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La situation des populations civiles de Gaza se dégrade.
publié le samedi 22 juillet 2006

Pierre Micheletti
 
La tragédie libanaise, pour laquelle Médecins du monde se mobilise, ne doit pas nous faire oublier le sort de la population de la bande de Gaza. Elle est privée d’une grande partie de l’aide internationale à la suite de l’accession du Hamas au pouvoir et vient de subir de plein fouet l’intervention israélienne. Depuis trois semaines, elle est isolée du reste du monde, toute entrée de biens ou de personnes y ayant été interdites.

Dans ce contexte, nos équipes sur le terrain ont mené une enquête en deux temps, auprès de la population venant consulter dans les centres de santé et les hôpitaux de Gaza.

Le premier volet de cette étude, conçue au départ pour évaluer les effets de l’embargo sur la santé, a été réalisé avant l’incursion militaire (entre le 24 et le 28 juin). Elle a ensuite été reconduite après le début du conflit (entre le 3 et le 8 juillet) pour rendre compte des évolutions des conditions de vie et d’accès aux soins des Gazaouis. Dans les deux phases le recueil d’informations a porté sur des échantillons de 500 patients répartis dans cinq hôpitaux et dix centres de santé primaire sur l’ensemble de la bande de Gaza.

Au-delà même de l’impact direct marqué par le nombre sans cesse croissant de morts et de blessés, le constat est très alarmant.

Si 70 % des patients rencontrés avaient accès à l’eau courante avant l’incursion, ils n’étaient plus que 43 % début juillet. Il n’y a pas de distribution d’eau organisée, et l’accès à l’eau potable est en baisse.

Le nombre moyen de repas quotidiens est également en diminution. Les personnes interviewées sont aujourd’hui 58 % à faire moins de trois repas par jour contre 23 % avant l’incursion. La proportion des personnes ne consommant que deux repas a doublé et ceux qui ne consomment qu’un repas par jour sont dix fois plus nombreux

Quant à l’accès à des consultations médicales, le délai moyen pour arriver aux structures de santé est multiplié par quatre, allant parfois jusqu’à des délais de 36 heures. Les raisons citées (par ordre décroissant) sont : la peur des déplacements (37 %), l’absence de moyens de transports (35 %), le manque de ressources financières (16 %) et les difficultés de déplacement en général (16 %).

Une majorité des patients (93 %) qui sont sous traitement pour une pathologie chronique courante prennent encore leurs médicaments. Toutefois, la diminution des stocks fait craindre des interruptions de traitement, souvent vitaux, pour les personnes qui nécessitent une prise en charge thérapeutique sur le long terme dans les cas de maladies telles que le diabète, l’hypertension ou l’asthme, fréquentes parmi la population locale.

Enfin, les résultats attirent notre attention en matière de santé mentale : 91 % des personnes rencontrées ont été confrontées à un événement violent dans les jours précédents l’enquête : "sonic booms" (72 % des patients), bombardements pour 32 %, passages de l’aviation israélienne (13 %), et la majorité d’entre elles (entre 70 % et 80 %) présente des signes de traumatisme psychologique (récurrence de scènes traumatiques dans les rêves, difficultés de concentration...).

La crise générée par l’opération "Pluie d’été" fait appel aux normes d’un droit international humanitaire qui stipule entre autres que : " (...) sont et demeurent prohibés en tout temps et en tout lieu à l’égard des personnes (qui ne participent pas directement ou ne participent plus aux hostilités) les atteintes portées à la vie, à la santé et au bien-être physique ou mental des personnes (...) ; les punitions collectives ; la prise d’otages ; les actes de terrorisme ; les atteintes à la dignité de la personne, notamment les traitements humiliants et dégradants (...)".

Concernant plus spécifiquement l’accès aux soins, la quatrième convention de Genève prévoit l’obligation pour l’Etat occupant de garantir l’approvisionnement de la population en produits alimentaires et en médicaments ainsi que l’obligation de maintenir les services médicaux et de prévoir des actions de secours si l’approvisionnement est insuffisant.

Enfin, bien qu’Israël n’ait pas ratifié le protocole additionnel I, l’opinion selon laquelle les principes de distinction et de proportionnalité constituent désormais des normes du droit international coutumier est largement admise parmi les juristes. Le droit coutumier est opposable à tous les Etats, indifféremment de la ratification ou non d’un traité. Dès lors, ces principes s’appliquent également à Israël.

Le gouvernement israélien doit donc cesser des attaques mettant en danger la vie des civils palestiniens et faciliter la prise en charge des blessés. Médecins du monde demande la mise en place de corridors humanitaires afin de permettre aux malades et aux blessés d’êtres soignés et aux structures de santé de recevoir le matériel et les médicaments nécessaires à leur fonctionnement, alors même qu’augmentent les besoins de la population.

Nous demandons que soient épargnés les sources et circuits d’approvisionnement en eau et en nourriture, dont la pénurie affecte déjà les habitants de la bande de Gaza.

Nous appelons enfin la communauté internationale à tout mettre en oeuvre pour que cessent les violences de tous bords et que la population palestinienne ne soit pas plus longtemps privée des financements nécessaires à sa survie.

Pierre Micheletti

Pierre Micheletti est président de Médecins du Monde-France.
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