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Marche de la liberté pour Gaza ; témoignage d’un marcheur
publié le dimanche 31 janvier 2010

T.T.
 
Nous avons décidé de faire cette marche, un an après le massacre des Gazaouis, parce que nos gouvernements n’avaient rien fait pour desserrer l’étau autour de cette population meurtrie. Nous avons décidé de faire cette marche parce que nous avions compris qu’il était temps que l’on prenne nos responsabilités et qu’il y avait urgence d’agir.

J’avais l’intention d’aller à Gaza pour participer à la « marche pour la liberté et la paix ». Nous étions 1400, venus de 42 pays, à vouloir absolument faire cette marche. 1400 est aussi le nombre des Palestiniens victimes des bombardements israéliens de l’année dernière. Ce n’était pas calculé, c’est simplement le fait du hasard.

Nous savions que ce petit territoire, ou plutôt cette prison à ciel ouvert, était, du fait de la politique coloniale israélienne, totalement isolé du monde. En plus du ciel de Gaza, Israël contrôle les frontières Nord et Est, et sa marine la frontière Ouest. Personne ne peut se rendre de la bande de Gaza en Israël ou en Cisjordanie et personne ne peut quitter Gaza par voie maritime et réciproquement. Cette interdiction s’applique également à presque tous les produits que le gouvernement israélien considère comme luxueux : par exemple les pâtes, les cahiers et les matériaux de construction.

Ce blocus dure depuis presque trois ans. Il a été décrété par Israël, avec la bénédiction des Etats-Unis et de l’Union européenne. C’était pour punir les Palestiniens qui auraient mal voté. Comme le blocus ne lui a pas suffi, le gouvernement israélien avait décidé de bombarder sauvagement une population déjà martyrisée et coupée du reste du monde. Ces bombardements avaient commencé quelques jours après que l’UE, sous la pression de la France (qui allait finir son mandat de présidente de l’UE), ait recommandé le rehaussement des relations entre l’UE et Israël. Quel bel encouragement ! D’ailleurs immédiatement saisi par Barack, Livni et Olmert pour déclencher leur macabre opération.

Comme nous ne pouvions nous rendre à Gaza ni par la mer ni par Israël, il ne nous restait plus que la frontière Sud, celle qui relie l’Egypte à la bande de Gaza.

Nous avons décidé de faire cette marche, un an après le massacre des Gazaouis, parce que nos gouvernements n’avaient rien fait pour desserrer l’étau autour de cette population meurtrie. Ils ont essayé de torpiller le rapport Goldstone qui accusait Israël de crime de guerre, voir de crimes contre l’humanité. Rappelons que ce rapport avait été commandé par l’ONU, c’est-à-dire par la communauté internationale.

Nous avons décidé de faire cette marche parce que nous avions compris qu’il était temps que l’on prenne nos responsabilités et qu’il y avait urgence d’agir.

Nous avions décidé de faire cette marche pour exiger deux points :
-  1)la fin du blocus
-  2)la fin de l’impunité de l’état d’Israël Ces deux points sont réclamés par la communauté internationale et devaient, logiquement, être mis en application par nos gouvernements.

Et puisque pour se rendre à Gaza, il ne nous restait plus que le passage via l’Egypte, nous avions contacté le gouvernement égyptien pour coordonner avec lui le passage des 1400 marcheurs. Nous lui avions donné tout ce qu’il exigeait de nous : Prénom et NOM, numéro de passeport, adresse en Egypte, notre programme.

Nous avions, et ce malgré ce que nous pensons du gouvernement égyptien, tout fait pour ménager l’Egypte. Nous ne sommes à aucun moment tombés dans le piège de la facilité et de la tentation. Nous étions conscients que le seul et vrai responsable de cette catastrophe, c’est Israël. C’est lui le véritable responsable et c’est lui qui a créé cette situation et qui la maintient. Et pourtant, il y avait trois facteurs qui plaidaient pour que l’on dévie de notre objectif. Le premier est ce communiqué du ministère des Affaires étrangères qui, contre toute attente, interdisait la marche. Le deuxième est la visite de Netanyahou au Caire, pendant laquelle le chef du gouvernement israélien avait été félicité par son homologue égyptien pour le soit disant « gel des colonies ». Le troisième, c’est ce fameux mur de fer entre Gaza et l’Egypte pour sceller complètement le blocus de Gaza. Et voila l’Egypte qui gère la situation voulue et édifiée par Israël.

Nous ne somme pas tombés dans le piège de Gaza, mais l’Egypte oui. Le gouvernement égyptien a braqué les caméras vers lui, alors qu’elles étaient, et ce en toute logique, dirigées vers Israël.

Nous avons tenté, c’est-à-dire notre groupe qui a été mandaté par le collectif national pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens, avec nos amis belges, luxembourgeois et marocains, d’aller à Gaza. Mais nous avons été obligés de faire demi-tour après 80 km parcourus. Nous avons mené plusieurs actions au Caire sans jamais perdre de vue notre principal objectif : mettre fin au blocus israélien et mettre fin à l’impunité d’Israël. Nous sommes restés, durant notre séjour au Caire dignes, comme l’est cette population égyptienne qui subit mais qui n’acquiesce pas. Nous avons montré à la population gazaouie, par médias arabes interposées, que nous étions à ses côtés et qu’ensemble, nous mettrons fin au blocus et vaincrons les criminels de guerre israéliens.

Nous n’étions pas à Gaza, mais nous y étions presque. Nous avons réussi, grâce à cette belle action, à mettre sur les rails un engagement citoyen international pour que triomphent la justice et la paix. Si c’était à refaire, je referais cette marche avec encore plus de détermination.

Taoufiq, Un « marcheur »

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