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Quelques réflexions après un séjour récent et la participation à la conférence de Bil’in
publié le mercredi 8 mars 2006 Alain Castan La fin d’une période La situation politique en Palestine est marquée par la fin d’une période celle de l’après signature des accords d’Oslo. Les accords d’Oslo c’est la permission donnée aux Palestiniens contre la reconnaissance de l’Etat d’Israël de créer une « autorité palestinienne » chargée d’administrer des territoires dits « autonomes », sorte de « gouvernement » sans souveraineté sur un pays qui n’existe pas puisque l’occupant, lui, ne le reconnaît pas. Les Palestiniens ont réussi malgré cela à préserver sous occupation une société pluraliste, avec des partis politiques et des associations et à organiser des élections d’une telle transparence et d’une telle régularité que le parti au pouvoir, le Fatah, les a perdues. Beaucoup de pays qui ne sont pas sous occupation, eux, pourraient en prendre des leçons mais il est vrai qu’à croire les critiques extérieures sur la gestion de l’autorité palestinienne on pourrait penser que le monde est devenu parfait et que la corruption n’existe que chez les opprimés. Ces accords vont voir cette autorité prendre le pas sur l’OLP et les résistants de l’extérieur sur ceux de l’intérieur, les réfugiés et la diaspora en général être exclus du processus, les territoires occupés être découpés en trois zones. La colonisation va s’intensifier dès la signature des accords d’Oslo. Le vote sanction Le vote des Palestiniens a donné une majorité parlementaire absolue au Hamas et a marginalisé la gauche et l’extrême gauche qui, avec les cadres de l’intérieur du Fatah, avaient été le fer de lance de la 1° Intifada et avaient créé de nombreuses ONG ( santé, coopératives agricoles, droits de l’homme)... Ce vote a sanctionné
Mais ce vote ne signifie pas que la société palestinienne profondément diverse et laïque jusqu’ici est en train de devenir une société religieuse, même si bien entendu, le poids de la religion se fera plus lourd en s’appuyant sur les nouveaux élus. Le peuple palestinien est un peuple extrêmement politisé, qui suit les questions politiques du monde et en discute. En ce moment, sous le choc du résultat des élections, les discussions sont permanentes, dans tous les milieux. La langue de bois n’est pas à l’ordre du jour. L’absence d’une stratégie politique nationale Si l’on désire faire un peu de prospective, on doit constater qu’aujourd’hui le peuple palestinien n’a plus de stratégie politique exprimée par des partis politiques nationaux . Le Fatah qui avait pour stratégie politique les accords d’Oslo n’en a plus. Il n’y a plus de place pour le moment pour des négociations qui de toute façon n’ont jamais eu lieu, puisque Israël n’a jamais reconnu l’existence de la Palestine et que les questions essentielles : les frontières des deux états et la question des réfugiés n’ont jamais été abordées. Le Hamas n’en a pas plus d’autant plus qu’il n’était pas particulièrement intéressé à une prise du pouvoir aussi rapide et qu’il n’a pas de cadres politiques expérimentés au parlement. Sa préférence allait certainement à la constitution d’une forte opposition pouvant paralyser l’autorité palestinienne et permettant d’étendre son influence dans la société. C’est pourquoi il tente activement de trouver des alliés pour former son gouvernement, partis de gauche ou dissidents du Fatah. En fait, avec la situation politique mondiale et régionale, il n’a d’autre choix que de s’intégrer peu à peu dans le cadre fixé par les Américains et les accords d’Oslo. C’est ce qu’il a fait avec sa participation aux élections, en acceptant d’exercer le pouvoir, en décidant d’une trêve de 15 ans avec Israël « pour lui laisser le temps d’évacuer les territoires occupés en 67 » . Ce qui est déjà une acceptation du découpage de 48 et de la création de l’Etat d’Israël. Quant à la gauche dont nous avons toujours eu tendance en France a minimiser l’importance à l’intérieur des territoires occupés avant l’installation de l’autorité, profondément divisée, défavorisée par le mode de scrutin qui comme ailleurs a favorisé la bipolarisation, elle est elle aussi sans orientation politique nationale capable de constituer une alternative au Fatah et au Hamas. Cependant il reste des atouts. Il existe sur le terrain de nombreux cadres politiques, dans la nouvelle génération du Fatah, dans les partis de gauche, dans les ONG ou les comités populaires locaux, issus pour la plupart de la 1° Intifada, ils sont en pleine réflexion, expérimentent, dans les villages surtout de nouvelles formes de lutte, dites « non violentes », et tentent d’y faire participer l’ensemble de la population. Ils peuvent être à l’origine d’une nouvelle stratégie politique. Mais le processus sera long. Or le temps presse. Dans quelques semaines le mur sera terminé. Le Parti Kadima remportera facilement les élections en Israël. Olmer pourra alors appliquer le plan Sharon de séparation unilatérale limitant la Palestine à la bande de Gaza et à une étroite bande de terre en Cisjordanie, morcelée en différents « pays » séparés les uns des autres par le mur et par des check point qui deviennent autant de frontières intérieures, sans lien direct avec l’extérieur puisque la vallée du Jourdain serait purement et simplement annexée par Israël. Tout sera fait pour rendre impossible la vie quotidienne des Palestiniens, le but étant de les contraindre à partir. Il faut reconnaître effectivement que pour la première fois depuis des années la tentation de quitter le Pays existe, surtout bien entendu dans les villes et chez les diplômés. Les Palestiniens se trouvent donc, dans l’indifférence du monde, dans une situation concrète, la pire qu’il n’aient jamais connue, dépendant pour leur survie du bon vouloir de l’aide internationale qui se fera bien entendu sous ses conditions politiques. Cependant la grande majorité des Palestiniens que nous avons rencontré sont bien décidés à ne pas baisser les bras et malgré leurs critiques et leurs inquiétudes, sont assez fier qu’une Palestine sous occupation ait pu organiser et réussir de telles élections, et ne sont pas mécontent qu’une bonne ait été donnée aux politiciens. Ils nous disent « aidez-nous à rester » ! Ils nous appellent :
Alain Castan Vendredi 03 Mars 2006 |
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