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Une image vivante de la misère à Shuqba
publié le jeudi 24 novembre 2005

Campagne ‘Anti-Apartheid Wall’
 
Fakhri, un habitant de Shuqba, est un fermier palestinien. Comme tout fermier depuis des générations dans cette région, il dépend de deux saisons de production. Planter et récolter pendant l’hiver et l’été assure suffisamment de production et de revenus pour vivre. En hiver, Fakhri compte principalement sur les figues et en été, sur les olives. Le Mur de l’Apartheid a anéanti ce cycle et a mis en danger l’existence même de Fakhri (et de sa communauté) sur leur propre terre. Il raconte son histoire

Fakhri abid al-aziz Kadeeh : « Le Mur a détruit ma vie »

« Ils ont commencé le Mur l’année dernière, un mois avant la saison de récoltes des olives. C’était en octobre 2003. Ils ont déraciné les oliviers et détruit et isolé nos terres de 100 hectares. Plus de 55 oliviers ont été déracinés pour le tracé du Mur. Le maire de notre village, qui a également perdu des terres isolées derrière le Mur, a reçu des ordres de confiscation. Ils lui ont aussi demandé de distribuer ces ordres parmi les fermiers. La plupart des terres se trouvent à l’Ouest de Shuqba ».

Fakhri possède 5 hectares de terre isolés derrière le Mur. Il fait observer que « la plupart des 5 hectares m’appartiennent. Certaines terres sont pour les fils de mon oncle mais je les surveillais. Toutes ces terres sont maintenant isolées derrière le Mur en même temps qu’une petite maison que nous utilisions quand nous travaillions sur la terre. Ils ont commencé à déraciner 120 de mes oliviers. Ce morceau de terre était la plus fertile de toutes et maintenant ils l’ont détruit ». Cette terre était utilisée pour planter des figuiers et des amandiers à côté des oliviers. Le revenu annuel pour les seules figues équivalait à 4.500$. Un revenu mensuel de 375$ était considéré comme élevé dans un pays où les conditions brutales de l’occupation militaire transforment toute moyen de subsistance en un défi.

Depuis la construction du Mur, les forces d’occupation ont refusé de donner un permis à Fakhri pour qu’il puisse atteindre ses terres. Il a déclaré : « Ils m’ont dit d’aller à Beit Eal (un camp de l’administration militaire de l’occupation) et de ramener un permis(...) J’ai essayé plus d’une fois mais chaque fois ils m’ont dit que nous n’avions pas le droit d’avoir un permis ni d’atteindre nos terres ».

La terre isolée n’a pas été la seule perte pour la famille de Fakhri. Ils ont aussi perdu des terres à cause de la route de contournement réservée aux juifs (numéro 446). La route de contournement lie le bloc de colonies de Modi’in A’llit au bloc de colonies d’Arial à l’Ouest du district de Naplouse. Fakhri a expliqué comment : « A l’origine, notre village était dans les zones de 1948. Le village historique et la plupart de ses terres nous ont été pris après la guerre de 1948. Puis ils ont construit après la guerre de 1967 une route de contournement et ont saisi encore des terres des zones de 1948 et de 1967. Nous n’avons pas de colonies sur nos terres mais ils ont construit ces routes de contournement pour servir les blocs de colonies au Nord et au Sud de la Cisjordanie. Vous devez aussi compter les terres proches des deux côtés de ces routes de contournement. Ces terres nous ont été interdites que ce soit pour planter, construire ou tout autre forme d’investissement. Nous estimons qu’elles aussi sont perdues pour nous ».

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Oliviers détruits par l’occupation.

Sadaat Mohammad Omry : Nous aimons nos arbres comme nos propres enfants ».

L’image des ruines historiques de Shoqba, détruites et isolées, prédomine dans l’esprit de Sadaat Mohammad Omry. Sadaat, (75 ans) remarque que le fait d’avoir rasé ces terres revient à raser ses racines.

« Les maisons restent très nettement présentes à mon esprit. Je me souviens aussi des vieux puits d’eau, des grottes et des tombeaux de nos gens. Ce sont de très vieilles tombes islamiques. Mon père a vécu jusqu’à 105 ans mais toutefois il ne savait pas qui avait construit ces tombes. Certaines personnes disent que ces tombeaux étaient ceux de personnes qui vivaient ici avant la période romaine ».

« La terre était plantée de figuiers et d’oliviers. J’avais continué à planter des légumes et du blé à l’ombre des oliviers. Dans les bonnes terres, nous avions planté des figuiers. Nous aimions nos arbres autant que nos enfants. J’ai toujours été un fermier. Nous avions appris à travailler la terre, à cueillir les fruits et à prendre soin de notre terre. Nous passions toute la journée sur nos terres. Depuis l’âge de 15 ans jusqu’au moment où elle nous a été confisquée, je plantais et j’arrosais cette terre. J’ai vécu avec cette terre jour après jour. Je continuais à m’en occuper jusqu’aux récoltes. Chaque figuier produisait 2 cageots de figues qui rapportaient environ 22$. Sur ma terre, il y avait 75 arbres. Jusqu’à présent, ils en ont déraciné 15 d’entre eux ».

Alors comment a-t-il réagit au déracinement de ses arbres ? Sadaat répond : « Quand j’ai vu les bulldozers, j’ai dit au soldat qu’il faudra d’abord tirer sur moi puis je me suis couché devant les bulldozers. Les soldats m’ont dit qu’il serait préférable que je bouge ou sinon ils allaient vraiment tirer sur moi. C’était si horrible. Je me tenais sur ma terre et ils menaçaient de me tuer. Alors j’ai pensé. Ils ont déjà pris ma terre alors qu’ils me tuent. Ils ont pris la terre pour construire trois routes de contournement de 70 mètres de large. Puis ils ont dit qu’il allait y avoir une zone tampon de 200 mètres de large à côté de la route. Ils ont mis des caméras tout le long de la route et des véhicules militaires font le va et vient et menacent de tirer sur nous si nous nous approchons des routes ».

Cette terre isolée et confisquée était le seul revenu pour Sadaat et sa famille de 30 membres. Il a vu sa terre être détruite et les arbres être déracinés. Il voit maintenant la faim et la souffrance de sa famille engendrées par le Mur de l’Apartheid et les routes de contournement réservées aux seuls juifs.

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