Accueil >> Informations >> Analyses >>
La situation du développement agricole dans le Gouvernorat de Jérusalem
publié le vendredi 4 novembre 2005

Les Comités Palestiniens d’Entraide Agricole : PARC
 
Suite à l’action unilatérale israélienne de retirer les colons juifs de la Bande de Gaza, le PARC contribue à l’effort national pour résister aux nouveaux projets israéliens d’annexion, de confiscation de la terre, de construction de colonies et de construction du mur pour encercler Jérusalem-Est occupée...

...et de transfert de 55 000 Palestiniens résidents de la Municipalité de Jérusalem-Est en Cisjordanie, contrairement aux résolutions internationales qui considèrent Jérusalem-Est comme partie intégrale des Territoires Palestiniens Occupés.

Depuis son retrait unilatéral de Gaza, Israël a accéléré la mise en œuvre de sa politique en créant de nouveaux faits accomplis sur le terrain en Cisjordanie, y compris à Jérusalem, en ne tenant aucun compte de toutes les demandes de la communauté internationale de stopper cette politique. Ces faits rendront impossible toute solution pacifique entre Israéliens et Palestiniens.

Les conséquences de l’occupation sur l’agriculture dans le gouvernorat de Jérusalem [1]. Le développement agricole et rural dans le Gouvernorat de Jérusalem souffre du contexte politique et de la discrimination systématique à l’encontre des citoyens Palestiniens de Jérusalem annexée en 1967 [2]. Les terrains confisqués des villages de Jérusalem vont être utilisés pour construire de nouvelles colonies juives, en ne laissant aucune place pour l’agriculture et la construction palestinienne.

Par conséquent, les habitants palestiniens de Jérusalem des villages environnants ont souffert et souffrent d’une diminution drastique de terres cultivables et du nombre de travailleurs agricoles (diminution de 70%), ce qui affecte irrémédiablement la sécurité alimentaire de la population. Le plupart des terres qui sont touchées par la politique israélienne d’expropriation étaient plantées en oliviers et arbres fruitiers.

Le rapport annuel 2003 de PCBS indique que, dans le Gouvernorat de Jérusalem, 5.6% de la superficie est cultivée, 0.6% est constitué de forêts et de zones boisées, et 73.9% sont classés dans la catégorie "autres", ce qui inclut les pâturages pour l’année 2003 [3]. Ce rapport montre également que la production agricole pour l’année 2001-2002 s’élève en valeur à 15 359 USD dont 20.7% en production végétale, et le reste en production animale.

Le Centre de Recherche de la Terre indique que dans le Gouvernorat de Jérusalem, l’occupation du terrain comprend [4] : - superficie occupée par la végétation naturelle : 55 076 dunums ; - prairies naturelles : 53 659 dunums - forêts de conifères : 7776 dunums - oliveraies : 2615 dunums - terres agricoles non irriguables : 2403 dunums.

Les diverses mesures israéliennes ont des effets directs et indirects sur la surface agricole et sur la production et la vente des produits agricoles. Beit Sourik, au nord-ouest de Jérusalem, constitue un bon exemple : au fil des années, ce village connaît une grave diminution de sa superficie d’environ 12 000 dunums (bâtie et agricole). Actuellement, il reste environ 3500 dunums de terres cultivables. Les villages de Beit Hanina et de Ejdairah, qui sont connus pour leurs plaines comprenant 20% de la terre cultivable du Gouvernorat de Jérusalem, sont isolés par le Mur. Par conséquent les agriculteurs n’ont aucun débouché pour leurs produits agricoles et ne peuvent pas s’approvisionner en intrants.

Etant donné le fait que la plupart des colonies juives sont maintenant situées entre la Ligne Verte et le Mur, elles s’étendent au dépend des territoires palestiniens. 55 000 Palestiniens résidents de la Municipalité de Jérusalem Est ont été transférés en Cisjordanie par la construction du Mur et la continuité palestinienne à Jérusalem est réduite à néant par les colonies juives, la démolition de maisons et la construction du Mur [5].

Avec la fin de la 5ème phase de construction du Mur, un certain nombre de villages ou de banlieues comme Ar-Ram, Dahiyet Al-Bareed, Az- Z’ayyem, et Hizma vont être enclavés ou complètement isolés de leur environnement proche. De plus, certains quartiers qui se trouvent dans les limites de la Municipalité de Jérusalem vont être isolées de la Ville comme le camp de réfugiés de Shu’fat, Ras Khamis et Dahiyet As Salam. [6]. Plus de 70 000 Palestiniens et 81 317 dunums vont être piégés de l’autre côté du Mur2 [7]. Le Mur a des conséquences irréversibles sur l’agriculture. Il confisque des dizaines de milliers de dunums qui étaient cultivés auparavant et de terrains à vocation agricole.

De plus, dans certaines zones, les agriculteurs vont être séparés de leurs terres agricoles par le Mur. Ils ne pourront avoir accès à leurs terres sans permis officiels, délivrés au bon vouloir des autorités d’occupation israéliennes qui leur les refusent souvent. Sur le long terme, ces terres seront confisquées par Israël car elles seront considérées comme négligées et non-cultivées. Ainsi, de plus en plus d’agriculteurs perdront leurs sources de revenus et deviendront pauvres.

Cela s’ajoute aux autres problèmes dont souffre actuellement la population de Jérusalem. D’une part le rejet des déchets des colonies israéliennes et des eaux usées dans les villages et les quartiers palestiniens conduit à la pollution de la nappe phréatique et à la mort des cultures. D’autre part, les zones palestiniennes sont caractérisées par une très forte densité des constructions et un manque de permis de construire ainsi qu’un manque constant d’infrastructures et de services telles que les routes, adductions d’eau, et réseau d’eaux usées, écoles, hôpitaux. Les besoins pour la croissance, la survie et l’existence des Palestiniens dans la Jérusalem annexée ont été complètement ignorés.

Historiquement les agriculteurs de Jérusalem et des villages environnants dépendent de la vieille ville pour vendre leurs produits et pour acheter les intrants et les équipements nécessaires pour leur activité ainsi que pour les services de base tels que la santé et l’éducation. Des agriculteurs interrogés des villages du Gouvernorat de Jérusalem ont indiqué qu’effectivement, ils ne se rendaient jamais à Ramallah ou à Bethléem à ces fins. Ainsi, ils ont tous du faire face au harcèlement systématiques et intenses de la part des Israéliens et à des restrictions, spécialement pour les femmes qui portaient leurs produits à Jérusalem, le personnel de la Municipalité israélienne de Jérusalem avec l’aide des forces de police ayant souvent agressé les vendeurs de légumes et de fruits. Les produits agricoles sont soit détruits devant les yeux des agriculteurs, soit confisqués, et dans la plupart des cas, les producteurs doivent payer de lourdes amendes. Bien que la Municipalité de Jérusalem ait affecté une zone proche de la porte de Damas pour les vendeurs de légumes à la fin des années 90, elle a rapidement démantelé la place du marché afin de construire une route, dans le cadre de son plan pour contrôler la totalité de la ville. C’est sans mentionner les anciennes zones d’épicerie de détail dans la vieille ville de Jérusalem dans lesquelles de nombreux agriculteurs palestiniens vendaient leurs fruits et légumes. L’une d’entre elles a été fermé, et l’autre a été transformée en un marché aux souvenirs en raison des restrictions israéliennes systématiques et du harcèlement.

L’immense marché de produits agricoles situés à Wad El oze (près du Musée Rockfeller) à Jérusalem Est a été la cible de la politique discriminatoire israélienne. Selon la loi de 1950 amendée par la Knesset le 28 juin 1967, les Israéliens ont utilisé tous les moyens possibles pour étendre illégalement sa juridiction sur Jérusalem-Est et pour maintenir son contrôle exclusif. Israël a fait tout ce qui était possible pour détruire l’agriculture palestinienne et pour garder la bride serrée sur les centres d’échanges principaux en empêchant le transfert des marchandises agricoles palestiniennes des villages alentour et de Cisjordanie vers le marché. Le personnel du Ministère israélien de l’agriculture et du département des Douanes a souvent fait des descentes dans le marché, ou arrêté des camions chargés de marchandises et confisqué les récoltes aux check-points ou aux barrages routiers. L’objectif était de maintenir un puissant marché dans la dite Jérusalem unifiée en détruisant le marché palestinien, qui était le poumon des agriculteurs palestiniens et de la population de Jérusalem-Est.

De plus, les épiceries palestiniennes et les supermarchés dans Jérusalem-Est ne sont pas autorisés par la loi à vendre des produits palestiniens, qu’ils soient végétaux ou animaux. Vendre ces produits sans une licence ad hoc est considéré comme illégal par les parties israéliennes concernées. Des descentes des inspecteurs du Département des douanes israéliennes ont lieu fréquemment dans les magasins palestiniens pour s’assurer qu’aucun produit agricole palestinien n’y est vendu.

D’un autre côté, la richesse de l’élevage palestinien dans le Gouvernorat de Jérusalem fait face à une menace de destruction totale en raison des mesures israéliennes. Les pâturages utilisés par les Bédouins Palestiniens sont soient confisqués, soit déclarés zone militaire fermée. Les Bédouins arabes de Al-Jahhalin, par exemple, ont été dépossédés de milliers de dunums de prairies sur les communes de Abu Dis et ’Eizariyyeh en raison de la construction du Mur. Un porte-parole de Al-Jahhalin a rapporté au quotidien Al-Quds qu’au moins 100 familles vivant dans les montagnes à l’Est de Jérusalem avaient reçu une mise en demeure israélienne suite à l’approbation par la Knesset du tracé du Mur entre Al-Jahhalin et Ma’ale Adumin [8]. Les bédouins arabes du village de ’Anata ont aussi été victimes de démolitions et plus récemment des Bédouins qui vivent prêts du quartier militaire israélien "Anatot" ont reçu de nouvelles notifications de destructions de maisons.

En raison de la confiscation des pâturages, les coûts d’élevage des animaux ont augmenté fortement et la possibilité des éleveurs d’acheter du fourrage qui est normalement très cher a diminué. Par conséquent, la viabilité économique de l’élevage s’est détériorée sur un laps de temps très court.

En conclusion, les Israéliens poursuivent la mise en place de très nombreuses mesures qui ont toujours eu comme objectif de paralyser l’économie palestinienne, en détruisant l’agriculture de subsistance palestinienne qui est une source pour la sécurité alimentaire et en transformant le marché palestinien à Jérusalem et partout en Cisjordanie en une immense marché de consommation de différents produits agricoles israéliens. Les pratiques israéliennes ont pour effet de faire souffrir à la fois les producteurs et les consommateurs palestiniens ; les consommateurs Jérusalemnites étant forcés d’acheter des produits agricoles animaux et végétaux aux compagnies israéliennes telles que Tnuva, produits très chers pour eux en raison de leurs mauvaise situation économique.

Les mesures israéliennes empêchent le travail des institutions liées à l’agriculture

Sous l’effet des contraintes israéliennes permanentes sur le Peuple Palestinien, les efforts des ONGs et de l’Autorité Palestinienne ont peu d’effet voire même aucun d’effet du tout sur l’amélioration des conditions de vie des populations ou sur l’allègement de leur détresse, ce qui conduit à les exposer de plus en plus à la pauvreté et à la vulnérabilité.

Le Mur, les barrières, les check-points et les barrages routiers empêchent les ONGs de se déplacer librement, en créant un environnement discontinu pour la mise en œuvre de leurs activités de manière sure et efficace. Les mesures et la politique israéliennes font courir de graves risques au personnel des ONGs et font obstruction à leur fonctionnement.

Le Bureau de l’Agriculture du Gouvernorat de Jérusalem et le Ministère de l’Agriculture Palestinien ont indiqué qu’une zone immense qui bénéficiait auparavant des activités et des services de ce bureau est maintenant isolée. Par exemple, les employés du Bureau ne peuvent plus se rendre à ’Anata, As-Sawahreh Ash-Sharqiyyeh, Beit Sourik, Beit Hanina et Ejdairah, etc. Selon les documents du Bureau de l’Agriculture, 19 hameaux et des centaines de fermes ont été abandonnés. 10 hameaux ne sont plus accessibles aux équipes du Bureau.

La division du PARC à Jérusalem a mis en exergue les conséquences des barrages israéliens et du harcèlement envers les agriculteurs palestiniens sur le travail de ses équipes et de ses agents de terrain. L’accès aux villages cibles est très compliqué même pour le personnel de terrain qui a l’habitude d’utiliser des chemins de contournement qui allongent les trajets et donc revient plus cher. Le niveau des performances de l’équipe a été réduit en raison du fait qu’ils doivent faire moins de visites de terrain et passer moins de temps pour suivre les projets. Cela coïncide avec le fait que les Institutions palestiniennes leur demandent d’élargir leur secteur d’activités et de fournir plus de services aux populations rurales de Jérusalem comme la réduction de la pauvreté et les projets générateurs de revenus.

La division du PARC à Jérusalem a signalé que ses équipes avaient été soumises à des au harcèlements israéliens pendant qu’ils étaient en activité. Par exemple, un des techniciens du PARC a été arrêté par les soldats israéliens au cours d’une manifestation contre la construction du Mur, organisée par les habitants des villages du Nord-Ouest de Jérusalem [9].

Le PARC contribue à la survie de l’agriculture dans le Gouvernorat de Jérusalem.

Le PARC continue à apporter ses services dans les villages et les communautés des Bédouins du Gouvernorat de Jérusalem grâce aux associations de femmes, d’agriculteurs et de jeunes que le PARC a contribué à constituer. Nous avons mis en œuvre de nombreux projets tels que la réclamation des terres et le développement. Des procédures pour réclamer des centaines de dunums ont été mises en œuvre. La distribution et la plantation de centaines d’oliviers dans la cour des écoles et des institutions situées dans la zone de la Municipalité de Jérusalem ont été organisées. De plus le PARC a mis en œuvre son programme "travail contre nourriture" à travers lequel des activités de construction, de réhabilitation et de transformation de produits ont été développées. Le PARC a aussi mis en place des activités de protection de l’environnement et à cette fin a créé un certain nombre de comité de bénévoles.

D’un autre côté, le PARC a joint ses efforts à ceux d’autres institutions palestiniennes résistant à la politique israélienne. Nous sommes membres d’une Coalition pour Jérusalem, qui a mis en place une campagne pour dénoncer les conséquences désastreuses du plan 2000 de la Municipalité de Jérusalem-Est. Actuellement cette Coalition prépare un projet alternatif qui serait compatible avec la légalité internationale et les intérêts des Palestiniens.

Le PARC réclame le soutien et des actions en faveur des communautés rurales de Jérusalem pour toutes les parties concernées au niveau national, régional et international. Nous demandons à l’Autorité Palestinienne de modifier l’allocation de ses budgets de façon à venir en aide aux citoyens Palestiniens de Jérusalem afin qu’ils puissent survivre dans leur ville. D’autres projets qui ciblent le développement agricole sont nécessaires pour aller à l’encontre de la menace permanente des colonies, de la confiscation des terres et du Mur.

[1] Selon PASSIA, le Gouvernorat de Jérusalem de l’Autorité Palestinienne dispose de limites de disctrict différentes de celles de la municipalité israélienne de Jérusalem, qui inclut la partie annexée unilatéralement et illégalement de Jérusalem-Est.La superficie totale du Gouvernorat de Jérusalem comprend 319 790 dunums (31 979 ha) dont 117 551 dunums situés dans la partie annexée par Jérusalem en 1967. PASSIA : données 2004, http://www.passia.org/index-facts.htm

[2] Selon B’Tselem, Israël a annexé environ 70 km2 de Jérusalem-Est et des villages voisins de Cisjordanie et les a inclus dans la Municipalité de Jérusalem., Israël a confisqué un tiers des terrains annexés, c’est-à-dire environ 2400 ha, dont la plupart étaient propriété privée palestinienne. http://www.btselem.org/english

[3] Livre des statistiques annuelles de Jérusalem n°6 (mis à jour 10 juillet 2004)

[4] La Société d’Etudes Arabes, Centre de Recherche sur la Terre, Unité GIS et Cartographie, Octobre 2005

[5] Rapport du Rapporteur Spécial de la Commission des Droits de l’Homme, sur la situation des droits de l’Homme dans les territoires palestiniens occupés par Israël depuis 1967, août 2005

[6] Le Mur de l’annexion et de la colonisation : ses impacts sur la zone de Jérusalem. Le Centre International pour le Paix et la Coopération, 2005

[7] interview du Directeur Général du Bureau de l’Agriculture du Gouvernorat de Jérusalem, 9 octobre 2005.

[8] Al-Quds, numéro 13 001, Jeudi 27 Octobre 2005, p11

[9] Interview du Directeur de la division du PARC à Jérusalem, le 13 Octobre 2005

Octobre 2005 PARC http://www.pal-arc.org traduction : Nathalie Ollat, Afps
imrimer cet article Impression
Envoyer par mail
Destinataire  :
(email du destinataire)

De la part de 
(entrez votre nom)

(entrez votre email)



Sur le même sujet :

Morsi Attalla | 20 juin 2008

Mehdi Benchelah | 19 juin 2008

al-Quds | 17 juin 2008

Caroline Stevan | 3 juin 2008

F. Leroux | 6 mai 2008

Meron Benvenisti | 26 mars 2008

Joharah Baker | 18 mars 2008

Morsi Attalla | 7 mars 2008

Benjamin Barthe | 21 février 2008

Actualités :

Benjamin Barthe | 20 juillet 2008

Michel Bôle-Richard | 19 juillet 2008

Politis | 18 juillet 2008

Palestinian Centre for Human Rights (PCHR) | 18 juillet 2008

Jean-Claude Lefort | 17 juillet 2008

T. Hocine | 17 juillet 2008

Uriel Da Costa | 17 juillet 2008

Jeanine Jalkh | 16 juillet 2008

Radio-Canada.ca avec Agence France Presse et Reuters | 16 juillet 2008

Olivier Ferrand | 16 juillet 2008


L'AFPS soutient le peuple Palestinien dans sa lutte pour la réalisation de ses droits nationaux. Elle agit pour une paix réelle et durable, fondée sur l'application du droit international. Lire la charte
Dans une volonté d'information large, afin que nos lecteurs puissent avoir des outils d'analyse de la situation en Palestine et aussi en Israël, l'Afps traduit et publie des auteurs divers. L'opinion des auteurs que nous publions ne reflète pas nécessairement celle de l'Afps.
Site conçu avec le logiciel libre SPIP.