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Dangereux coups tordus en Palestine
publié le dimanche 22 octobre 2006 Ali Abunimah, Pour la Palestine n°50 PLP poursuit la publication de textes, analyses, éditoriaux, analyses, acteurs et actrices de la scène palestinienne, membres d’organisations politiques, d’ONG, de syndicats, journalistes... PLP, sans être évidemment engagé par ces textes, entend ainsi contribuer à faire connaître l’état des débats publics en Palestine, dans la diversité des positions qui s’y expriment. Dans ce numéro, nous avons privilégié des textes ou entretiens qui portent sur le référendum.
Le président de l’Autorité palestinienne et dirigeant du Fatah, Mahmoud Abbas, pousse la situation interne en Palestine dans la direction d’une crise dangereuse qui n’est pas nécessaire. Il a appelé à un référendum, théoriquement pour obtenir l’aval de l’opinion publique à un document écrit par des membres du Hamas et du Fatah, emprisonnés dans les geôles israéliennes. Ce document appelle à la création d’un Etat palestinien aux côtés d’Israël sur tous les territoires occupés en 1967. Mais le stratagème d’Abbas n’a rien à voir avec l’avancement de la création de cet Etat ; il a tout à voir avec l’incapacité du Fatah à accepter sa défaite aux élections législatives de janvier dernier. Sans consulter le Premier ministre de l’Autorité palestinienne, Ismail Haniyeh, l’un des dirigeants du Hamas, Abbas a annoncé que le Hamas aurait dix jours pour accepter le document des prisonniers sans modifications ou sinon il appellerait à un référendum. Le Hamas a clairement exprimé qu’il considère que le référendum est illégal. La loi palestinienne ne prévoit pas de référendum et seul le Conseil législatif où le Hamas jouit d’une large majorité, peut modifier la loi. Néanmoins, Abbas, comme le Président Bush, semble trouver les pouvoirs d’agir comme il l’entend quand le besoin s’en fait sentir. Après l’échec des discussions entre le Hamas et le Fatah le 5 juin, Abbas a annoncé qu’il maintiendrait le référendum par « décret présidentiel ». Le lendemain, il annonçait la prolongation de trois jours du temps imparti au « dialogue », mais disait clairement que le Hamas devait accepter le document en l’état ou le refuser. Court-circuitant l’Autorité palestinienne dirigée par le Hamas, Abbas a appelé le Comité exécutif de l’OLP, non élu et responsable devant personne sinon lui-même, mais dominé par ses alliés, à autoriser le référendum. Reconnaissance : une exigence de réciprocité Ceci est cohérent avec les récentes affirmations d’Abbas que c’est l’OLP et non l’ANP qui est le seul représentant légitime des Palestiniens. Cela pourrait être convaincant, à ceci près que depuis la signature des accords d’Oslo en 1993, les dirigeants du Fatah ont démantelé l’OLP en tant qu’organisme vraiment représentatif et ont porté tous leurs efforts sur la construction de l’ANP comme base de leur pouvoir. Maintenant qu’ils ont perdu leur mainmise sur l’ANP ils redécouvrent soudainement l’OLP. Mais on peut prendre la mesure de leur manque de sincérité dans le fait qu’Abbas n’a fait aucune mention à la participation de tous les Palestiniens -dont la majorité vit en exil forcé et dans la diaspora- au référendum. Aucun référendum tenu dans les seuls territoires occupés ne peut représenter la volonté de l’ensemble des Palestiniens. A vrai dire, il n’y a aucune raison de tenir un référendum même si le but est de faire avancer le processus de paix. On pourrait déduire de la précipitation d’Abbas qu’Israël essaie désespérément d’offrir aux Palestiniens un Etat à Jérusalem-Est, en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza et que seule l’intransigeance du Hamas l’en empêche. C’est le contraire qui est vrai. Il est clair depuis longtemps qu’une majorité des Palestiniens vivant dans les territoires occupés accepte la solution de deux Etats et qu’ils ont soutenu les accords d’Oslo dans l’espoir qu’ils entraîneraient ce résultat. Les dirigeants du Hamas ont fait savoir leur volonté de reconnaître Israël et d’accepter un Etat, mais seulement sur la base de la réciprocité et de l’égalité. Ce que disent les dirigeants du Hamas, c’est que les concessions palestiniennes inconditionnelles dans le passé ont seulement mené à de nouvelles exigences israéliennes. Pourtant, malgré la campagne ininterrompue d’assassinats par Israël, le Hamas a respecté une trêve unilatérale pendant plus d’un an. C’est Israël qui a en pratique rejeté résolument la solution de deux Etats. Il continue à construire de nouvelles colonies d’un bout à l’autre de la Cisjordanie et son Premier ministre vient de rentrer de Washington où il allait chercher et a obtenu l’aval des Etats-Unis à son plan unilatéral d’annexion de la Cisjordanie, qui rend impossible l’Etat que veulent les Palestiniens. Une remise en cause des dernières élections ? Pendant ce temps, Abbas, afin de prouver son utilité, non pas tant pour son peuple que pour Israël et les Etats -Unis, continue à offrir des concessions sans rien en échange. La réalité qui sous-tend le référendum c’est qu’Abbas et ses alliés dans le pays et à l’extérieur cherchent le moyen de saper la légitimité du Hamas qui a été obtenue de manière honnête et incontestable par les urnes. Le plan semble bien être d’appeler à un référendum sur une question qui ne fait pas débat -étant donné le large consensus palestinien en faveur de la solution de deux Etats- et s’il obtient la large majorité prévisible, de le faire passer comme une adhésion à Abbas et sa clique discréditée et comme un rejet du Hamas. Si l’ANP dirigée par le Hamas essaie d’empêcher le référendum, Abbas peut utiliser ce prétexte pour dissoudre le Conseil législatif et déclarer l’état d’« urgence » ou appeler à de nouvelles élections que le Fatah serait assuré de gagner. En arrière-plan de tout ceci, une réunion. Juste après l’élection de janvier le New York Times écrivait le 14 février que des responsables israéliens et américains s’étaient rencontrés « au plus haut niveau » au Département d’Etat pour planifier la chute du Hamas en « affamant » l’ANP. « L’obsession du Fatah est maintenant de défaire cette élection le plus vite possible » selon Khalil Shikaki, spécialiste palestinien des sondages proche du Fatah qui ajoute : « Israël et Washington le veulent aussi. » Depuis que le Hamas a pris ses fonctions, certains dirigeants du Fatah ont fait tout ce qu’ils pouvaient pour lui faire obstruction, rendant publiquement ses dirigeants responsables du siège mené par les Etats-Unis et Israël et refusant de mettre les forces de sécurité sous l’autorité du ministre de l’Intérieur. Ha’aretz écrivait le 28 mai qu’Abbas avait demandé à Israël la permission d’augmenter sa « garde présidentielle », passant de 2 000 à 10 000 hommes, créant une milice privée sous son contrôle direct, en plus des autres forces de sécurité de l’ANP sous contrôle du Fatah. Avec la coopération du gouvernement israélien, la milice d’Abbas sera armée par un pays tiers (Ha’aretz, 29 mai 2006). Un haut responsable de la Défense a dit à Ha’aretz que l’objectif d’Israël est, par le transfert des armes, « de permettre à Abu Mazen de régler le problème du Hamas et d’autres groupes islamiques. » (26 mai) « Le temps est compté pour le Hamas » a déclaré au Sunday Times de Londres un responsable palestinien de la sécurité (28 mai). Accusant le Hamas de projeter d’assassiner Abbas, le responsable a déclaré : « Nous choisirons le moment et le lieu appropriés pour la confrontation militaire. Après, il n’y aura plus de milices du Hamas. » Ce sont des paroles extrêmement dangereuses et imprudentes. Les dirigeants du Hamas ont affirmé, avec sagesse, leur détermination à ne pas se laisser entraîner dans la guerre civile. Pourtant, les accrochages entre les milices du Fatah et les membres du Hamas ont entraîné des victimes dont le nombre augmente de façon préoccupante. Dans ce contexte, il faut voir le référendum d’Abbas pour ce qu’il est -une nouvelle tentative sordide dans le style de l’administration Bush pour utiliser la « démocratie » non pas pour mettre en évidence la volonté du peuple mais pour la frustrer. Les Palestiniens doivent être conscients du danger mais ne pas se laisser détourner. Ils doivent rester complètement centrés sur l’opposition à l’état d’apartheid qu’Israël, avec des appuis occidentaux, construit dans leur pays. © Ali Abunimah, 6 juin 2006 Ali Abunimah est cofondateur de The Electronic Intifada.
NDLR : Les intertitres sont de la rédaction
Traduction : Claude Léostic |
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