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Livni poursuivie par « Plomb durci »
publié le samedi 19 décembre 2009 Christophe Ayad et DElphine Mathieussent L’ex-chef de la diplomatie israélienne a renoncé à se rendre à Londres après avoir été informée d’un mandat d’arrêt de la justice britannique lié à des accusations de crimes de guerre durant l’offensive à Gaza.
L’opération militaire israélienne « Plomb durci », dans la bande de Gaza l’hiver dernier, n’en finit pas de hanter l’Etat hébreu. Après les remous créés par le rapport onusien du juge Goldstone, accusant Israël de crimes de guerre, un tribunal britannique, évoquant la compétence universelle, a tenté de faire arrêter l’ancienne ministre des Affaires étrangères israélienne Tzipi Livni lors d’une visite prévue dimanche dernier à Londres. En tant que chef de la diplomatie de l’Etat hébreu, Livni faisait partie du trio politique, incluant le Premier ministre, Ehud Olmert, et le ministre de la Défense, Ehud Barak, qui a décidé de l’offensive de trois semaines. L’opération, qui a fait plus de 1 300 morts palestiniens, en majorité des civils, avait pour but déclaré de faire cesser les tirs de roquettes effectués par le Hamas depuis la bande de Gaza contre les villes israéliennes. Selon le quotidien britannique The Guardian, le tribunal de Westminster, à Londres, a émis un mandat d’arrêt contre Livni suite à la demande d’une organisation propalestinienne, représentant des victimes de l’opération Plomb durci. La demande d’arrestation aurait ensuite été retirée par le juge après la décision de Livni, informée des poursuites, d’annuler sa visite au Royaume-Uni. « Cynique ». Le ministère des Affaires étrangères israélien a dénoncé avec véhémence, hier, une « situation absurde », susceptible d’affaiblir le rôle de la Grande-Bretagne dans le processus de paix au Proche-Orient. « Israël rejette la procédure judiciaire cynique engagée par un tribunal britannique contre Tzipi Livni à l’initiative d’éléments extrémistes », a déclaré le ministère dans un communiqué. Et d’avertir : « L’absence de geste ferme et immédiat pour mettre un terme à cet état de fait porterait atteinte aux relations entre les deux pays […]. Si les dirigeants israéliens ne peuvent pas visiter la Grande-Bretagne normalement, cela constituera un obstacle réel à la volonté de Londres de jouer un rôle actif dans le processus de paix au Proche-Orient. » Tzipi Livni, aujourd’hui à la tête de Kadima et à ce titre chef de l’opposition au gouvernement de droite de Benyamin Nétanyahou, a pour sa part répondu qu’elle assumait la « responsabilité des décisions prises lors de cette opération qui a atteint ses objectifs, qui étaient de protéger la population du sud d’Israël et de restaurer le pouvoir de dissuasion » de l’Etat hébreu. Tourné Court. Le Foreign Office, cachant difficilement son embarras, a déclaré qu’il se penchait sur les conséquences d’un éventuel mandat d’arrêt contre Livni. « La Grande-Bretagne est déterminée à faire tout ce qu’elle peut pour promouvoir la paix au Proche-Orient et être un partenaire stratégique d’Israël. Pour ce faire, les leaders israéliens doivent être capables de venir au Royaume-Uni pour des pourparlers avec le gouvernement britannique. Nous examinons de façon urgente les implications de cette affaire », a-t-il déclaré. C’est la deuxième fois en moins de trois mois qu’un tribunal britannique est sollicité afin de faire arrêter un responsable israélien pour son implication dans l’offensive militaire à Gaza. En septembre, le ministre de la Défense, Ehud Barak, qui s’était rendu au congrès du Parti travailliste à Brighton, avait fait l’objet d’une demande de mandat d’arrêt. Mais la démarche avait tourné court, suite à l’intervention du Foreign Office, qui avait souligné que Barak, en tant que ministre en exercice venu rencontrer ses homologues britanniques, bénéficiait d’une immunité diplomatique [1]. Un avocat sud-africain envisage aussi de poursuivre les soldats ayant la double nationalité - israélienne et sud-africaine - ayant participé à Plomb durci. Universelle. L’opération militaire israélienne à Gaza n’est que le dernier motif en date pour la Grande-Bretagne dans ses tentatives d’arrestation des responsables israéliens accusés de crimes de guerre. En octobre, le vice-Premier ministre israélien, Moshe Yaalon, avait renoncé à se rendre à Londres de crainte de se faire arrêter pour ses actions comme chef d’état-major entre 2002 et 2005. Il lui est notamment reproché un bombardement à Gaza, qui avait tué, outre Salah Chehadeh, chef de la branche armée du Hamas, 14 civils palestiniens dont la femme et huit enfants de Chehadeh, le 22 juillet 2002. Par le passé, le principe de compétence universelle avait causé un sérieux refroidissement entre Israël et la Belgique. Ce dernier pays a, en effet, pendant longtemps disposé de la législation la plus ouverte en la matière. En 2002, plusieurs centaines de plaignants avaient porté plainte contre Ariel Sharon, alors Premier ministre, pour son rôle passé dans la tuerie de Sabra et Chatila, durant l’invasion du Liban en 1982, qu’il avait ordonnée en tant que ministre de la Défense. Soumise à de fortes pressions diplomatiques et débordée par un nombre croissant de plaintes, Bruxelles avait fini par adopter une loi restreignant l’usage de la compétence universelle à un critère de territorialité et de lien personnel aux faits incriminés. [1] voir aussi R. I./Agences : L’ambassadeur d’Israël en Grande-Bretagne a critiqué hier la décision d’un tribunal britannique d’émettre un mandat d’arrêt contre l’ancienne ministre israélienne des Affaires étrangères Tzipi Livni, qui souhaitait se rendre à Londres. “La situation actuelle est devenue intolérable, il est temps que cela change”, a déclaré l’ambassadeur israélien Ron Prosor à la radio de l’armée. “Je suis convaincu que le gouvernement britannique comprendra qu’il est temps d’agir et qu’il ne se contentera pas seulement de déclarations”, a ajouté le diplomate. Des hauts responsables israéliens ont déjà été menacés de poursuites judiciaires en Grande-Bretagne à la suite de plaintes d’organisations pro-palestiniennes. Le bureau de Mme Livni, qui est également chef du Kadima (centriste), le principal parti d’opposition, a pour sa part indiqué qu’elle avait annulé une visite à Londres prévue à la fin de la semaine “pour des raisons de calendrier”. Mais selon les médias israéliens, Mme Livni a pris cette décision après avoir été informée qu’un tribunal britannique avait émis un mandat d’arrêt à son encontre en raison de ses fonctions durant l’opération “Plomb durci” menée par l’armée israélienne il y a un an dans la bande de Gaza. Cette offensive, qui avait comme objectif déclaré de neutraliser les tirs de roquettes palestiniennes contre Israël, a fait 1 400 morts palestiniens, dont des femmes et des enfants. Mme Livni, qui était chef de la diplomatie à l’époque, a souligné hier qu’elle assumait la “responsabilité des décisions prises lors de cette opération qui a atteint ses objectifs qui étaient de protéger la population du sud d’Israël et de restaurer le pouvoir de dissuasion” de l’État hébreu. Le Foreign Office a indiqué lundi que la Grande-Bretagne examinait de façon urgente les implications d’un mandat d’arrêt émis contre Tzipi Livni. “La Grande-Bretagne est déterminée à faire tout ce qu’elle peut pour promouvoir la paix au Proche-Orient et être un partenaire stratégique d’Israël”, a souligné une porte-parole du Foreign Office. “Pour ce faire, les leaders israéliens doivent être capables de venir au Royaume-Uni pour des pourparlers avec le gouvernement britannique. Nous examinons de façon urgente les implications de cette affaire”, a-t-elle ajouté. En octobre, le vice-Premier ministre israélien Moshé Yaalon, visé par des poursuites pour “crimes de guerre” lorsqu’il était chef-d’état major de l’armée entre 2002 et 2005, avait également dû renoncer à se rendre à Londres. |
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