faisant 31 blessés (dont du personnel de la sécurité, des civils, et du personnel médical pris dans les affrontements).

Les condamnations publiques, les appels au calme pragmatiques et les appels à une période d’apaisement émis par divers cercles politiques palestiniens vendredi après midi [4] n’ont que peu de chance de gommer les dégâts infligés à la vie politique palestinienne après les accusations et contre accusations innombrables qu’ont proféré le Fatah et le Hamas depuis 24 heures. La vérité c’est que cette fois les protagonistes ont franchi la ligne et l’horrible intensité de leur antagonisme est apparue en plein jour dans la nature et le timing de l’attaque de Rafah.

Finalement, les objectifs du Président Abbas ont été sérieusement minés par les événements d’aujourd’hui. Même s’il fait preuve de grand talent en tant que dirigeant en prenant des mesures concrètes et fermes en direction de la conciliation nationale (ce qui n’est pas une tâche facile de toute façon) l’énorme impact d’un paysage politique bipolaire dans les Territoires palestiniens supplantera vraisemblablement toutes les autres considérations.

Ceci inclut la décision et la volonté d’intensifier ou de réduire les combats internes. En d’autres termes, le sort des Palestiniens est maintenant entre les mains de ceux qui possèdent les moyens de déclencher une guerre civile, pas nécessairement sous le contrôle de ceux qui sont au sommet de la pyramide, dont les grosses erreurs politiques répétées nous ont tous conduits au bord du gouffre.

[1] le Premier ministre, rentrant d’une tournée au Moyen Orient où il a tenu des rencontres politiques mais où il cherchait surtout du soutien financier pour éviter la banqueroute totale qui est l’un des objectifs du boycott du gouvernement palestinien par les USA, l’Union européenne etc., s’est vu interdire l’entrée en Palestine occupée par les forces israéliennes qui contrôlent de fait le poste de Rafah -bien que ce soit théoriquement des observateurs européens qui en aient la responsabilité, avec les Palestiniens - sous prétexte qu’il ramenait de l’argent -35 millions de dollars d’aide iranienne entre autres- qui irait bien évidemment aux « terroristes » ! Hanniyeh a attendu 8 heures que l’occupant le laisse renter dans son pays, une fois l’argent laissé en Egypte. Ce ci a déclenché une manifestation du Hamas au poste de Rafah, que la police palestinienne a tenté de contenir. Il y a eu des tirs dans le terminal puis, une fois Hanniyeh sorti, sa voiture a été prise pour cible par des tireurs non encore identifiés.) .

[2] Dimanche 17 décembre c’est Mahmoud Zahar, ministre des Affaires étrangères qui aurait été la cible d’une tentative d’assassinat à Gaza, des tireurs postés sur les toits environnant le ministère l’auraient visé. Il est indemne mais des manifestations violentes se sont répandues dans Gaza, faisant des blessés alors qu’une passante a été tuée. (voir Ma’an news en anglais, http://www.maannews.net/en/index.php ?opr=ShowDetails&ID=18168tp : )et qu’un garde de la Force 17, la garde présidentielle, a été tué (voir Imemc, en anglais : http://www.imemc.org/content/view/23261/1/)

[3] Saeb Erakat, membre important du Fatah et responsable du département des négociations de l’OLP a dénoncé cette accusation, affirmant que c’était un appel au meurtre de Dahlan

[4] Dépêches sur Yahoo : "S’exprimant pour la première fois en public depuis l’appel d’Abbas, samedi, à des élections législatives et présidentielle anticipées, le Premier ministre Ismaïl Haniyeh, responsable du Hamas, a estimé qu’un tel scrutin risquait d’aggraver la situation dans les territoires.

"Le gouvernement palestinien appelle chacun à faire preuve de retenue et à faire baisser les tensions", a-t-il dit. "Le combat du peuple palestinien n’est pas une lutte interne. C’est un combat contre l’occupation." La veille, le mouvement islamiste avait dénoncé un "coup de force" contre son gouvernement démocratiquement élu.

Dans un discours retransmis en direct à la télévision palestinienne, le président de l’Autorité autonome a souhaité que des élections soient organisées au plus tôt.

Il a ajouté toutefois que dans la période d’intérim, tout devrait être mis en oeuvre pour former un gouvernement d’union nationale composé d’experts, afin d’obtenir la levée des sanctions imposées par les pays occidentaux après l’arrivée au pouvoir du mouvement radical islamiste, en mars dernier. http://fr.news.yahoo.com/17122006/290/nouvelles-tensions-dans-la-bande-de-gaza.html Par ailleurs 10 partis et groupes palestiniens réunis à Damas refusent aussi la tenue d’élections anticipées, dont le Front populaire Commandement général, le Jihad islamique, le Front populaire de Libération de la Palestine, avec Farouk Kaddoumi, chef du département politique de l’OLP -désavoué par le Fatah-. Mustafa Barghouthi, de l’Initiative nationale palestinienne déclare que le seul bénéficiaire de cet affrontement est Israël tandis que les Comité de résistance populaire demandent que le sang palestinien ne coule pas et que le Front démocratique estime que l’on peut encore former le gouvernement d’unité .

Miftah, 15 décembre 2006

http://miftah.org/Display.cfm ?DocId=12225&CategoryId=3//www.miftah.org

Traduction choix de photo et notes : C Léostic, Afps

photo de focus : discours à la nation du Président Abbas, à Ramallah le 16 12 2006.

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