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Une vision stratégique
publié le mercredi 25 octobre 2006 Pour la Palestine n°50 Le député palestinien,
secrétaire général du
Fatah en Cisjordanie,
kidnappé et emprisonné
par Israël depuis 2002 au
mépris du droit
international, s’exprime
sur le document dont il
est signataire dans un
entretien publié sur
www.bitterlemons.org,
le 19 juin 2006.
Un entretien avec Marwan Barghouti Dirigeant du Fatah en détention en Israël Bitterlemons : Le « Document des prisonniers » est une initiative lancée par des représentants de tous les groupes palestiniens dans les prisons israéliennes. Comment ça s’est passé ? Marwan Barghouti : Le document a été conçu comme une réponse aux signes préoccupants de tensions internes constatés sur la scène palestinienne. Il provient de la profonde inquiétude que la situation ne soit plus contrôlable. Et aussi de la préoccupation qu’entraîne le resserrement de l’étau sur les Palestiniens. L’idée était de produire un document qui pouvait constituer un dénominateur commun pour toutes les forces politiques ; une tâche difficile dans le contexte palestinien parce que la majorité de ces forces s’arc-boutent sur leurs programmes et n’ont pas l’habitude d’un programme commun. Nous avons pensé qu’il était grand temps de trouver une stratégie palestinienne conjointe. Il a fallu des semaines de discussions avant que nous nous accordions sur cette initiative et sur sa forme actuelle. Nous pensons que ce document est historique et qu’il nous aidera tous, s’il est adopté, à unifier nos programmes et nos discours politiques et à repousser le spectre de la guerre civile qui menace notre peuple. Nous espérons aussi ouvrir une brèche dans le dispositif d’oppression qui nous fait souffrir. Bitterlemons : On a beaucoup parlé du fait que ce document appelle à l’établissement d’un Etat palestinien sur les frontières de 1967, que c’est une reconnaissance implicite d’Israël et que c’est pour cela que le Hamas s’y oppose. Est-ce ainsi qu’il faut le comprendre ? M.B. : Les forces palestiniennes, depuis de nombreuses années, mais surtout depuis que l’Intifada al-Aqsa a éclaté, sont toutes d’avis que le but du peuple palestinien est d’établir un Etat palestinien pleinement souverain sur tous les territoires occupés par Israël en 1967. La reconnaissance entre l’OLP et Israël a eu lieu il y a treize ans et ce document n’en traite pas. Les directions du Hamas et du Jihad islamique en prison ont participé effectivement à l’élaboration du document. Elles l’ont signé et continuent à le soutenir malgré l’opposition de certains dirigeants du Hamas et du Jihad islamique à l’extérieur. Je pense que cette opposition est hâtive et qu’ils n’y ont pas porté toute l’attention requise. Une lecture attentive montre en effet clairement que c’est un document de constantes nationales, d’unité nationale et de partenariat politique. Il y est question de dénominateurs communs ; il ne s’agit pas de promouvoir les positions d’un parti quelconque. Ce n’est pas le programme sur lequel le président Mahmoud Abbas a été élu et ce n’est pas non plus celui du Hamas. C’est un programme unifié et un projet stratégique pour nous tous. Toutes les parties doivent apprendre à coopérer, à la lumière de leurs différents programmes, mais elles doivent le faire dans le contexte d’un projet stratégique et d’une vision unifiés. Je suis persuadé que les directions du Hamas et du Jihad islamique finiront par accepter ce document. Bitterlemons : Mais les signataires du Hamas et du Jihad ont retiré leur appui. Que s’estil passé ? M.B. : Les directions du Hamas et du Jihad islamique dans les prisons ont participé effectivement à ce document et nous sommes en contact quotidien, constant, permanent. Dans la prison de Hadarim se trouvent plusieurs dirigeants des diverses forces palestiniennes et nous sommes aussi en contact et consultation continus avec des dirigeants dans d’autres prisons. Ce dialogue et cette consultation continus ont rendu plus facile l’élaboration de ce texte parce que nous nous comprenons et que nous avons une confiance réciproque totale. Nous sommes rassemblés dans les tranchées du combat et de la résistance. Ce n’est pas un débat frivole, byzantin. C’est un dialogue responsable. Les dirigeants du Hamas et du Jihad islamique qui ont signé le document sont des symboles bien connus de notre lutte. Ils ont refusé le référendum mais ils adhèrent toujours au document. Bitterlemons : Est ce que les prisonniers s’attendaient à ce que le document prenne cette importance ? M.B. : Les prisonniers espéraient que le document serait bien accueilli et rencontrerait un réel soutien mais celui obtenu dépasse toutes leurs espérances. Bitterlemons : Approuvez-vous la décision du président Mahmoud Abbas, Abou Mazen, de soumettre le document à un référendum populaire, sans tenir compte de la position du Hamas et du gouvernement palestinien ? M.B. : Le document est conçu pour amener à la conciliation. Nous l’avons appelé le Document de Conciliation Nationale et on arrive à la conciliation par le dialogue, qui devrait être à la base de son adoption. Nous pensons que la conférence de dialogue national a eu raison de le faire. De plus, la décision du président Abou Mazen de soutenir le document a été très appréciée par les détenus dans toutes les prisons, qui ont salué cette position de principe. Nous pensons qu’il reste une bonne chance qu’on parvienne à un accord sur le document par le dialogue, ce qui est notre priorité à tous. Bitterlemons : Certains groupes, y compris le Hamas et le FPLP, disent que tout référendum devrait inclure tous les Palestiniens, même ceux qui sont hors de Palestine. Etes vous d’accord ? M.B. : C’est ce que nous avons toujours demandé. En fait, il est mentionné dans l’une des clauses du document que toutes les décisions cruciales doivent se prendre avec la participation de tout notre peuple, dans la patrie ou en exil. Bitterlemons : Le document devait entraîner la réconciliation nationale mais il semble avoir semé encore plus de discorde. Qu’en pensez-vous ? Comment les Palestiniens peuvent-ils éviter de nouvelles divisions ? M.B. : Ce document peut enclencher un processus palestinien d’unification. Il peut activer des institutions unifiées pour protéger l’expérience démocratique, consolider l’état de droit et offrir des solutions à des problèmes stratégiques importants. Le document ouvre la porte à la résolution de problèmes dans les institutions de l’OLP et il permet au Hamas et au Jihad de rejoindre l’OLP, sur la base de sa reconnaissance comme seule représentante légitime de notre peuple où qu’il soit. Renforcer et restructurer l’OLP est une nécessité nationale. Ce document ouvre aussi la porte à la formation d’un gouvernement d’union nationale. Traduit de l’anglais par Claude Léostic
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