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Jérusalem dans l’étau de l’annexion
publié le mercredi 10 août 2005

Isabelle Avran - Pour la Palestine n°46
 
Tandis que l’attention de la communauté internationale en Palestine occupée se polarise sur l’hypothèse d’un retrait israélien de la bande de Gaza, ravagée par les chars et les bombardements après des décennies d’étouffement, et toujours promise à l’encerclement, en Cisjordanie les programmes d’extension des blocs de colonies et même d’annexion se concrétisent de façon foudroyante.

Grâce, en particulier, à la poursuite de l’édification du réseau de murs condamné par la Cour internationale de Justice et l’Assemblée générale des Nations unies. Au coeur du dispositif : Jérusalem. Entre projets de destruction de quartiers palestiniens entiers, d’édification de nouvelles chaînes de colonies de la vieille ville jusqu’à la vallée du Jourdain, et hachure de la partie orientale de la ville par la progression inexorable du mur, c’est la survie même de la Jérusalem palestinienne qui est aujourd’hui menacée.

La plus vaste opération de démolition à Jérusalem-est depuis 1967. C’est ce que prévoit la municipalité israélienne dans le vieux quartier d’al-Boustan, au sein de Silwan, quelques centaines de mètres en contrebas des remparts de la ville. Quatre-vingt-huit bâtiments d’habitation sont menacés de disparition, et quelque mille Palestiniens risquent ni plus ni moins que d’être jetés à la rue par les bulldozers. Pour l’ingénieur de la municipalité qui a ordonné l’expulsion et la destruction des maisons, Uri Shetrit, il s’agit de remplacer le quartier palestinien par un « parc archéologique ». Rien moins. Motif : le roi David aurait séjourné dans ce site voici trois mille ans, y laissant des traces archéologiques dont l’importance aujourd’hui, à l’aube du XXI è siècle, serait plus essentielle que la vie, le passé, le présent et l’avenir d’un millier de Palestiniens, que leurs droits, que l’effacement des traces de leur existence dans ce lieu depuis des générations, et que l’hypothèse de la paix. Car c’est bien ce qui est plus fondamentalement en jeu dans ce projet, nouvel avatar de l’israélisation forcée de la ville entreprise depuis trente-huit ans. Elle passe par l’éviction d’une partie de sa population palestinienne et par l’érection de colonies, avec pour obsession la démographie de la cité et l’objectif affiché d’y implanter et d’y pérenniser une « majorité juive », en rupture totale avec son histoire mosaïque, plurielle. Tandis qu’Israël s’est approprié la totalité de Jérusalem-ouest, il s’agit de s’approprier aussi dans les faits l’Est illégalement annexé, notamment en grignotant maison par maison, quartier par quartier, faubourg par faubourg la partie orientale de la ville en la vidant de sa population actuelle. Et de préempter également son avenir dans l’éventualité d’une négociation, simultanément rejetée dans son principe. Principaux vecteurs de cet expansionnisme sans limites : le réseau de murs, qui encercle les quartiers palestiniens et les transforme en ghettos isolés et étranglés ; l’intensification de la construction de colonies, qui n’ont plus seulement pour vocation de séparer la ville de son arrière pays palestinien, mais aussi de dissocier le nord du sud de la Cisjordanie, inaccessibles l’un à l’autre, de rendre impossible une quelconque continuité territoriale de la Cisjordanie et dès lors la viabilité d’un aléatoire Etat palestinien ; la pérennisation d’un plan d’aménagement de la ville enfin, qui empêche l’expansion des quartiers palestiniens et s’accompagne d’une incitation frénétique et agressive au départ de leurs habitants, par une politique d’occupation de leurs institutions, de harassements, de restriction des services publics, d’étouffement, mais aussi de retrait de cartes de résidents ou de destructions de maisons. Et maintenant, d’un quartier entier de la ville.

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Jerusalem et sa région
Carte du PENGON - 2003

Silwan et la stratégie des bulldozers

A Silwan, comme ailleurs en Cisjordanie, lorsque les bulldozers procèdent à l’anéantissement de logements, les autorités israéliennes s’entourent de précautions légales. Non pas au regard du droit international ; les Conventions de Genève interdisent explicitement ces destructions autant que le déplacement des populations. Mais au regard de tout un système de lois, héritées de l’ère ottomane et des lois d’exception du mandat britannique, ou spécialement conçues pour permettre le projet colonial. Ainsi, d’abord, des lois sur les « propriétés des absents », qui octroient à Israël les biens des Palestiniens absents de chez eux lorsque faisaient rage les guerres d’expulsion de 1947-1948, ou qui ne peuvent y avoir accès. Mais pas seulement : si la Cour suprême israélienne s’inquiète des possibles conséquences internationales de l’usage de telles lois dans Jérusalem, le droit de construire dans leurs quartiers est refusé tout aussi illégalement aux Palestiniens, depuis plusieurs décennies, malgré la croissance démographique. L’absence de permis de construire sert ensuite de prétexte pour faire fonctionner les bulldozers. C’est précisément ce qui se joue aujourd’hui dans ce quartier al-Boustan de Silwan. Les maisons plus anciennes sont elles aussi menacées. Mohammed Badran, l’un de ses habitants, vient de recevoir l’un des premiers ordres de démolition. Sa maison date pourtant de 1961, six ans donc avant l’occupation de Jérusalem-est par Israël. Il dispose d’un acte notarié de 1920 prouvant que le terrain appartenait à son grand-père avant d’être transmis à ses descendants, et avait reçu un permis de construire... de la Jordanie. Les colons, la municipalité et l’armée n’en sont pas à leur premier essai dans ce faubourg palestinien. Voici plus de dix ans que des colons, principalement de l’organisation extrémiste el-ad, y occupent des maisons palestiniennes. Ils y ont fait irruption de nuit, armés, ont vidé une partie des habitants, se sont installés, sont restés avec l’appui de l’armée.

Certaines maisons sont coupées en deux : la famille palestinienne dans une pièce, les colons dans les autres. Des « Rambos » -pour reprendre leurs propres termes fanfarons- travaillant pour des milices privées au service des colons, saturés d’armes ostentatoires, gardent l’entrée des ruelles, fouillent ou refoulent les visiteurs indésirables. Aujourd’hui, dans les rues qui descendent vers al-Boustan, où se pressent de petits groupes de colons fanatiques en excursions idéologiques, se sont érigées caméras et tours de gardes. Les projets des colons se soutiennent d’une totale collusion avec les objectifs des autorités municipales et étatiques. En 1992, le « rapport Klugman » (du nom d’Haim Klugman, alors directeur général du ministère de la Justice israélien), indiquait que plusieurs ministères avaient attribué des dizaines de millions de dollars à des associations de colons comme El-ad [1]. Uri Bank, du parti extrémiste Moledet, évoque « un jeu de légo », qui permet d’occuper le terrain, « d’isoler les quartiers arabes » et de « créer une continuité juive » dans la Jérusalem orientale. Meir Margalit, animateur de l’organisation israélo-palestinienne contre les destructions de maisons (ICADH), souligne que la disparition de ce quartier de Silwan permettrait aussi de relier les colonies de Silwan à celles de Ras-Al-Amoud, plus à l’est. Et, à terme, à la colonie de Ma’aleh Adoumim [2]. Tout un programme pour l’ensemble de la ville est en cours, qui passe par l’installation de ces points de colonisation. « J’ordonne la suppression de toutes les constructions illégales dans la Vallée des Rois », s’autorise Uri Shetrit. Une rhétorique biblique pour un projet politique. En évoquant le retour du site à « son aspect originel », Uri Shetrit installe donc une politique de « nettoyage ethnique »
 selon la qualification des organisations de défense des droits humains - dans un discours religieux. Une stratégie autant qu’une argutie d’un autre temps. Car si la bataille pour Jérusalem dérivait vers la guerre de légitimité religieuse, elle risquerait de se dessaisir de son fondement : la défense du droit.

Une colonisation ininterrompue

Cette politique israélienne à Jérusalem n’est pas nouvelle. Le 6 juin dernier, des défilés aux drapeaux israéliens ont célébré la conquête en 1967 de Jérusalem- est, illégalement annexée en 1980, tout comme sa partie occidentale [3]. Le quartier al-Maghrebi, dans la vieille ville, fut le premier entièrement rasé. Entre 1948 et 1967, Jérusalem-est s’étendait sur 6 km2, constitués de la vielle ville et de ses faubourgs. 64 km2 y ont été intégrés en 1967, pour servir à la construction à venir de colonies [4]. Officiellement, l’Etat israélien et la municipalité alors dirigée par le maire travailliste Teddy Kollek entendaient établir un rapport démographique 72/28, ce qui signifie « 72% de juifs et 28% de non-juifs ». Depuis 1967, 35% des terres appartenant aux Palestiniens ont servi à la construction de colonies et de routes, 54 % ont été déclarées « espaces verts ouverts », interdits à la construction pour les Palestiniens. Restent 11%, sous contrôle... [5] La colonisation de la ville orientale n’a depuis jamais cessé. On se souvient, en 1995, alors qu’Yitzakh Rabin était Premier ministre, du blocage de toute négociation qu’avait engendré la confiscation des terres du Jabal Abu Ghneim, où a ensuite été érigée Har Homa, censée boucler la ceinture de colonies autour de la ville.

Le 24 janvier 1993, le gouvernement (Likoud) adopte les recommandations de Shimon Sheves sur la « Jérusalem métropolitaine », comme « zone de développement prioritaire ». Cette « très grande Jérusalem » couvre 15% de la superficie de la Cisjordanie. Le 22 janvier 1995, le gouvernement d’ Yitzakh Rabin se penche à son tour sur le projet [6]. Le plan « Jérusalem métropolitaine » consiste en un remaniement majeur des frontières, des populations, des conditions de vie, souligne le géographe Jan de Jong. Une grande agglomération relierait Ramallah au nord à Bethléem au sud, Latrun à l’ouest à Jéricho à l’est, sur un territoire d’environ 1000 km2 dont 70% en Cisjordanie. L’extension des colonies est conçue comme l’une des « réponses » à la croissance de la population palestinienne dans cette région, notamment celles de Givat Ze’ev au nord-ouest, de Ma’aleh Adumim à l’est et de Betar et Efrat au sud. Des routes « de contournement », réservées aux colons, donneraient la profondeur géographique et économique à l’ensemble, y attirant une population israélienne susceptible de travailler dans les parcs industriels le long de la ligne verte, explique le géographe. En septembre 2004, le nouveau maire, Uri Lubliasky (Likoud), qui a succédé à Ehud Olmert, dévoile lors d’une conférence de presse les grandes lignes du « schéma de planification 2000 » [7]. Le but est d’annexer environ 7.500 dunumsde terres palestiniennes [8]. Comme le constate le géographe palestinien Khalil Toufakji, des terres continuent à être confisquées et des points de colonisation mis sur pieds. Tel est les cas, par exemple, dans la vieille ville, au coeur du Jabal Mukaber, dans le quartier de cheikh Jarrah.

Ma’aleh Adumim et le projet E1

Un autre projet, élaboré par le gouvernement d’Yitzhak Rabin en 1993 et exhumé cette année, ne cesse d’inquiéter. « E1 », c’est son nom, consisterait à relier le bloc de colonies d’Adoumim, au coeur de la Cisjordanie, à Jérusalem. Le projet permettrait, s’il se réalise, de créer une continuité coloniale de Jérusalem à la vallée du Jourdain, puisque les terres confisquées pour ce bloc de colonies stratégiquement décisif s’étendent quasiment jusqu’à Jéricho. Situé à l’Est de Jérusalem, en effet, il se compose de six colonies et d’une zone industrielle. En mars dernier, la presse israélienne révélait les intentions d’Ariel Sharon de relancer ce programme « E1 ». C’est par sa mise en oeuvre que le gouvernement israélien entend couper en deux la Cisjordanie. Il prévoit la construction de 3.500 « unités de logements » pour les colons, au nord-est de Jérusalem, à la lisière des colonies de Pisgat Ze’ev et de French Hill. De premières destructions ont déjà eu lieu, en particulier sur les terres d’Issawiya, et menacent 150 hectares de terres du village, dont certaines ont déjà été confisquées voici une vingtaine d’années et déclarées « terres d’Etat » et d’autres sont encore aujourd’hui cultivées, notamment de céréales. Le village, faubourg de Jérusalem-est, qui compte quelque 12.000 habitants, perdrait dès lors ses terres, ses ressources, son économie et son mode de vie, et serait totalement isolé, à la fois du reste de la ville et du reste de la Cisjordanie.

Le projet « E1 » s’inscrit dans une stratégie plus large d’annexion de grands blocs de colonies à Israël. Dans un entretien à Libération en février dernier [9], l’ancien Premier ministre travailliste israélien Ehud Barak, celui-là même qui menait la délégation israélienne à Camp David en juillet 2000 et entendait faire de la renonciation au droit international un préalable à la négociation finale, se dit « convaincu que la seule solution viable pour l’avenir d’Israël est un retrait des territoires », mais n’hésite plus à affirmer à ce sujet : « le tracé de la barrière de sécurité permet d’inclure 70 à 80 % des colons dans Israël, le reste doit être rapatrié “à la maison” ». Et, comme le remarquent les autorités palestiniennes, la question ne tient pas seulement -voire pas d’abord- au pourcentage de terres concernées, mais aussi à leur localisation, stratégique.

Ainsi, au nord-ouest de Jérusalem, du bloc de Givat Ze’ev, et de celui de Gush Etzion, au sud. Au-delà, deux blocs de colonies s’inscrivent dans les projets d’annexion. D’une part celui d’Ariel, au nord de la Cisjordanie, d’autre part, au sud, celui de Kyriat Arba...

Les colons de l’ensemble de ces blocs représentent 80% de ceux de Cisjordanie, ceux-là mêmes que mentionne Ehud Barak, outre ceux installés dans Jérusalem. Une démographie et une géographie bien plus substantielles que ce que représentent les quelque 8000 colons occupant 40% du territoire de la petite bande de Gaza où sont aujourd’hui rivés les regards...

Un réseau de murs d’étranglement et d’annexion

S’approprier, et évincer. Deux volets indissociables d’une même entreprise. Entre les interdictions de construire quand les nouvelles générations suffoquent dans des espaces restreints, les retraits de cartes de résidence, les tracasseries administratives pour les époux des habitantes de la ville, les choix impossibles mais imposés entre perte du statut de résident ou écartèlement des familles, la détermination à rester malgré tout à Jérusalem relève souvent de la résistance au quotidien. Des chercheurs palestiniens mettent en évidence le nombre de plus en plus grand de Palestiniens habitant aujourd’hui dans des bus ou des caves pour ne pas risquer de ne plus pouvoir rester, voire entrer, à Jérusalem. Pourtant, ils continuent à s’acquitter d’impôts locaux. Sans bénéficier de services de la ville dans les mêmes proportions. Karim Jubran, qui travaille pour l’association B’Tselem dans le camp de réfugiés de Shufat évoque même « l’apartheid de l’éclairage des routes »... Quant aux institutions palestiniennes, elles connaissent aussi fermetures, occupations, voire confiscations de leurs dossiers, telle la Maison d’Orient, depuis août 2001.

Interdits d’entrée et de sortie

Le réseau de murs qui se construit dans et autour de la ville malgré les recommandations de la Cour Internationale de Justice et la résolution des Nations unies crée de nouveaux obstacles. D’abord en confisquant de nouvelles terres, voire en rasant de nouvelles maisons et autres bâtiments privés ou publics pour son tracé et ses environs. Mais pas seulement. Danny Rubinstein, dans le quotidien israélien Ha’aretz [10], met en exergue les multiples desseins et conséquences de ces murs, qui coupent totalement les quartiers palestiniens les uns des autres. Dahiet al-Barid est d’ores et déjà divisé en deux. Ils créent aussi une barrière entre les habitants de la ville et ceux du reste de la Cisjordanie. Voilà plus de dix ans que ceux-ci ne peuvent plus accéder à leur capitale économique, administrative, sanitaire, scolaire, culturelle, spirituelle... sans permis délivrés au compte-gouttes et pour des durées

Aujourd’hui, ils bloquent les entrées de la ville. Mais ils en colmatent aussi la sortie.

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© Joss Dray

En janvier dernier, plusieurs automobilistes jérusalémites ont été bloqués par l’armée au check-point de Qalandyia, barrage militaire sous haute surveillance sur la route menant vers Ramallah et les villages du nord. Puis c’est la route entre Abu Dis et Wadi an-Nar, vers le sud, qui s’est trouvée coupée à son tour. Il ne s’agit pas là que de l’arbitraire habituel des soldats aux check-points : c’est en juillet que le réseau de murs devrait être bouclé dans et autour de la ville ; seules une dizaine de portes permettront de le franchir. L’hypothèse de l’instauration de permis pour sortir de la ville, comme de ses faubourgs de Joz, Ras al-Amoud, Suwwana, al-Tour, Silwan ou Wadi..., en direction du reste des territoires occupés est sérieusement envisagée. Durant les négociations de Camp David, la partie israélienne prétendait maintenir ces territoires sous sa juridiction.

Toute la vie des Palestiniens de Jérusalem serait bouleversée par cette politique. Dépossédés, enfermés dans une série de ghettos à l’intérieur même de la ville, ils perdraient aussi toute possibilité d’échanges avec le reste de la population, en particulier économiques et commerciaux. Ils perdraient aussi l’accès à leurs propriétés en dehors de la ville, alors que nombre d’entre eux ont terres ou maisons à Hébron, par exemple, au risque de s’en faire également déposséder, comme « absents ». Ils seraient aussi privés de leur travail à l’extérieur des murs, comme l‘explique Ziad Hammouri, responsable du Centre de Jérusalem pour les droits sociaux et économiques (JCSER), tandis que tous ceux qui sont à l’extérieur des murs en construction, eux, sont en train de perdre leur statut de résident. Et leur droit d’entrée dans leur ville. Le 20 février, le conseil des ministres israélien évoquait explicitement une nouvelle frontière [11]. Il faut être atteint de cécité pour refuser de voir l’avenir qu’entend réserver Tel-Aviv à cette Jérusalem orientale, cernée de toutes parts, éclatée en enclaves ligaturées, séparée par des murs d’un futur Etat de plus en plus fragmenté.

Résistance et appel à la communauté internationale

La résistance à ces projets s’organise cependant. Jusqu’à user de toutes les voies dites « légales » auprès d’une Justice qui repose... sur les lois israéliennes. Mais pas seulement. Des manifestations tentent d’attirer l’attention de la communauté internationale, comme celle du 31 mai dernier à Silwan  ; ou bien les protestations, violemment réprimées, le 6 juin dernier, au coeur de la vieille ville, lorsqu’un groupe d’extrémistes israéliens a organisé une provocation à l’image de celle d’Ariel Sharon en septembre 2000, en pénétrant sur l’esplanade des mosquées, troisième lieu saint de l’islam. Une provocation qui ne choque pas seulement les habitants de la ville ni seulement les Palestiniens, mais bien au-delà.

Les ONG palestiniennes, elles, lancent un appel précis à la communauté internationale. Non seulement pour qu’elle respecte ses obligations concernant les murs, près d’un an après le vote de l’Assemblée générale des Nations unies, et alors que leur édification arrive à achèvement, mais aussi pour que les élections législatives s’organisent dans d’autres conditions que la présidentielle du 9 janvier.

L’Autorité nationale palestinienne pour sa part ne cesse de dénoncer les projets et les faits accomplis israéliens à Jérusalem-Est. Tel était l’un des principaux enjeux du voyage du Président Mahmoud Abbas aux Etats-Unis fin mai, quelques semaines après celui du Premier ministre israélien, au menu duquel le projet « E1 » tenait bonne place. Voici un an, dans sa lettre du 14 avril 2004 à Ariel Sharon, George W. Bush réécrivait le droit international pour annoncer qu’il ne pourrait y avoir de retour aux frontières de 1967 en cas d’accord final israélo-palestinien et qu’il faudrait intégrer les faits accomplis de la colonisation. Cette fois, le président américain stipule que les frontières devraient être négociées, mais joue d’atermoiements pour éviter toute critique sérieuse du programme « E1 ». Arguant de ce que le retrait de la bande de Gaza demeure l’hypothèse, même incomplet et selon des modalités décidées unilatéralement, le parrain américain soutient le Premier ministre israélien. En attendant, c’est sur le terrain que la frontière s’écrit, que les murs balafrent le paysage, tronçonnent le territoire, fauchent les conditions de vie, abolissent toute viabilité pour un Etat palestinien, déciment tout espoir de paix.

La responsabilité européenne, une fois encore, se trouve engagée. Par les recommandations votées. Mais aussi parce que la démocratie n’a guère de sens sans respect du droit et sans perspective d’ Etat palestinien avec Jérusalem pour capitale. Cela se joue maintenant.

[1] Cité par Jeff Halper, ICADH, in Electronic Intifada, 3 juin 2005.

[2] Source : Icadh

[3] Comme le rappelait la déclaration européenne du sommet de Berlin de 1999, Jérusalem, selon le droit international, est Corpus separatum.

[4] Jeff Halper : The Matrix of control, 2004.

[5] id.

[6] Voir I.A. : « Jérusalem dans l’étau de la colonisation », Le Monde Diplomatique, juin 1995, et Jan de Jong : « Main base sur Jérusalem », Le Monde Diplomatique, novembre 1996.

[7] Cité par Amal Nashashibi, Miftah, 8 juin 2005.

[8] un dunam équivaut à 1000m2

[9] Libération, 1er février 2005.

[10] 31 mars 2005.

[11] Voir Aluf Ben, Ha’aretz, 28 février 2005.

Isabelle Avran, le 15 juin
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