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Mais qui a commis le carnage sur la plage de Gaza ?
publié le lundi 26 juin 2006

Ouzi Benziman, Ha’Aretz
 
Si le gouvernement israélien accuse le Hamas d’être à l’origine de l’explosion, toutes les autres sources contredisent cette version.

Et Tsahal, note Ha’Aretz, a trop menti ces dernières années pour qu’on la croie.

Le dimanche 11 décembre 2005, l’attention de Mohammad Hamdan, un habitant d’Oum Touba (un village proche de Jérusalem), est attirée par une mule galopant vers le village. C’est avec horreur qu’il découvre, accroché à la bête par la main gauche, le corps de Mahmoud Shawwara, une connaissance du village voisin, le visage tuméfié. Shawwara décède à l’hôpital universitaire [israélien] Hadassah d’Ein Kerem après cinq jours de coma.

Sa famille porte rapidement plainte contre des officiers du Magav [gardes-frontières] qui ont arrêté Shawwara pour présence illégale sur le territoire de Jérusalem. Le ministère de la Justice prétend quant à lui que Shawwara a simplement été victime d’un accident. Sa mule était sauvage ; il se serait attaché à la selle et n’aurait hélas pas réussi à s’en détacher quand elle s’est emballée.

Le 23 décembre 2005, Gidéon Lévy relate ce drame, tout en laissant aux lecteurs de Ha’Aretz la liberté de choisir la version qui leur semble la plus crédible : celle de la famille, fondée sur de nombreux précédents de Palestiniens attachés de force à leurs chevaux, ou celle de l’Etat d’Israël, accréditant la thèse de la mort accidentelle.

La semaine passée, les correspondants militaires et les spécialistes des Territoires ont également laissé l’opinion publique dans l’expectative.

Pour comprendre les circonstances dans lesquelles les sept membres de la famille Ghaliya ont été fauchés sur la plage de Gaza, faut-il croire le Premier ministre [Ehoud Olmert], le ministre de la Défense [Amir Peretz], le ministre des Affaires étrangères [Tzipi Livni], le chef d’état-major [Dan Halutz] et le général Meir Klifi ?

Ou faut-il accréditer la version défendue bec et ongles par [l’organisation américaine des droits de l’homme] Human Rights Watch (HRW) et les témoins palestiniens ?

De nombreux israéliens croient les Palestiniens.

Si Tsahal affirme, après une reconstitution apparemment méticuleuse des faits, que la famille Ghaliya ne peut en aucun cas avoir été victime de tirs israéliens, les Palestiniens (chirurgiens, ambulanciers et témoins) avancent, quant à eux, des indices contredisant radicalement la version officielle israélienne.

Pour couronner le tout, il y a aussi le témoignage de Marc Garlasco, un expert militaire de HRW, qui a mis la main sur un fragment d’obus de 155 de fabrication israélienne recueilli sur les lieux du carnage.

Dire que l’opinion publique israélienne reste perplexe devant les contradictions qui opposent les versions israélienne et palestinienne relève du doux euphémisme.

Car de nombreux Israéliens sont effectivement enclins à croire les Palestiniens et leurs porte-parole, et cela n’a rien à voir avec de la “haine de soi”.

C’est qu’il y a trop d’antécédents d’abus contre des Palestiniens, niés avant d’être reconnus grâce au témoignage des conscrits de [l’organisation pacifiste israélienne] Shovrim Shtika [“Briser le silence”].

Ces morts de coopérants étrangers, ignorées avec superbe avant de faire l’objet d’enquêtes militaires à la suite d’intenses pressions internationales.

Ces accusations contre les agences humanitaires internationales, ravalées après simple vérification (comme celle accusant l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient [UNRWA] de transporter des roquettes Qassam jusqu’à ce que des photos authentifiées prouvent qu’il s’agissait de civières...).

Ces bombardements de zones construites prétendument non habitées, jusqu’à ce qu’un carnage révèle le contraire (comme à Rafah, en mai 2004).

Ces enquêtes internes à l’armée et à la police, qui doivent faire elles-mêmes l’objet d’enquêtes de la part d’organismes parlementaires (comme après la mort de 13 manifestants arabes israéliens, en octobre 2000).

Cette fillette palestinienne, Iman Al-Hams, abattue à distance avant d’être achevée par le capitaine R.

Cette tradition militaire millésimée qui voit l’armée contourner le pouvoir politique, tradition illustrée encore récemment par l’affaire de la clôture de séparation, dont le tracé est un cadeau aux colonies israéliennes.

Les autorités de l’Etat d’Israël, et pas seulement les différentes branches du pouvoir militaire, ont fini par se faire une triste réputation en matière de crédibilité.

Il n’est dès lors guère étonnant que non seulement la communauté internationale mais aussi les citoyens israéliens en arrivent à ne plus croire les versions officielles.

Enquête

La controverse sur l’origine de l’explosion survenue sur la plage de Gaza bat son plein dans les médias israéliens. Alors que Tel-Aviv affirme toujours qu’aucun obus n’a été lancé le 9 juin sur cette plage, la chaîne de télévision privée israélienne “La 10” a révélé que les éclats extraits du corps d’un jeune Palestinien blessé provenaient d’un projectile israélien. Par ailleurs, le Premier ministre israélien, Ehoud Olmert, a rejeté les appels demandant la formation d’une commission d’enquête internationale.

www.haaretz.comParu le 26 6 2006 dans le Courrier International.© Courrier international 2006 | ISSN de la publication électronique : 1768-3076 www.courrierinternational.fr
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