|
Accueil
>>
Informations
>>
Actualités
>>
"Construire ensemble un avenir plus humain"
publié le mardi 18 avril 2006 Entretien avec Hind Khoury, Pour la Palestine n°49 Récemment nommée
Déléguée générale de la
Palestine en France,
Hind Khoury revient sur
la spécificité de la
situation à Jérusalem et
sur les responsabilités
de la communauté
internationale.
Entretien.
PLP : De février 2005 jusqu’à votre nomination comme Déléguée générale de la Palestine en France, vous étiez ministre de l’Autorité palestinienne, chargée de Jérusalem, où vous habitez. Comment analysezvous l’évolution de la situation à Jérusalem ? Hind Khoury : Depuis le retrait israélien de la bande de Gaza, la situation à Jérusalem s’est encore aggravée. Ce retrait, totalement unilatéral, s’inscrivait dans un projet plus global : évacuer ce territoire ainsi que de petites colonies en Cisjordanie afin d’accélérer, notamment, l’occupation du grand Jérusalem pour en faire la capitale israélienne éternelle. Jérusalem, occupée, est coupée du reste de la Cisjordanie ; le mur sépare physiquement les Palestiniens les uns des autres et les seuls points de passage mis en place par les dirigeants israéliens font figure de frontière Or, l’annexion de Jérusalem et son isolement sont très graves. D’une part, sur le plan politique, Jérusalem est au coeur du conflit. Empêcher qu’elle devienne la capitale du futur Etat palestinien, c’est rendre impossible une solution fondée sur la coexistence de deux Etats. D’autre part, sur le plan humain, la vie des Palestiniens à Jérusalem, comme dans toute la Cisjordanie, est terriblement difficile. Beaucoup de Palestiniens de Ramallah, de Bethléem ou d’ailleurs dépendent économiquement de la capitale. Ils travaillent, étudient, se soignent dans les hôpitaux. Ils ont de la famille à Jérusalem. Devoir passer tous les jours ces checkpoints est inhumain. C’est un désastre pour le petit garçon qui doit, pour aller à l’école, se réveiller à quatre heures du matin pour passer par le barrage de Kalandia. Une telle situation n’est pas supportable. Les décisions internationales concernant Jérusalem et les droits des Palestiniens sont très claires. Pourtant, concrètement, les dirigeants d’Israël peuvent agir en toute impunité. Le refus de la Commission européenne de publier le rapport des diplomates européens sur Jérusalem n’a aucune justification. Ce rapport expliquait bien la situation à Jérusalem ; tout y était : le mur, les colonies, les difficultés de vie des Palestiniens. Si les droits des Palestiniens sont clairs, comment peuvent- ils comprendre cette décision européenne ? Il leur semble que l’Europe ne reconnaît tout simplement pas leur droit à vivre. PLP : Quel message souhaitez-vous transmettre au mouvement de solidarité en France, ou en Europe, singulièrement à l’issue des élections législatives palestiniennes ? Hind Khoury : Le résultat des élections et la victoire du Hamas montré comme un monstre, servent de prétextes à la communauté internationale pour oublier que le problème essentiel ici, c’est l’occupation. Aussi décide-t-elle d’infliger une punition collective au peuple palestinien pour avoir exercé la démocratie. Il y a une contradiction incroyable dont nous payons les conséquences. Pour nous rien ne change, sinon que la vie empire et que notre espoir d’avoir un Etat s’amenuise. Or, le manque de stabilité au Moyen-Orient a des effets sur la sécurité de l’Europe et du monde. En matière de politique internationale, les Etats-Unis ne regardent que leurs intérêts de grande puissance. La realpolitik privilégie les intérêts de pouvoir, de défense et bien sûr de contrôle des ressources énergétiques : on peut sacrifier les droits humains ; la vie des gens ne les intéresse pas. Le travail de l’Association France Palestine Solidarité et plus généralement du mouvement de solidarité au sein de la société civile deviennent dès lors d’autant plus importants pour construire un avenir plus humain. Le tramway qui permettra de relier Jérusalem- ouest aux colonies israéliennes en traversant des quartiers de Jérusalem- est occupée, est un cas flagrant de violation du droit international. Participer à sa construction, c’est faire le jeu des dirigeants israéliens pour qui il s’agit d’établir des faits accomplis en bafouant les droits humains. Qui plus est, ces infrastructures ne serviront pas les populations locales. Ce train coupera en deux des quartiers palestiniens. Ces infrastructures, comme les colonies et les routes qui les desservent et sont réservées aux Israéliens, renforcent une situation d’apartheid perfectionné qui s’établit ici. Le monde sait, et son silence est incroyable. Votre campagne contre la participation d’entreprises françaises à la construction du tramway est très importante parce qu’il faut absolument préserver une référence à la légalité dans ce monde. On ne peut pas ignorer le droit international. Sinon, cela nous mènera à une vie encore plus inhumaine, plus fondée sur le sécuritaire, plus compliquée, partout. Propos recueillis par Monique Etienne Jérusalem, le 24 février 2006.
Née à Bethléem, en 1953, dans une famille chrétienne, Hind Khoury suit des études d’économie à l’université de Bir Zeit puis à l’université américaine de Beyrouth. Elle revient ensuite à Bethléem, se marie -son époux est architecte- ; le couple aura trois enfants. La première Intifada la conduit à s’engager dans les mouvements de protestation et à donner des cours, chez elle, alors que les écoles sont fermées. Elle reprend en même temps des études en administration publique de l’université de Boston - dispensés à Beer Sheva, en Israël - tout en travaillant pour l’agence américaine USAID. Pendant dix ans, elle travaille dans les agences des Nations unies et pour des programmes de développement européens où elle acquiert une expérience professionnelle de la gestion. Les premiers checkpoints dressés entre Bethléem et Jérusalem deviennent très vite son quotidien comme celui de l’ensemble des Palestiniens. Elle suit les étapes du minage du processus de paix d’Oslo par les autorités israéliennes, qui conduit à l’éclatement de la deuxième Intifada. La répression israélienne, le siège brutal de sa ville, ruineront le projet Bethléem 2000 dont elle était chargée depuis 1999. En février 2005, elle est nommée ministre de l’Autorité palestinienne, chargée de Jérusalem, après l’élection de Mahmoud Abbas. Elle décide de quitter son quartier, à l’entrée de Bethléem, où elle se sent encerclée par le mur qui emprisonne le camp de réfugiés d’Aïda et isole la ville de Jérusalem où elle s’installe. Elle succède aujourd’hui à Leila Shahid comme Déléguée générale de la Palestine en France. |
ImpressionEnvoyer par mail Sur le même sujet : Rania Adel |
7 septembre 2008
Morsi Attalla |
7 septembre 2008
Morsi Attalla |
20 juin 2008
Mehdi Benchelah |
19 juin 2008
al-Quds |
17 juin 2008
Caroline Stevan |
3 juin 2008
F. Leroux |
6 mai 2008
Meron Benvenisti |
26 mars 2008
Joharah Baker |
18 mars 2008
|
|
L'AFPS soutient le peuple Palestinien
dans sa lutte pour la réalisation de ses droits nationaux. Elle agit
pour une paix réelle et durable, fondée sur l'application du droit international.
Lire la charte
|
||
|
Dans une volonté d'information large, afin que nos lecteurs puissent
avoir des outils d'analyse de la situation en Palestine et aussi en Israël, l'Afps traduit et publie des auteurs divers.
L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle de l'Afps.
|
||
|
Site conçu avec le logiciel libre SPIP.
|