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Une lutte populaire, commune et non violente
publié le mardi 30 mai 2006 Renée Prangé et Robert Kissous, Pour la Palestine n°49 Bil’in est un village de 1600
habitants situé en
Cisjordanie. Depuis un an,
ceux-ci luttent contre le Mur
d’annexion et la confiscation
de 60% de leurs terres. Une
véritable lutte de masse,
non-violente, menée en
commun avec des Israéliens
anti-colonialistes et des
militants internationaux,
symbolisée par une
manifestation pacifique
chaque vendredi.
Fin 2005 le comité populaire du village, qui dirige la résistance, a décidé, après débat, de tenir une conférence internationale pour le premier anniversaire de cette lutte le 20 février. Le pari était audacieux et les interrogations multiples : sans expérience, sans moyens financiers, comment réussir une telle opération ? Avec les moyens du bord, la mobilisation du village et d’organisations palestiniennes de lutte contre le Mur et l’aide d’Israéliens et de volontaires du monde entier, les problèmes de logistique et d’organisation ont été résolus. La conférence démarrait lundi 20 avec un programme chargé. Elle se tenait dans l’école - en congé pour ce premier jour - sous une tente multicolore dressée dans la cour. Environ 400 personnes y ont participé, en majorité des Palestiniens de Bil’in et d’autres villages invités - car il s’agissait aussi de s’ouvrir à d’autres villages en lutte contre le Mur. Les Israéliens étaient au rendez-vous ainsi que des volontaires internationaux dont une quarantaine de Français, parmi lesquels le maire de Fosses (95) et une trentaine de militants de l’Afps. Après une minute de silence en mémoire de ceux qui sont tombés pour la liberté et l’indépendance, divers intervenants se sont exprimés, avant la tenue d’ateliers l’après-midi. Abdallah et Mohamed Abou Rahme, Mohamed Khatib, animateurs de la lutte à Bil’in, sont notamment revenus sur l’importance du comité de village dans la conduite de la lutte, sur son aspect nonviolent et l’impossibilité de mener cette lutte sans la participation d’Israéliens et d’internationaux, sur les difficultés mais l’importance de tenir sur la durée, sur le caractère de masse de la mobilisation à laquelle participent tous les habitants, sur l’agressivité de l’armée israélienne qui n’a pu stopper la résistance (350 personnes blessées, le village envahi la nuit, le couvre-feu décrété, 30 habitants emprisonnés...), comme sur la médiatisation indispensable de la lutte par des initiatives toujours renouvelées et créatives. Ils ont tenu également à manifester la solidarité indispensable avec les habitants de la vallée du Jourdain dont les terres sont en train d’être annexées et à rappeler que d’autres villages luttent maintenant de la même façon, tels Beit-Sira et Abud. Mais ils ont aussi insisté sur la nécessité d’organiser la lutte contre les checkpoints. Une lutte commune « On peut se demander pourquoi Bil’in. Pourquoi cela a-t-il réussi à durer si longtemps ? Pourquoi avons-nous réussi à établir un partenariat ? », interroge Mohamed Khatib. « Peut-être parce nous avons décidé de continuer notre lutte sans changer notre vie quotidienne, sans arrêter les cours à l’école... Peut-être aussi parce que nous oeuvrons à l’unité nationale des Palestiniens d’où qu’ils soient et à quelque parti qu’ils appartiennent. Dans les manifestations, les drapeaux nationaux ont toujours flotté plus haut que les drapeaux des partis. Peut-être enfin parce que nous avons compris ce que l’occupation représente pour nous et pour nos ennemis : la stratégie de l’occupation consiste à vider cette terre de ses occupants. Nous travaillons avec tous ceux qui veulent nous soutenir, quelle que soit leur religion ou leur nationalité. Les pacifistes israéliens sont nos partenaires. Au début, ils étaient cinq ou six. Ils sont aujourd’hui plus de cent dix. La violence des soldats israéliens est différente face à des Israéliens ou des volontaires internationaux par rapport à ce qu’elle est face à des Palestiniens seuls. Mais au-delà, c’est ensemble que nous luttons. » « Nous inventons quelque chose chaque semaine pour attirer les médias », poursuit- il. « Nous avons réussi. Maintenant ils viennent et montrent la violence israélienne face à des actions pacifiques. Nous avons aussi démontré aux médias que la sécurité n’est pas la raison d’être de ce mur. Nous n’avons pas d’autre arme que notre cerveau. Et c’est par notre combat pacifique que nous progressons vers nos objectifs. » Ce qui ne signifie pas que l’armée n’intervient pas, dans l’impunité. « Une fois, nous avons réussi à éviter que les soldats n’utilisent leurs armes. Mais ils ont pris nos oliviers et nous n’avons pas réussi à les en empêcher. Nous montrons cependant, et publiquement, que ces soldats ne sont que des machines à obéir aux ordres.
C’est nous qui prenons l’initiative. » Plusieurs représentants de diverses régions de la Cisjordanie, évoquant la lutte qu’ils mènent également, soulignent l’intérêt, mais aussi parfois la difficulté à développer un combat du type de celui de Bil’in, appelant les internationaux et les Israéliens à y participer. Comme à Berlin, le mur doit tomber Qaddoura Fares, ancien ministre (Fatah), rappelle quant à lui son soutien, depuis le début, à cette forme de lutte, de résistance non-violente, qu’il considère comme la plus efficace. Et d’ajouter : « Les habitants de Bil’in ne se reposent pas sur les organisations en place. Ils s’assument et prennent eux-mêmes les initiatives. » Soulignant que « toutes les révolutions atteignent un jour un point où il faut internationaliser la lutte », il lance un appel « pour que de cet effort résulte un mouvement pour la paix avec un plan d’action clair et complet » et rappelle que la Palestine constitue une démocratie au Moyen-Orient et qu’il revient à la nouvelle direction de négocier son indépendance. Pour Uri Avnery (l’un des fondateurs du mouvement israélien Gush Shalom), Bil’in est devenu un symbole du courage des Palestiniens, du lien entre les pacifistes israéliens et les Palestiniens et du soutien des mouvements internationaux pour la paix, un symbole pour le futur, suscitant son émotion chaque fois qu’il y vient. C’est sous de vifs applaudissements qu’il ajoute : « Chers amis, il est très facile de désespérer. Chacun de nous connaît des moments de découragement. Mais je suis convaincu que la paix gagnera, que la justice gagnera. Il y a quelques semaines, j’étais à Berlin. Dans des magasins, il y avait des morceaux du mur de Berlin en vente. Le jour viendra, ici à Bil’in, dans un Etat palestinien libre, où quelqu’un pourra acheter un morceau du mur que nous combattons aujourd’hui. Chaque fois que je suis à Bil’in et en d’autres endroits de la Palestine occupée, je ne peux m’empêcher de penser au paradis que serait ce pays s’il y avait la paix,une paix fondée sur la justice et le respect mutuel. Cette paix viendra. Et quand elle sera là, le dernier souhait de Yasser Arafat, dont ont voit la photo ici, sera réalisé : ses restes seront ensevelis à Jérusalem. »
Sanctionner Israël contre sa politique Mustapha Barghouti (Al-Mubadara) saluant en Bil’in un symbole de la lutte non violente contre l’occupation, estime quant à lui que « le mur est devenu la solution pour les Israéliens pour résoudre le problème que leur posent les Palestiniens. Ils ont essayé tous les moyens possibles pour les chasser de chez eux. Ils ont échoué. L’alternative qu’ils ont trouvée est de les enfermer dans des bantoustans entourés par des murs. Ce n’est pas seulement un mur, mais l’expression du système d’apartheid pratiqué par Israël. » Et d’en appeler à des sanctions contre Israël, ou, à tout le moins, à l’arrêt de toute coopération militaire avec Israël. Neta Golan, militante israélienne de l’International Solidarity Movement, présentant les trois axes de travail de son mouvement en Palestine - participer aux manifestations, protéger les enfants qui vont à l’école comme à Hébron et mettre sur pied une équipe médicale d’urgence - exprime de son côté son soutien au boycott d’Israël ou des produits des colonies, au désinvestissement dans des entreprises israéliennes et en appelle tout particulièrement aux plaintes contre les militaires et les politiques israéliens, toutes actions qu’elle considère très efficaces. Kais Abu Leila, élu de la nouvelle assemblée législative, qui dénonce l’unilatéralisme israélien et la violence, souhaite « pouvoir dire à tous les comités populaires de villages de s’unir pour faire face au mur, et de prendre en compte l’expérience acquise à Bil’in » et lance lui aussi un appel à la communauté internationale : « Nous demandons une action internationale diplomatique et politique contre le mur afin qu’Israël suive les résolutions de la Cour internationale de justice de La Haye et l’application de sanctions à Israël puisqu’il ne les applique pas. » Renée Prangé et Robert Kissous Remerciements Les volontaires étrangers ont été hébergés chez des habitants du village, les repas du soir préparés. Que tous nos amis de Bil’in soient ici remerciés pour leur accueil chaleureux et toutes les attentions qu’ils et elles nous ont manifestées. Que soient ici remerciés aussi les volontaires israéliens chargés des transports vers Bil’in, à l’arrivée de chaque vol pour nous conduire au village, revenant prendre ceux qui étaient gardés parfois de longues heures au contrôle à l’aéroport... |
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